Fréquence Europe

Frontières européennes : le grand virage numérique et biométrique

Photo de Phil Mosley sur Unsplash Frontières européennes : le grand virage numérique et biométrique
Photo de Phil Mosley sur Unsplash

Toutes les deux semaines sur euradio, retrouvez « Fréquence Europe », la chronique de Radio Judaïca et l’Europe Direct Strasbourg, présentée par Olivier Singer.

Nous sommes en décembre 2026. À Roissy, un touriste venu d’un pays hors Schengen arrive pour deux semaines en France.
 Au contrôle, plus de tampon. Il pose son passeport sur une borne. Une caméra scanne son visage. Ses empreintes sont enregistrées.

On a l’impression d’être dans un film futuriste… 
Olivier, qu’est-ce qui est en train de changer exactement aux frontières de l’Union européenne ?


Ce que vous décrivez, Laurence, n’est pas de la science-fiction. 
C’est une réforme bien réelle adoptée par l’Union européenne : le “paquet frontières intelligentes”.

Après les attentats de 2015, la crise migratoire, puis le Covid, l’UE a décidé de moderniser la gestion de ses frontières extérieures. L’objectif est clair : adapter les règles d’entrée aux nouvelles technologies, renforcer les contrôles et mieux gérer les flux.

Ce paquet repose sur deux outils :
 le système d’entrée/sortie : l’EES et l’ETIAS.

Attention : ces dispositifs concernent uniquement les voyageurs non européens qui viennent pour un court séjour, moins de 90 jours sur une période de 180 jours.

Donc les citoyens européens ne sont pas directement concernés ?


Non. La libre circulation reste la règle dans l’espace Schengen. En revanche, pour un Américain ou un Japonais ou encore tout autre touriste, l’entrée devient plus encadrée, plus numérisée, plus anticipée.


Concrètement, l’EES, c’est quoi ?

L’EES (Entry-Exit system) remplace le tampon dans le passeport. 
Chaque entrée et sortie de l’Espace Schengen, seront enregistrés : les données du passeport, la date et le lieu de passage, une photo du visage et les empreintes digitales.

On passe d’un simple contrôle visuel à une base de données biométrique européenne interconnectée.


C’est donc un outil de sécurité, mais aussi de traçabilité ?

Oui. Le système détectera automatiquement les dépassements de séjour, les fraudes, les usurpations d’identité. Et les informations pourront être partagées entre États membres.
Le déploiement du nouveau système a commencé le 12 octobre et doit être normalement totalement opérationnel d’ici le 10 avril.
 Mais plusieurs aéroports européens, notamment français ont déjà alerté qu’ils craignent des files d’attente très longues, qui pourrait dépasser les quatre heures durant la période estivale.


Et l’ETIAS, c’est quoi ?


Si l’EES intervient au passage de la frontière, l’ETIAS agit en amont. 
Avant même de partir.
Un voyageur non européen exempté de visa devra remplir une demande en ligne et payer 20 euros pour obtenir une autorisation de circuler sur le territoire européen.
 L’autorisation sera valable trois ans.
 Il devra fournir ses informations personnelles, sa profession et répondre à des questions de sécurité. L’idée est simple : gérer les flux migratoires avant le départ. Le lancement d’ETIAS sera progressif à partir de fin 2026, pour devenir normalement obligatoire au printemps 2027.


Est-ce que l’Union européenne est la seule à mettre en place ce type de système ?

Non, Pas du tout.
Le Royaume-Uni a déjà mis en place son ETA.
 Les États-Unis utilisent depuis longtemps l’ESTA pour les Européens.

Et aujourd’hui, aux États-Unis, il est même question des réseaux sociaux dans le cadre de l’ESTA ?


Oui, fin 2025, une proposition évoquait l’obligation de fournir les identifiants de réseaux sociaux utilisés ces cinq dernières années, dans le cadre d’un décret lié à la sécurité nationale sous l’administration Trump.
 Pour l’instant, rien n’est entré en vigueur.
 Mais si cela devait être appliqué, les Européens devraient eux aussi transmettre davantage de données.


Au fond Olivier, qu’est-ce que cela dit de l’évolution des frontières ?


Le discours officiel parle de sécurité et d’efficacité.
 Mais derrière cette modernisation, une question demeure :
jusqu’à où sommes-nous prêts à fournir nos données personnelles pour continuer à voyager librement ?

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.