Chaque semaine sur euradio, Perspective Europe, l'association du master "Affaires européennes" de Sciences Po Bordeaux, revient sur l'actualité bruxelloise et européenne.
“ Quoi de neuf en Europe ? “, c’est le nom que porte la chronique hebdomadaire réalisée par l’association Perspective Europe. Les étudiants du master Affaires Européennes de Sciences Po Bordeaux se sont donnés pour mission de décoder pour vous, chers auditeurs, l’actualité européenne. Alors quels ont été les moments forts de la semaine qui vient de s’écouler ? On en discute tout de suite avec Fédor Dupont-Nivet. Bonjour et Bienvenue !
Bonjour Laurence. Cette semaine, notre association a décidé de parler du Congrès du parti majoritaire hongrois Fidesz.
En pleine campagne électorale, Viktor Orban et d’autres haut-représentants du parti ont fait plusieurs déclarations qui ont provoqué un tollé médiatique la semaine dernière.
En diabolisant le parti d’opposition Theiss, Orban a notamment annoncé que les hongrois avaient le choix entre un vote pour la Paix et un vote pour la guerre. Le vote pour Fidesz serait l’unique moyen pour empêcher que le conflit russo-ukrainien s’intensifie. Le ministre des affaires étrangères a même dénoncé un complot de l’Union Européenne entière pour mener la Hongrie vers la guerre. La Hongrie qui, selon lui, serait le pays le plus en danger si la guerre dégénère. Les membres du parti concurrent Theiss ont été dénoncés comme étant des marionnettes des bureaucrates bruxellois. Cette même “bureaucratie bruxelloise” toujours selon leur discours, ferait du gaspillage d’argent en versant des sommes vers l’Ukraine, dont l’entrée dans l’UE risquerait de détruire l’économie de la Hongrie.
Viktor Orban a-t-il raison d’être inquiet pour la sécurité de son pays?
Effectivement, nous pouvons constater que Vladimir Poutine, lors de son interview avec Tucker Carlson, a affirmé qu’il voulait rétablir les vieilles frontières russes. Les Hongrois ont donc en soi une bonne raison de se sentir menacés, mais les déclarations de Viktor Orban ont désormais plusieurs incongruités. Premièrement,une extrême majorité des géopolitologues affirment que ce sont Etats baltes qui sont les plus vulnérables à une agression au sein de l’Union Européenne, et non la Hongrie.
La deuxième incongruité est que Viktor Orban semble avoir fait abstraction des négociations de SAFE dans son discours. La Hongrie est de fait largement bénéficiaire du plan SAFE, qui devrait être finalisé dans quelques mois. Pour rappel, la commission profite de sa notation de triple A pour emprunter sur les marchés financiers. Ces prêts sont ensuite offerts aux États-membres pour qu’ils puissent investir dans la défense. Ce sont des prêts à très bonnes conditions, que les Etats-membres ne seraient pas capables d'obtenir. Avec 16,2 Milliards d’Euros pour la Hongrie, elle est le troisième plus grand bénéficiaire du plan SAFE. Comme 20 autres Etats-membres, la Hongrie a déjà planifié 15% de ce montant pour son budget 2026, alors que le plan SAFE attend encore d’être évalué par le conseil de l’UE et la commission. Ces faits semblent en total décalage avec le complot Anti-Hongrie qui est soupçonné par les représentants du parti Fidesz dans leur campagne électorale.
Deuxième actualité cette semaine, la publication de l’enquête de l’Eurobaromètre sur l'approbation de l’Euro au sein des Etats-membres. Est-ce qu’on a pu constater des surprises dans cette enquête?
Effectivement, cette enquête a fait beaucoup de bruit cette semaine. A première vue, le bilan pour la monnaie unique est plutôt positif. A la question si l’Euro était bénéfique pour leur pays, 79% des européens répondent oui. Le taux d’approbation est donc tendanciellement en hausse, puisqu'il était seulement de 65% en 2015. Ce qui a suscité de l’attention cette semaine, c’est le taux d’approbation de la Croatie, qui a diminué depuis la dernière enquête en 2024, passant de 44% à 38%.
Quelles sont les raisons de ce scepticisme?
Il faut savoir que la Croatie est un membre récent de la zone Euro. Son entrée s’est faite en 2023. Selon les enquêtes, le scepticisme envers l’Euro s’explique surtout par la peur de l’inflation. Beaucoup de croates considèrent que le passage de la Kuna à l’Euro est à l’origine de l'augmentation spectaculaire de prix.
Est-ce que ces craintes sont justifiées?
Pas vraiment. Il faut garder à l’esprit que l’entrée de la Croatie dans l’Euro s’est faite dans un contexte de crise énergétique dut à la guerre en Ukraine. Cela a effectivement provoqué une inflation de 8%-11% en 2023 et 2024. Cette inflation est cependant passé à 5% en janvier 2025, et à 3% en janvier 2026. Comme les autres pays ayant l’Euro comme monnaie, la Croatie se remet des effets inflationnistes de la guerre en Ukraine.
Cette modération de l’inflation pourrait-elle entraîner une montée du taux d’adhésion à l’euro?
Tout à fait. En plus de la modération de l’inflation, la population se rendra compte de l’irréversibilité de l’entrée à l’Euro. Un retour à la monnaie Kuna entraînerait une multiplication de la dette publique par 4. Cette irréversibilité de l’euro entraînera progressivement une approbation plus grande au fil du temps, comme cela s’est produit pour les autres pays de la zone euro.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.