Plongée dans les océans - Sakina Ayata

Plongée dans l’océan austral

Photo de Bob Brewer sur Unsplash Plongée dans l’océan austral
Photo de Bob Brewer sur Unsplash

"Plongée dans les océans", la chronique hebdomadaire qui vous transporte dans la faune et flore marine présentée par Sakina-Dorothée Ayata, maîtresse de conférences en écologie marine à Sorbonne Université.

Sakina, dans vos prochaines chroniques nous allons plonger avec vous dans l’Océan Austral et découvrir la vie de ses habitants emblématiques, comme le krill antarctique ou le phoque de Weddell. Mais avant ça, vous allez nous parler de cet océan qui entoure le continent antarctique et le pôle Sud.

Oui, l’océan Austral est l’océan qui se trouve au Sud de notre planète, entre le continent antarctique et le 60ème parallèle sud. En fait, il correspond aux parties les plus au Sud de l’Océan Atlantique, de l’Océan Pacifique et de l’Océan Indien, car contrairement aux autres océans, il n’est pas entièrement délimité par des continents et des caps. Mais sa particularité est de correspondre à une zone géographique couverte d’un point de vue juridique par le Traité sur l'Antarctique. Cet océan est traversé d’ouest en est par le courant circumpolaire antarctique, qui circule tout autour du continent Antarctique dans le sens des aiguilles d’une montre, sur une distance d’à peu près 21 000 km.

C’est un courant puissant ?

Oui, on pense qu’il déplace environ 130 millions de mètres cubes par seconde. La vitesse la plus élevée est observée au niveau du passage de Drake, entre l’Amérique du Sud et l’Antarctique, et qui relie l’Océan Pacifique et l’Océan Atlantique. On pense d’ailleurs que c'est une des zones maritimes avec les pires conditions météorologiques et de navigation !

Le courant circumpolaire antarctique joue un rôle essentiel dans la circulation océanique mondiale, puisque c’est de là que plonge les eaux froides qui circulent ensuite vers le fond des autres océans. Il est donc le moteur de la circulation thermohaline globale.

Et au milieu du courant circumpolaire antarctique, il existe une zone appelée front polaire, qui sépare les eaux de surface très froides et très mélangées du sud, des eaux plus chaudes et stratifiées du nord.

Il fait donc très froid dans l’Océan Austral ?

La température à la surface de l’Océan Austral varie entre −2 °C et 10 °C. Ainsi, en hiver (quand c’est l’été pour nous), l'océan gèle et forme une banquise au-delà de 65° Sud dans la zone Pacifique, et de 55° Sud dans la zone Atlantique. La température de l’eau de mer baisse alors en dessous de 0°C, car si l’eau douce gèle elle à 0°C, l’eau de mer commence à geler à environ -2°C car elle est salée.

Et comme cet océan est froid et très mouvementé, il est très efficace pour stocker le dioxyde de carbone qu’on trouve en excès dans l’atmosphère à cause des activités humaines. On pense ainsi qu’il représente près de la moitié du puits global de carbone d’origine humaine, alors qu’il représente environ un quart de la surface totale des océans.

Sakina, comme le reste de la planète, l’Océan Austral se réchauffe-t-il ?

Oui, tout à fait. Et on estime même que, depuis 2006, 60 à 90 % du changement de la chaleur contenue dans les océans lié au réchauffement climatique a lieu au niveau de l'océan Austral.

Cependant, l’Océan Austral ne se réchauffe pas de manière uniforme. Il se réchauffe le plus vite dans ses premiers 1 000 mètres au nord et à l'intérieur du courant circumpolaire antarctique. Jusqu’à la fin des années 2010, on a ainsi observé un réchauffement rapide de 0,1 à 0,2 °C par décennie dans cette région. Mais les études les plus récentes ont montré que le réchauffement était encore plus important que ce que l’on pensait, atteignant 0,4 à 0,8 °C par décennie par endroit !

Et au contraire, la surface des mers situées au sud du courant circumpolaire antarctique, c’est-à-dire la Mer de Weddell et la Mer de Ross, ne se réchauffe pas ou même se refroidit légèrement.

Quelles sont les principales conséquences du changement climatique sur l’Océan Austral ?

En plus des variations de température, on observe un renforcement des vents, qui entraine une réduction de la profondeur de la couche de mélange, ainsi qu’une augmentation de la lumière, des changements dans l’apport en nutriments en surface, une diminution de la glace de mer, une réduction de la salinité, et enfin acidification.

Merci Sakina pour toutes ces informations et à bientôt pour la suite de notre plongée dans l’Océan Austral.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.