Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 3 juin 2026

Nikol Pachinian avec Vladimir Poutine en 2018, dont les relations sont aujourd’hui particulièrement tendues. © Kremlin.ru via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 3 juin 2026
Nikol Pachinian avec Vladimir Poutine en 2018, dont les relations sont aujourd’hui particulièrement tendues. © Kremlin.ru via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme :

  • Arménie : des législatives du 7 juin dans un contexte tendu
  • Danemark : après d’intenses négociations, le gouvernement fin prêt
  • Le Vatican s’ouvre aux femmes et aux laïcs 

On ouvre ce journal en Arménie, où se tiennent ce dimanche 7 juin des élections législatives très attendues.

Un scrutin qui fait figure de test pour la réorientation diplomatique d'Erevan. Donné largement favori malgré une popularité en baisse et une opposition divisée, le Premier ministre Nikol Pachinian présente sa ligne comme une politique d'« équilibrage » : prendre ses distances avec Moscou, longtemps allié historique, tout en se rapprochant de l'Union européenne et des États-Unis, et en normalisant ses relations avec ses deux adversaires de toujours, l'Azerbaïdjan et la Turquie.

Pourquoi cette rupture avec la Russie ?

Cette prise de distance est liée notamment à la question du Haut-Karabakh, une région montagneuse située en territoire azerbaïdjanais mais contrôlée de 1994 à 2023 par l’Arménie. Disputée entre les deux pays depuis la chute de l'URSS, elle a été le théâtre de plusieurs guerres meurtrières. Un conflit « réglé » en 2023 par une offensive azerbaïdjanaise, Bakou reprenant le contrôle du territoire, une offensive provoquant le déplacement forcé de la quasi-totalité des Arméniens qui y vivaient, ce que le Parlement européen a qualifié de nettoyage ethnique. Erevan a reproché à Moscou son inaction lors de ce conflit alors que les deux pays étaient liés par un traité de défense. L’Arménie s'est depuis tournée vers Bruxelles : adhésion à l'UE à l'ordre du jour, premier sommet Arménie–UE début mai 2026.

Et les États-Unis ?

Washington s'est également imposé comme nouvel acteur majeur sur place. Le 8 août dernier, c’est à la Maison-Blanche que le Premier ministre Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev ont signé, sous l'égide de Donald Trump, une déclaration de paix. Le traité, lui, reste à signer. À la clé : un corridor de transit dans le sud de l'Arménie, rebaptisé « route Trump », confié aux États-Unis pour 99 ans. Une percée inédite dans le pré carré russe.

D'où la nervosité de Moscou.

Vendredi dernier, à Astana, Vladimir Poutine a affirmé que l'Arménie devait désormais choisir entre l'UE et la Russie, jugeant les deux orientations « impossibles à concilier », et brandi le « scénario ukrainien ». Avec ce qui lui reste d’alliés, au sein de l'Union économique eurasiatique, il a réclamé qu’un référendum soit organisé pour trancher. Dans la foulée, la Russie rappelait son ambassadeur en Arménie.

Et Nikol Pachinian ?

Même si son tropisme pro-occidental n’est pas à démontrer, Nikol Pachinian refuse ce choix binaire. Il juge je cite « illogique » tout référendum tant qu'Erevan n'a pas déposé sa candidature à l'UE, et tente de maintenir une ligne d'équilibre : poursuivre la normalisation avec Bakou et Ankara sans acter, dit-il, de « divorce politique » avec la Russie.

On continue ce journal au Danemark, où la Première ministre sortante, Mette Frederiksen, doit présenter aujourd’hui la composition de son équipe gouvernementale.

Une annonce longuement attendue, après 69 jours de négociations, un record dans l’histoire politique du pays. Bien que les Sociaux-démocrates, le parti de Mette Frederiksen, soient arrivés en tête lors des élections législatives du 24 mars, ils ont réalisé leur plus mauvais score depuis 1903. Un résultat qui a contraint le parti à organiser plusieurs séries de négociations pour sortir de l’impasse. Finalement, la première ministre a annoncé lundi être parvenue à former une coalition de centre gauche, ouvrant la voie à son troisième mandat à la tête du gouvernement danois, qu’elle dirige depuis 2019.

Une coalition qui a été particulièrement difficile à mettre sur pied.

Dans un paysage politique très fragmenté, avec douze partis au Parlement, quatre formations se sont finalement accordées pour gouverner, de la gauche jusqu’au centre droit. Cette alliance pourrait également recevoir le soutien du parti le plus à gauche du Parlement danois : l’Alliance rouge-verte. Mais avec seulement 82 des 179 sièges du Parlement, la coalition reste minoritaire et devra trouver des majorités au cas par cas.

Hier, le gouvernement a toutefois publié son document d’orientation, très attendu compte tenu des sensibilités différentes des partis.

Parmi ses grands axes : la lutte contre l’inflation, avec notamment la baisse du coût des transports publics, la gratuité des soins dentaires et une réduction de la TVA sur les denrées alimentaires. Le gouvernement s’engage aussi à devenir un acteur plus actif au sein de l’Union européenne, notamment sur les questions de défense et de soutien à l’Ukraine, dans laquelle s’est très fortement investi le pays. Autre priorité : la défense de la souveraineté de l’ensemble du Royaume du Danemark, notamment du Groenland face aux pressions de Donald Trump. Le gouvernement prévoit aussi de renforcer les capacités militaires danoises.

Mais malgré ces mesures plutôt ancrées à gauche, le parti de Mette Frederiksen maintient une ligne ferme sur l’immigration.

Il défend l’expulsion des délinquants étrangers et la création de centres d’expulsion hors d’Europe. Une politique critiquée par les défenseurs des droits humains, mais présentée comme nécessaire pour renforcer l’État-providence. Le dirigeant de l'Alliance rouge-verte a d’ailleurs déjà dénoncé certaines “lacunes” du programme et prévenu que son parti voterait contre les mesures qu’il désapprouve.

On conclut ce journal au Vatican, où le pape Léon XIV a nommé pour la première fois hier une femme non religieuse à la tête d’un ministère.

Maria Montserrat Alvarado : c’est le nom de la femme qui a été nommé à la tête du ministère de la communication, chargé de superviser la presse écrite, la radio et la télévision du Vatican. Il s’agit de l’un des services les plus importants du Saint-Siège, avec une audience mondiale et l’un des plus gros budgets. Actuellement présidente du grand média catholique EWTN News, la future ministre devrait prendre ses fonctions le 1er novembre prochain.

Une décision qui marque une nouvelle étape dans le processus de réforme du Vatican et l’évolution des traditions de l’Église.

Cette nomination s’inscrit dans l’ouverture progressive des plus hautes fonctions du Vatican aux laïcs, et plus particulièrement aux femmes. Un mouvement initié par le pape François, décédé en avril 2025, qui souhaitait dépasser la “mentalité machiste” de l’institution en nommant pour la première fois de l’histoire de l’Église catholique des femmes religieuses à ce type de postes. Début 2025, Simona Brambilla a pris la tête du dicastère en charge des ordres et congrégations religieux. Puis, en mars, la sœur Raffaella Petrini avait été nommée à la tête du gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, chargé du pouvoir exécutif du Saint-Siège.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.