Fréquence Europe

La Bulgarie adopte l'euro

Photo de Immo Wegmann sur Unsplash La Bulgarie adopte l'euro
Photo de Immo Wegmann sur Unsplash

Toutes les deux semaines sur euradio, retrouvez « Fréquence Europe », la chronique de Radio Judaïca et l’Europe Direct Strasbourg, présentée par Olivier Singer.

Vingt-cinq ans après la création de l’euro, la monnaie unique continue de s’étendre. Depuis le 1er janvier, un nouveau pays l’a adoptée : la Bulgarie. Pourquoi cette annonce est-elle importante ?

Oui, parce que la Bulgarie franchit une étape majeure de son intégration européenne. Après son adhésion à l’Union européenne en 2007, puis son entrée complète dans l’espace Schengen en 2025, ce pays de 6,4 millions d’habitants est devenu, depuis le 1er janvier, le 21ᵉ pays de la zone euro.

Pour rappel, l’euro existe depuis 1999 et sous forme de pièces et de billets depuis 2002. À l’époque, 12 pays avaient accepté de remplacer leur monnaie nationale par la monnaie unique.
Vingt-cinq ans plus tard, l’euro est utilisé par 21 États membres et près de 356 millions d’Européens, ce qui renforce son poids sur les marchés internationaux et étend avec la Bulgarie pour la première fois son aire géographique jusqu’aux rives de la mer Noire.

La Bulgarie est pourtant souvent présentée comme le pays le plus pauvre de l’Union européenne. Comment expliquer qu’elle ait été acceptée dans la zone euro ?

C’est un point important. L’entrée dans la zone euro ne dépend pas du niveau de richesse, mais du respect des critères de convergence, les critères économiques et monétaires fixés par le traité de Maastricht.
Et sur ce point, la Bulgarie coche aujourd’hui toutes les cases : une dette publique faible, autour de 25 % du PIB, bien en dessous du seuil de 60 %, à titre de comparaison la dette publique française dépasse 110 %du PIB, un déficit maîtrisé, inférieur à 3 %, une inflation contenue et une monnaie nationale, le lev, déjà étroitement liée à l’euro depuis des années.

À cela s’ajoute une Banque centrale bulgare désormais juridiquement indépendante du pouvoir politique.
Enfin, l’économie bulgare est déjà très intégrée à la zone euro : 65 % de ses exportations vont vers l’Union européenne, dont 45 % vers la zone euro, et plus de 80 % des importations sont libellées en euros.

Il faut aussi rappeler que la situation économique s’est améliorée : le PIB par habitant est passé de 40 % à 66 % de la moyenne européenne depuis l’entrée du pays dans l’UE en 2007.

Un mot quand même sur un sujet sensible : la Bulgarie est régulièrement pointée du doigt pour des problèmes de corruption. Est-ce que cela n’a pas posé un problème pour son entrée dans la zone euro ?

Si, c’est clairement un point de vigilance. La Bulgarie fait partie des pays les plus mal classés de l’Union européenne dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International.
Cette situation alimente une forte instabilité politique, avec sept élections depuis 2020, et une défiance marquée de la population envers les institutions.

Mais précisément, l’entrée dans la zone euro va resserrer les contrôles. Les banques bulgares seront placées sous la surveillance directe de la Banque centrale européenne, et le pays devra appliquer tout l’arsenal européen contre le blanchiment d’argent. Une partie de la réponse repose désormais sur la capacité des autorités bulgares à faire appliquer ces règles.


Et concrètement, comment va se passer le passage à l’euro pour les Bulgares?

Le lev est la monnaie officielle de la Bulgarie depuis 1881. Il va être remplacé progressivement.
Depuis le 1er janvier 2026, l’euro et le lev circulent ensemble pendant un mois. Le taux de conversion est fixé à 1 euro pour 1,96 lev. Les Bulgares pourront continuer à échanger leurs anciens billets pendant plusieurs mois dans les banques et les bureaux de poste.

Un double affichage des prix, en levs et en euros, est obligatoire sur une longue période pour éviter les abus et rassurer les consommateurs.


Justement, la population est-elle rassurée ? On se souvient que le passage à l’euro suscite souvent des craintes.

Oui, et la Bulgarie n’échappe pas à la règle. Environ un Bulgare sur deux se dit opposé à l’euro, avec une crainte majeure : celle de l’inflation, dans un pays où la pauvreté reste importante.
Pourtant, l’expérience des précédents passages à l’euro montre que la hausse des prix est faible et temporaire, de l’ordre de 0,1 à 0,3 %.

(Concrètement, le double affichage et un taux de conversion proche de 2 levs pour un euro doivent faciliter la comparaison des prix.)
d’Un autre côté, les partisans de l’euro y voient, eux, un gage de stabilité, une protection face aux crises et un ancrage plus fort dans l’Union européenne, notamment face aux influences extérieures, comme celle de la Russie.


Au-delà de la Bulgarie, d’autres pays pourraient-ils suivre ?

En théorie, oui. Tous les pays de l’Union européenne doivent adopter l’euro, sauf le Danemark, qui a négocié une exemption en 1992.
En pratique, cinq États sont concernés : la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Suède et la Roumanie.

Mais seule la Roumanie affiche aujourd’hui une volonté politique claire d’entrer dans la zone euro, même si elle est encore loin de respecter tous les critères de convergence.
Ailleurs, les réticences sont fortes, pour des raisons politiques, comme en Hongrie, ou pour des questions de souveraineté et de choix économiques.

Avec l’arrivée de la Bulgarie, la zone euro compte désormais 21 pays et plus de 350 millions d’habitants. Une monnaie qui continue de s’étendre, lentement mais sûrement, dans une Europe en quête de stabilité, dans un environnement international de plus en plus incertain.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.