Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 19 janvier 2026

Des maisons colorées à Nuuk, au Groenland.  Source : amanderson2, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 19 janvier 2026
Des maisons colorées à Nuuk, au Groenland. Source : amanderson2, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Giona Melotto, Paul Thorineau et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Groenland : Washington hausse le ton, l’UE prépare sa riposte
  • Portugal : un second tour inédit face à la poussée de l’extrême droite
  • UE–Mercosur : l’accord est signé, la bataille politique commence en Europe

On ouvre ce journal en évoquant les développements d’une nouvelle crise transatlantique qui oppose Washington à plusieurs capitales européennes suite à la volonté affichée par Donald Trump  de prendre le contrôle du Groenland. L’administration Trump a annoncé ce samedi 17 janvier qu’elle comptait imposer des droits de douane aux pays qui ont envoyé des troupes au Groenland. Une annonce qui a fait l’effet d’un choc dans toute l’Europe. Que reproche exactement Donald Trump aux Européens ?

Le président américain accuse huit pays — Allemagne, France, Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Pays-Bas et Royaume-Uni — d’avoir, je cite, « provoqué » les États-Unis en déployant des soldats au Groenland. À partir du 1er février, les exportations de ces 8 pays seront taxées à 10 %, avec une possible hausse à 25 % en juin. Donald Trump a précisé que ces droits de douane resteront en vigueur jusqu’à un accord “pour l’acquisition complète et totale du Groenland”. Ils s’ajoutent aux tarifs déjà imposés à l’ensemble de l’Union européenne l’été dernier, soit 15 % supplémentaires.

Et comment l’Europe réagit-elle ?

De manière très ferme. Berlin parle d’une mesure incompréhensible venant d’un pays théoriquement allié, même si l’Allemagne a annoncé un retrait partiel de son contingent pour tenter d’apaiser les tensions. Paris dénonce  « des menaces tarifaires inacceptables ». Et à Copenhague, la colère est vive : le gouvernement danois accuse Washington de vouloir forcer la main au Groenland, après le refus catégorique de vendre l’île aux États-Unis. Dans une déclaration commune publiée le 18 janvier, ces huit pays affirment que le déploiement de troupes sur l’île “ne menace personne” et préviennent que les menaces de droits de douane “sapent les relations transatlantiques”, tout en promettant une réponse “unie et coordonnée”.

Et quelle est justement cette réponse européenne ? 

Oui. Ce dimanche 18 janvier les représentants des Vingt-Sept ont tenu à Bruxelles une session spéciale pour définir une position commune. Au centre des discussions : l’activation possible de l’Instrument anti-coercition, conçu pour répondre aux pressions économiques exercées par un pays tiers. S’il est déclenché, l’UE peut reconnaître officiellement qu’il y a coercition, puis adopter des contre-mesures graduées : enquêtes, restrictions ciblées ou mesures tarifaires équivalentes. Et selon plusieurs sources diplomatiques, Bruxelles explore aussi déjà une riposte commerciale potentielle portant sur jusqu’à 93 milliards d’euros de produits américains. Des analystes y voient aussi une manœuvre pour diviser l’UE : viser quelques pays pour les opposer aux autres. Mais le commerce est une compétence commune ; s’aligner sur Washington reviendrait à rompre la politique douanière partagée, pilier du marché unique.

Et quelles conséquences possibles pour les relations transatlantiques ?

Elles pourraient être lourdes. Cette décision américaine ouvre la voie à une nouvelle escalade commerciale entre alliés, avec le risque d’une spirale de représailles. Plusieurs responsables européens redoutent surtout un précédent : celui d’un recours assumé aux taxes douanières pour obtenir des concessions politiques. Et cette crise va aussi s’inviter à Davos, en Suisse, où se tient cette semaine le Forum économique mondial, le grand rendez-vous annuel des dirigeants politiques et économiques. Donald Trump y est attendu, dans un contexte de tensions inédites avec ses alliés européens.

Poursuivons ce journal au Portugal, où la présidentielle a livré son verdict : il y aura un second tour pour la deuxième fois seulement depuis 1986. Alors, que disent les résultats du premier tour ?

Les résultats de dimanche placent en tête le candidat de centre-gauche António José Seguro, avec 31,1 % des voix. Il affrontera au second tour, le 8 février, le candidat d’extrême droite André Ventura, deuxième avec 23,5 %. Le candidat libéral et pro-business João Cotrim de Figueiredo arrive loin derrière, en troisième position, avec environ 16 % des suffrages.

Qui est André Ventura, le candidat d’une extrême droite longtemps marginale au Portugal, et sur quoi a-t-il fait campagne ?

Ancien commentateur sportif devenu figure politique, il dirige Chega, et a bâti sa campagne sur un discours anti-immigration, dénonçant ce qu’il appelle une « immigration excessive ». Il a aussi provoqué une polémique avec des affiches jugées xénophobes, comme « Ce n’est pas le Bangladesh » ou « Les immigrés ne devraient pas vivre des aides sociales ».

Et maintenant, à quoi faut-il s’attendre ?

Ventura devra élargir sa base, mais son discours séduit peu les autres partis : le Premier ministre actuel Luís Montenegro, chef du Parti social-démocrate, une formation de centre-droite, a annoncé que son parti ne soutiendrait aucun des deux candidats au second tour, et Cotrim de Figueiredo, membre du parti de centre-droite « Initiative libérale » a dit ne pas soutenir Ventura. De son côté, Ventura se veut confiant : il appelle à « unir toute la droite » et promet de se battre « jour après jour [...]  pour qu’il n’y ait pas de président socialiste. Nous allons gagner. »

Clôturons ce journal en revenant sur la signature, samedi, de l’accord UE-Mercosur, un traité commercial historique qui divise profondément l’Europe. 

Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne et le Mercosur — Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay — ont signé l’accord ce 17 janvier, lors d’une cérémonie à Asunción, au Paraguay, en présence notamment d’Ursula von der Leyen et du président du Conseil européen António Costa.

Que contient cet accord ?

Il doit créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs. L’objectif : supprimer progressivement une grande partie des droits de douane — plus de 90% selon les estimations — sur de nombreux produits, des voitures européennes aux exportations agricoles sud-américaines, comme la viande bovine.

Est-ce que tout est réglé pour autant ?

Non, car la bataille commence maintenant : l’accord doit encore être ratifié côté européen, notamment par le Parlement européen, et il reste très contesté. Plusieurs pays, dont la France, dénoncent un risque de concurrence jugée déloyale pour les agriculteurs, tandis que des ONG alertent sur l’impact environnemental, en particulier sur la déforestation. Malgré cela, la commission défend un texte « stratégique », dans un contexte mondial marqué par les tensions commerciales. 

Un Journal de Thomas Kox et Giona Melotto.