'Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- L’Europe face au piège d’Ormuz
- Hongrie : Orbán face à son plus grand défi
- Joybuy : le géant chinois JD.com défie Amazon en Europe
On ouvre ce journal au Moyen-Orient, où la question centrale n’est plus seulement celle des frappes contre l’Iran, mais désormais celle du détroit d’Ormuz, devenu le point de bascule de toute la crise.
Oui, parce que ce passage stratégique entre l’Iran et Oman concentre à lui seul environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Or l’Iran l’a pratiquement rendu inutilisable pour les pétroliers en multipliant drones, missiles et mines, ce qui en fait déjà la plus grave perturbation énergétique mondiale de l’histoire récente. Pour les Européens, l’enjeu est donc immédiat : il ne s’agit pas seulement d’une guerre lointaine, mais d’un risque direct pour l’approvisionnement, les prix de l’énergie et même certaines chaînes de production, notamment les engrais.
Quelle est justement la réponse européenne ?
Elle est prudente, et surtout divisée. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, l’a dit très clairement lundi : il n’y a, pour l’instant, “aucun appétit” parmi les Vingt-Sept pour étendre à Ormuz le mandat de l’opération Aspides, la mission navale européenne aujourd’hui concentrée sur la mer Rouge. En même temps, Kaja Kallas insiste sur le fait qu’il est dans l’intérêt direct de l’Europe de garder Ormuz ouvert. Elle cherche donc une autre voie, plus diplomatique, en discutant avec l’ONU d’un mécanisme inspiré de l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes en mer Noire : autrement dit, sécuriser le passage des navires marchands sans basculer dans une nouvelle coalition militaire occidentale.
Mais derrière cette ligne commune très prudente, les capitales européennes ne parlent pas exactement d’une seule voix.
La France apparaît aujourd’hui comme le pays européen le plus visible militairement : Emmanuel Macron a déjà déployé près d’une douzaine de bâtiments, dont le groupe aéronaval du Charles-de-Gaulle, entre Méditerranée, mer Rouge et potentiellement Ormuz, avec l’objectif affiché de protéger ses intérêts et ses alliés dans la région. L’Allemagne, à l’inverse, affiche une retenue beaucoup plus nette. Berlin rejette l’idée d’envoyer quelques frégates européennes dans le Golfe et insiste : “ce n’est pas notre guerre”.
Que révèle justement ce décalage entre les Européens ?
Il montre qu’à ce stade, les Vingt-Sept partagent le même constat sur l’importance stratégique d’Ormuz, mais pas encore la même position sur la manière de le sécuriser sans élargir davantage leur implication dans le conflit.
On continue ce journal en évoquant la Hongrie, où Viktor Orbán et Péter Magyar ont affiché dimanche deux visions opposées du pays lors de rassemblements parallèles, à moins d’un mois d’élections législatives qui s’annoncent plus ouvertes que jamais.
Oui, les deux camps ont profité de la fête nationale du 15 mars, qui commémore la révolution hongroise de 1848, pour faire de Budapest un test de mobilisation grandeur nature. D’un côté, Viktor Orbán a réuni ses partisans autour de son discours sur la souveraineté, la sécurité et le refus de toute ingérence de Bruxelles. De l’autre, Péter Magyar, ancien proche du pouvoir devenu chef de file du parti Tisza, a rassemblé ses soutiens autour d’une promesse d’alternance, de lutte contre la corruption et de réancrage plus net de la Hongrie dans l’Union européenne et dans l’OTAN.
Dans quel contexte intervient ce face-à-face ?
Il intervient à un moment particulièrement délicat pour Viktor Orbán. Au pouvoir depuis 2010, le premier ministre affronte ce qui pourrait être son test électoral le plus sérieux depuis seize ans. La campagne se déroule sur fond de stagnation économique, de hausse du coût de la vie et de fatigue d’une partie de l’électorat après des années de domination du Fidesz marqué notamment par des scandales de corruption. Surtout, plusieurs enquêtes d’opinion placent désormais Tisza en tête. Selon un sondage publié mercredi par le centre 21 Research, le parti de Péter Magyar recueille 53 % des intentions de vote parmi les électeurs décidés, contre 39 % pour le Fidesz.
Et que disent ces deux visions opposées de la Hongrie ?
Elles résument en réalité le choix politique proposé aux électeurs. Viktor Orbán présente le scrutin du 12 avril comme un choix entre la paix et la guerre, en accusant l’opposition de vouloir rapprocher la Hongrie de l’Ukraine et l’exposer davantage au conflit avec la Russie.
Péter Magyar, lui, dénonce une stratégie de peur et de propagande.
Depuis Budapest, il a accusé le chef du gouvernement de ne plus chercher qu’à conserver le pouvoir, et il a défendu une Hongrie clairement ancrée dans l’Union européenne et dans l’OTAN. En clair, cette campagne dépasse la seule alternance : elle pose la question de l’orientation future du pays, entre poursuite de la ligne national-conservatrice d’Orbán et recentrage pro-européen porté par son rival.
On termine ce journal en évoquant l’Europe du commerce en ligne, où le géant chinois JD.com vient de lancer sa plateforme Joybuy pour défier Amazon sur plusieurs marchés du continent.
La nouvelle place de marché a été ouverte lundi au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Joybuy propose plus de 100 000 produits, avec une promesse très offensive : livraison le jour même pour certaines commandes passées avant 11 heures, et frais de port gratuits au-delà de 29 euros. Pour soutenir ce modèle, JD.com dit s’appuyer sur plus de 60 entrepôts et dépôts en Europe.
Dans quel contexte intervient ce lancement ?
Il s’inscrit dans la stratégie d’expansion internationale de JD.com, alors que le marché chinois ralentit. Cette offensive intervient aussi après le rachat de Ceconomy, maison mère de MediaMarkt et Saturn, qui donne au groupe une base plus solide en Europe.
Et pourquoi ce lancement est-il surveillé de près ?
Parce qu’il accentue la pression sur Amazon, mais aussi sur les distributeurs européens. Le terrain est déjà saturé : la Commission européenne a recensé 5,8 milliards de petits colis e-commerce entrant dans l’Union en 2025, soit 26 % de plus qu’en 2024, au point que Bruxelles prévoit une taxe temporaire de 3 euros à partir du 1er juillet 2026.
Un journal de Ulrich Huygevelde et Giona Melotto.