Entendez-vous la Terre ?

Planter à tout prix

Photo de Irina Iriser sur Unsplash Planter à tout prix
Photo de Irina Iriser sur Unsplash

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?

Cette semaine, la Terre nous emmène en forêt, non pas seulement pour écouter le chant des oiseaux, mais surtout pour planter des arbres. Depuis quelques années, les initiatives visant à planter des arbres se multiplient : moteur de recherche Ecosia, mouvement Plant for the Planet… En 2011, cette association a notamment lancé la campagne « Mille milliards d’arbres ». Et peu à peu, les chefs d’Etat et les entreprises s’en sont emparés.

C’est-à-dire ? Quelle incidence cette initiative a-t-elle eu sur les politiques forestières ? 

À la suite du discours de Felix Finkbeiner, le jeune fondateur de Plant for the Planet, un mouvement mondial de plantation de masse a vu le jour : l’Union européenne s’est ainsi engagée à planter 3 milliards d’arbres d’ici 2030 dans le cadre de sa stratégie pour les forêts. La France contribue à cet objectif par l’intermédiaire de son vaste plan de plantation d’un milliard d’arbres d’ici 2032. L’objectif annoncé par le président Emmanuel Macron en personne est de renouveler 10% de la forêt française. Et c’est bien là que se trouve le problème…

Quels sont donc les problématiques de ces plantations massives ?

Déjà, tout est dans le terme « massives ». De manière générale, tout ce qui est fait de manière disproportionnée en matière environnementale peut s’avérer contre-productif. A première vue, planter des arbres nous paraît être la solution écologique par excellence pour stocker du carbone, lutter contre le dérèglement climatique et sauver la planète. Il s’agit de distinguer deux types de plantation : la plantation à petite échelle d’essences diversifiées et adaptées au climat local ; et la plantation en monoculture destinée à la filière bois. Je vous laisse devenir Laurence, si les nouvelles plantations du plan annoncé par le président français sont diversifiées ou bien en monoculture ?

Je mise plutôt sur la monoculture…

Cela va de soi malheureusement. Les principales essences plantées en sylviculture en France sont le douglas, le pin et l’épicéa. Ce plan, c’est une vaste illusion qui nous est présentée : sous couvert de verdir le pays et de s’adapter au changement climatique en plantant des arbres, des milliers d’autres en parfaite santé sont coupés pour être remplacés par de nouvelles plantations. Près de 87% des arbres plantés par le plan Macron l’ont été à la suite d’une coupe rase. Avec des conséquences désastreuses : carbone relâché dans l’atmosphère, pompage de l’eau des nappes phréatiques, sols dénués de vie, forêts silencieuses, vulnérabilité face aux sécheresses, aux incendies, aux tempêtes et aux parasites…

Comment ça plus grande vulnérabilité face aux parasites ?

Prenons l’exemple de l’épicéa, planté en masse dans l’est de la France à la fin de la Seconde guerre mondiale pour répondre aux besoins de l’industrie du bois. Cette essence est très vulnérable aux sécheresses et à un parasite : le scolyte. Ce petit scarabée pond dans l’écorce des épicéas et ses larves grignotent son bois. Le problème c’est que le dérèglement climatique accélère les cycles de reproduction des scolytes qui pullulent et déciment rapidement les monocultures d’épicéas. Et ce n’est pas le seul exemple de notre impact sur les forêts : le même phénomène a lieu avec le nématode du pin, un ver microscopique qui ravage des étendues entières de pin maritime, notamment dans les Landes.

Justement, j’ai entendu dire que les Landes n’ont pas toujours été boisées. C’est bien ça ?

Effectivement. Les Landes, comme leur nom l’indique, était une vaste zone humide jusqu’au milieu du 19ème siècle. Tellement humide que les bergers landais étaient perchés sur des échasses pour marcher plus rapidement et surveiller leurs troupeaux. Mais ce système agro-pastoral a complètement disparu quand des ingénieurs ont découvert l’efficacité du pin maritime pour stabiliser les dunes du littoral. Une loi a été adoptée en 1857 afin d’assainir et de boiser les Landes de Gascogne. Et c’est ainsi qu’une zone humide jouant un rôle essentiel dans le stockage du carbone a été détruite dans l’intérêt de la sylviculture. Parce que les zones humides, ce n’est ni rentable, ni attractif. Mais ça, la Terre nous en parlera la semaine prochaine !

Merci Fanny. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.