L'Europe et le monde

Face à Israël, l’Union européenne peut-elle encore rester immobile ?

Face à Israël, l’Union européenne peut-elle encore rester immobile ?

L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.

Une pétition pour suspendre l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël est sur le point de récolter les 1 million de signatures. Pourquoi ce sujet revient-il avec autant de force ?

Parce que, pour beaucoup d'Européens, l'Union ne peut pas défendre le droit international d'un côté, et tolérer les violations manifestes du droit humanitaire de l’autre. Cet accord encadre les relations politiques et commerciales entre l'UE et Israël. Or il repose aussi sur le respect des droits humains. Avec la guerre à Gaza, mais aussi avec les frappes massives menées au Liban, il y a une vraie pression pour l’UE appelée à agir et à condamner.

Quand on parle de suspension, on parle d'un geste symbolique ou d'un vrai levier ?

C'est plus qu'un symbole. L'Union européenne est le premier partenaire commercial d'Israël. Donc suspendre tout ou partie de cet accord, ce serait envoyer un signal politique très fort, avec une portée économique réelle. Ça démontrerait que l'accès privilégié au marché européen n'est pas compatible avec une violation répétée du droit international humanitaire.

Concrètement, qu’est-ce que cette pétition implique maintenant pour l’UE ?

Elle ne suspend pas automatiquement l’accord UE-Israël. Mais juridiquement et politiquement, elle enclenche une procédure européenne : si les signatures sont validées, la Commission doit examiner la demande, recevoir les organisateurs et répondre officiellement dans un délai de six mois. Elle peut refuser d’agir, mais elle devra le justifier. Donc la vraie conséquence, pour l’Union européenne, c’est qu’elle ne pourra plus éviter le débat.

Et le Liban change quelque chose dans le regard européen ?

Le Liban rend la situation encore plus difficile à ignorer pour l'Europe. Israël a accepté d'ouvrir des négociations, mais continue les bombardements avec encore plus de rigueur. Et les dernières frappes ont été particulièrement meurtrières, notamment dans des zones habitées de Beyrouth et dans le sud du Liban, ayant fait plus de 300 morts.

Pour l'Union européenne, l'enjeu, c'est d'abord une question de crédibilité ?

Oui, de crédibilité, mais pas seulement. L'UE se présente comme une puissance du droit, une puissance civile, une puissance normative. Elle sanctionne la Russie, elle parle de crimes de guerre, elle défend les conventions internationales. Si elle reste beaucoup plus prudente avec Israël malgré l'ampleur des destructions à Gaza et au Liban, elle s'expose à une accusation de deux poids, deux mesures.

Pourquoi l'Europe a-t-elle autant de mal à aller plus loin ?

Parce que les États membres sont divisés. Certains veulent durcir le ton. D'autres restent très réticents, pour des raisons historiques, politiques ou stratégiques. Il y a aussi la relation avec Washington. Beaucoup de capitales européennes ne veulent pas rompre avec la ligne américaine. Résultat : l'Union condamne, s'inquiète, demande des enquêtes, mais elle peine à transformer cela en rapport de force.

Et pourtant, il y a cette pétition citoyenne, et aussi l'appel de centaines d'anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires européens.

Oui, et c'est important. Cela montre que la pression ne vient plus seulement des partis de gauche ou des ONG. Elle vient aussi de l'intérieur de l'appareil européen. Une partie des élites diplomatiques disent aujourd'hui que l'UE ne peut plus se contenter de gérer la crise ; elle doit choisir si elle veut réellement conditionner sa relation avec Israël au respect du droit.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.