Aux portes de l'UE

La Hongrie bloque le soutien de l’UE à l’Ukraine et l’accuse de chantage énergétique

Visite d'Ursula von de Leyen, présidente de la Commission européenne, en Ukraine le 24 février 2026 © European Union, 2026 La Hongrie bloque le soutien de l’UE à l’Ukraine et l’accuse de chantage énergétique
Visite d'Ursula von de Leyen, présidente de la Commission européenne, en Ukraine le 24 février 2026 © European Union, 2026

Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.

Ce 24 février 2026 marque les quatre ans de l’invasion russe en Ukraine qui, en plus des pertes humaines qu'elle cause, continue d’épuiser économiquement le pays. L’Union européenne, qui fournit un soutien financier essentiel à l’Ukraine depuis 2022, s’apprête à approuver un prêt de 90 milliards d’euros, pour permettre à l’économie ukrainienne de tenir face à l’agression russe. La Hongrie menace depuis le 20 février dernier de bloquer ce prêt, malgré l'accord à ce sujet obtenu en décembre dernier.

Avant d'évoquer les raisons du blocage hongrois, à quoi servira ce prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine ? L’UE aide déjà l’Ukraine avec 50 milliards d’euros sur trois ans à travers l'"Ukraine Facility".

Ce prêt est une solution que les pays européens ont trouvée lors d'un sommet en décembre dernier, alors qu’ils n’ont pas pu se mettre d’accord sur l’utilisation des avoirs russes gelés en Europe pour financer leur soutien à l’Ukraine. Pour rappel, la société belge Euroclear détient 210 milliards d’euros d’avoirs russes qui sont sous sanctions depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. Les 90 milliards d’euros de prêt à l’Ukraine sur deux ans, 2026 et 2027, couvriront les besoins budgétaires et de défense du pays.

Les 30 premiers milliards constituent une aide macrofinancière qui sera distribuée à travers l’"Ukraine Facility", un mécanisme déjà en place. Les 60 milliards restants couvriront les besoins militaires, y compris l’achat d’équipements européens. Le prêt sera financé par des emprunts communs de l’UE et garanti par le budget européen à long terme. En effet, les pays européens n’ont pas réussi à utiliser les avoirs russes gelés à cet égard.

Revenons maintenant à la Hongrie. En décembre dernier, la Hongrie a accepté l’octroi de ce prêt à l’Ukraine, à condition de ne pas avoir à payer les intérêts de ce prêt. Cette condition a été acceptée par la Commission européenne, car l’accord sur ce mécanisme de financement représente un soutien indispensable à l’économie ukrainienne affaiblie par la guerre.

Pourquoi la Hongrie bloque-t-elle la décision sur ce prêt, alors même qu’ elle avait donné son accord en décembre 2025 ?

La Hongrie accuse l’Ukraine d’avoir bloqué le transit du pétrole russe à travers l’oléoduc Druzhba. La Hongrie et la Slovaquie, qui portent ces accusations, sont toujours dépendantes du pétrole russe qui leur parvient par cet oléoduc traversant l’Ukraine. Cet approvisionnement est possible grâce à l’exception temporaire qui leur a été accordée par Bruxelles, alors même que le pétrole russe est soumis aux sanctions européennes.

Au moment où la Hongrie est en pleine période de campagne électorale, ces accusations contre l’Ukraine viennent appuyer la rhétorique anti-ukrainienne persistante du Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Vendredi dernier, celui-ci a déclaré que tant que l’Ukraine bloquerait l’oléoduc Druzhba, la Hongrie ferait barrage au prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, un prêt qui, selon Orbán, ne sert qu’à prolonger la guerre.

Sur X, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a accusé l’Ukraine de chantage vis-à-vis de la Hongrie, en accord avec Bruxelles et avec l’opposition hongroise, par cette interruption du transit pétrolier.

En avril, des élections parlementaires auront lieu en Hongrie, lors desquelles le parti d’Orbán, le Fidesz, risque de perdre face à l’opposition après 15 ans au pouvoir. Le parti Tisza, dirigé par Péter Magyar, le devance de 10 points selon les derniers sondages.

Et comment Kyiv réagit-elle face à ces accusations ?

Les autorités ukrainiennes ont affirmé que l’oléoduc Druzhba a été endommagé par les frappes russes massives qui ont eu lieu contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes en janvier dernier. Le président Zelensky a même invité Orbán à orienter ses accusations vers la Russie.

L’ambassade d’Ukraine auprès de l’UE a suggéré, dans une lettre adressée à la Commission européenne, de continuer à approvisionner la Slovaquie et la Hongrie en pétrole « soit via le système de transport pétrolier ukrainien, soit par voie maritime ».

Alors que l’Autriche, la République tchèque et la Pologne ont trouvé des solutions alternatives au pétrole russe, la Hongrie et la Slovaquie n’ont rien fait à cet égard depuis quatre ans, soutenues en cela par leurs gouvernements au penchant pro-russe. Cela a exposé leurs économies à d’importantes vulnérabilités, alors que la Russie poursuit sa guerre en Ukraine.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.