Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Pacte sur la migration et l’asile : un durcissement qui divise
- Albanie : la contestation contre un projet immobilier se transforme en mouvement contre le pouvoir en place
- Guerre en Ukraine : la Bulgarie annonce mettre fin à ses livraisons d’armes
On ouvre ce journal en évoquant le nouveau Pacte sur la migration et l’asile, qui entre en application aujourd’hui.
Le pacte avait été adopté en 2024 après quatre années de négociations. Il regroupe neuf règlements, qui devraient s’appliquer directement dans les États membres, et une directive sur les conditions d’accueil qu’ils devront eux-mêmes transposer dans leur droit national. Son objectif : durcir et accélérer les procédures d’asile et le contrôle aux frontières extérieures et mieux répartir les responsabilités entre États membres.
Mais que change t-il concrètement ?
Le texte rend obligatoire un “filtrage” des personnes arrivant aux frontières de l’UE afin de vérifier leur identité, leur nationalité, leur état de santé et les risques éventuels de sécurité. Il vise aussi à organiser plus rapidement la suite de leur parcours : procédure de demande d’asile classique, procédure de retour lorsqu’ils ne remplissent pas les conditions requises ou orientation vers une procédure accélérée pour les personnes issues de pays dans lesquels le taux européen de reconnaissance de l’asile est faible, mais aussi pour les personnes considérées comme un risque pour la sécurité ou soupçonnées d’avoir cherché à tromper les autorités.
Le pacte introduit également deux notions centrales pour accélérer le traitement des demandes d’asile : les pays d’origine sûrs et les pays tiers sûrs.
Oui pour la première fois, l’UE établit une liste commune de “pays d’origine sûrs”, considérés comme suffisamment stables, démocratiques et respectueux des droits fondamentaux pour que leurs ressortissants soient présumés ne pas avoir besoin de protection internationale. Sept pays figurent sur cette liste, en plus des pays candidats à l’adhésion à l’UE, sauf si certains critères s’y opposent. Le texte élargit également le concept de “pays tiers sûrs”, permettant à un État membre de ne pas examiner une demande d’asile si le demandeur peut être protégé dans un autre pays jugé sûr par lequel il est passé, avec lequel il a un lien ou avec lequel il existe un accord.
Mais la réforme est loin de faire l’unanimité.
Ses défenseurs saluent un texte “historique” qui doit rendre le système plus efficace et homogène. Mais il fait l’objet de nombreuses critiques de la part des associations de défense des migrants, qui le considèrent insuffisant et dangereux. Elles dénoncent la réduction de l'examen individuel des demandes, le renvoi vers des pays où la protection ne serait pas toujours garantie ou dans lesquels certaines personnes pourraient être menacées. Elles redoutent aussi une hausse du nombre des détentions, un affaiblissement des voies de recours et un risque d’atteinte aux droits fondamentaux.
Un point reste toutefois encore en discussion : le règlement sur les retours.
Son but est de renforcer les procédures de retour des personnes qui n'obtiennent pas le droit de rester. Les débats portent notamment sur la mesure très controversée des “hubs de retour”, des centres hors de l’Union européenne dans lesquels pourraient être transférées des personnes visées par une décision de retour. Une mesure vivement critiquée par les ONG, qui craignent une externalisation des expulsions et un contrôle insuffisant sur le sort des personnes transférées. Bien que ce règlement ait fait l’objet d’un accord provisoire entre le Parlement européen et le Conseil le 1er juin dernier, il doit encore être formellement adopté.
On continue ce journal en Albanie, où des milliers de personnes manifestent chaque jour depuis la fin du mois de mai contre un vaste projet immobilier de luxe, porté par des personnalités proches du pouvoir américain sur la côte Adriatique du pays.
"La révolution des flamants roses", voici le nom donné à ce mouvement de contestation qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans le pays. À l’origine de cette colère populaire, un projet immobilier à plusieurs milliards de dollars, porté par Ivanka Trump, fille du président américain, et son époux Jared Kushner, lui-même émissaire de Donald Trump pour de grands dossiers diplomatiques.
Un projet qui prévoit notamment un aménagement touristique dans la lagune protégée de Narta ainsi qu’un complexe privé sur l’île inhabitée de Sazan.
Et c'est un projet tant contesté qu'il a suscité des manifestations de plus en plus importantes dans la capitale Tirana, les opposants craignant des conséquences désastreuses pour l’environnement. La lagune, territoire protégé, est essentielle à la migration des oiseaux et pour les zones de reproduction des flamants roses, d'où le nom donné à la vague de contestations.
Mais au fil des jours, la mobilisation s’est transformée en un mouvement beaucoup plus large contre le pouvoir en place auquel beaucoup reprochent sa complaisance envers ce projet immobilier, faisant émerger un mécontentement populaire plus profond.
Plusieurs milliers de personnes défilent désormais chaque soir dans les rues de Tirana en réclamant la démission du premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013. Pour Arlind Qori, l’un des dirigeants de la contestation et leader du parti de gauche "Ensemble", "le projet Kushner est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase des injustices en Albanie", tandis que de nombreux manifestants dénoncent un "système oligarchique" et une corruption devenue insupportable. Du côté de Bruxelles, la Commission européenne a demandé aux autorités albanaises “d’agir sans délai” afin de ne pas compromettre la candidature du pays à l’Union européenne, qui impose le respect des règles environnementales des 27 avant toute adhésion.
Et on clôture ce journal en Bulgarie, où le nouveau gouvernement a annoncé cette semaine arrêter les livraisons d'armes issues des stocks de l'armée bulgare à destination de l'Ukraine.
Un changement de cap initié par le Premier ministre Roumen Radev, arrivé au pouvoir après la victoire de sa coalition "Bulgarie progressiste" aux élections législatives de mai dernier. Longtemps considéré comme faisant montre d'un tropisme pro-russe lors de ses précédents mandats à la présidence du pays, son positionnement semblait avoir évolué depuis les derniers mois et sa visite à Bruxelles, où il avait affirmé le soutien de Sofia aux prises de positions européennes.
Mais cette semaine, Roumen Radev a déclaré que la Bulgarie a, je cite "déjà donné suffisamment" pour l'Ukraine, invoquant des "dommages socio-économiques" liés à cette guerre.
Des dommages qui justifient, pour lui, la suspension de ces livraisons. Roumen Radev a également appuyé cette décision en affirmant que l'issue de la guerre en Ukraine ne pourra pas se réaliser par la voie militaire, appelant je cite "à une approche globale et réaliste de cette guerre", c'est-à-dire "la recherche d’une solution diplomatique". Une annonce qui intervient alors que Dimitar Stoyanov, ministre de la Défense de son gouvernement, avait annoncé quelques jours plus tôt que l'objectif était de porter les dépenses de défense du pays à hauteur de 5% du PIB d'ici 2030.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily