Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 21 janvier 2026

Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos (Suisse), le 20 janvier 2026. Source : “World Economic Forum Annual Meeting”, World Economic Forum, CC BY-NC-SA 4.0 Aujourd'hui en Europe - 21 janvier 2026
Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos (Suisse), le 20 janvier 2026. Source : “World Economic Forum Annual Meeting”, World Economic Forum, CC BY-NC-SA 4.0

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Trump durcit le ton, Bruxelles prépare la riposte
  • Finlande ; le “bon élève” nordique rappelé à l’ordre budgétaire
  • Une nouvelle ambassade chinoise géante divise le Royaume-Uni

On ouvre ce journal en revenant sur le nouveau coup de froid entre l’Union européenne et les États-Unis, relancé par Donald Trump depuis Washington. Pourquoi la tension remonte d’un cran ?

Parce que le président américain mêle pressions commerciales et objectifs géopolitiques. Donald Trump menace d’imposer de nouveaux droits de douane à plusieurs pays européens dès le 1er février, et lie directement ces mesures au dossier du Groenland, territoire danois au cœur d’un rapport de force entre alliés transatlantiques.

Et la France est particulièrement visée.

Washington brandit une mesure choc : jusqu’à 200 % de taxes sur le vin et le champagne français. Une menace liée au refus d’Emmanuel Macron de rejoindre le “Board of Peace” cette initiative assez floue portée par Donald Trump dont tout indique qu’elle vise à affaiblir l’ONU. 

Pour Paris, ces initiatives américaines assorties de menaces permanentes de sanctions douanières sont inacceptables : l’Élysée dénonce une approche de “coercition” qui met en péril la coopération internationale.

C’est le message qu’ a fait passer Emmanuel Macron depuis Davos ?

Oui sans citer directement Donald Trump, le président français a appellé l’Europe à ne pas se laisser imposer la loi du plus fort et à protéger ses intérêts. Il a insisté sur les faiblesses que le continent doit corriger — investissement, innovation, compétitivité — avant de conclure : “Nous préférons le respect plutôt que les brutes” et “l’État de droit à la brutalité”. Dans la foulée, sans aucun respect pour les traditions diplomatiques, Trump a publié des messages privés où Macron s’interroge sur les velléités américaines sur le Groenland. Donald Trump, multipliant les propos peu amènes face au président français, a aussi décliné la proposition d’Emmanuel Macron d’organiser un sommet du G7

Et Ursula von der Leyen durcit aussi le ton. 

Depuis Davos, la présidente de la Commission a également défendu l’idée d’une “indépendance européenne”, promettant une réponse “unie et proportionnée”, tout en rappelant, peut-être malgré l’évidence, que les Américains restent des alliés. Elle a aussi mis en avant une Europe plus active sur le front commercial, notamment après la signature de l’accord UE–Mercosur. Enfin, preuve que la séquence inquiète : un sommet européen extraordinaire est prévu jeudi. Les Vingt-Sept préparent une riposte qui pourrait coûter cher aux intérêts américains et porter sur 93 milliards d’euros. Un projet qui porte sur deux pistes principales : la réactivation des droits de douane suspendus après l’accord conclu avec Washington en juillet, ou l’utilisation de l’instrument anti-coercition considéré comme le “bazooka” commercial de l’UE et qui limiterait certains investissements ou l’accès au marché européen. Une réponse qui divise cependant. Si la France veut frapper fort, d'autres capitales craignent l’escalade. 

Ce mardi, le Parlement européen a également décidé de suspendre la ratification de l’accord commercial UE–États-Unis.

On poursuit ce journal en évoquant le signal fort envoyé à l’un des pays les plus réputés pour sa rigueur budgétaire : mardi, l’Union a annoncé l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif à l’égard de la Finlande.

Oui le déficit public finlandais dépasse nettement la limite européenne de 3 % du PIB. Il s’est établi à 4,5 % en 2025 et le gouvernement prévoit encore 4 % en 2026, un niveau jugé incompatible avec les règles du pacte de stabilité.

Pourtant, la Finlande n’invoque-t-elle pas des dépenses de défense exceptionnelles ?

Si : Helsinki utilise la “clause dérogatoire nationale” liée à la défense, qui autorise une certaine flexibilité. Mais selon le Conseil, cela ne suffit pas à expliquer l’ampleur du déficit, et la trajectoire actuelle reste trop éloignée d’un retour sous les 3 %. 

Concrètement, qu’est-ce que ça change pour la Finlande ?

Le pays va devoir présenter un plan détaillé de correction d’ici le 30 avril 2026, puis suivre une trajectoire de redressement visant à mettre fin à la situation de déficit excessif d’ici 2028. Bruxelles fixe aussi des plafonds de progression des dépenses, avec une croissance annuelle de la dépense nette encadrée dès 2026.

Et comment situer la Finlande par rapport aux autres pays nordiques ?

Au sein des pays du nord jugés rigoureux sur le plan budgétaire, la Finlande fait figure d’exception, dans un contexte de croissance molle et de pressions sécuritaires qui pèsent sur les budgets. Au niveau européen, ce rappel à l’ordre intervient alors que le déficit moyen de l’UE s’élevait encore à 3,1 % du PIB en 2024, signe que la consolidation budgétaire reste difficile pour de nombreux États membres.

On clôture ce journal au Royaume-Uni : le gouvernement a autorisé la construction d’une méga-ambassade chinoise à Londres, près de la Tour de Londres. Pourquoi cette décision fait-elle polémique ?

Parce que ce chantier est devenu la cause d’un véritable bras de fer diplomatique entre Pékin et Londres. Des élus britanniques, des associations de riverains et des militants pro-démocratie craignent un risque accru d’espionnage et de surveillance, notamment en raison de la proximité d’infrastructures de télécommunications stratégiques. Les habitants du quartier envisagent d’ailleurs un recours en justice pour contester l’autorisation.

Pourquoi Londres a-t-elle finalement tranché en faveur de Pékin ?

La décision a été validée mardi par le ministre Steve Reed, après des assurances des services de renseignement britanniques, qui estiment que les risques peuvent être encadrés et gérés. Le gouvernement défend un processus “normal” et rappelle que le droit de l’urbanisme ne permet pas de bloquer un projet sur des considérations géopolitiques. Au-delà du bâtiment, ce feu vert illustre la ligne britannique : maintenir un canal diplomatique avec la Chine, tout en tentant de contenir les enjeux de sécurité que cette présence renforcée fait peser sur Londres

Un journal de Ulrich Huygevelde et Giona Melotto.