Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 12 mai 2026

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et l’une des principales figures des négociations. © Tasnim News Agency via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 12 mai 2026
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et l’une des principales figures des négociations. © Tasnim News Agency via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme :

  • Guerre en Iran : une trêve plus fragile que jamais 
  • Sommet à Nairobi : la France en quête d’une nouvelle relation avec l’Afrique
  • Eurovision 2026: l’émission ébranlée par le plus grand boycott de son histoire

On ouvre ce journal au Moyen-Orient, où le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran paraît plus fragile que jamais, un peu plus d’un mois après son entrée en vigueur.

Donald Trump l’a lui-même reconnu ce lundi depuis le Bureau ovale : la trêve est, selon lui, “sous assistance respiratoire”. En cause : le refus de l’Iran d’accepter le plan de paix américain, censé transformer cette pause militaire en véritable accord politique. Téhéran n’a pas validé le texte de Washington : il a renvoyé sa propre proposition, aussitôt jugée inacceptable par la Maison-Blanche.

La réponse iranienne est notamment venue de Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement, devenu l’une des figures des négociations. 

Selon lui, les États-Unis n’ont “pas d’autre option” que d’accepter les droits de l’Iran tels qu’ils sont formulés dans la proposition iranienne. Ce texte en quatorze points prévoit notamment des garanties contre toute nouvelle attaque américaine, la levée du blocus naval, un allègement des sanctions et un nouveau mécanisme pour la gestion du détroit d’Ormuz. Le négociateur iranien a aussi prévenu que les forces armées iraniennes étaient prêtes à répondre à toute nouvelle agression.

Pourquoi ce plan de paix est-il si sensible ?

Parce qu’il ne porte pas seulement sur l’arrêt des combats. Il touche aux principaux points de blocage entre Washington et Téhéran : la réouverture complète du détroit d’Ormuz, la levée éventuelle de sanctions contre l’Iran, la sécurité maritime dans le Golfe et, en arrière-plan, le programme nucléaire iranien.

Mais le détroit d’Ormuz est au cœur de l’impasse. 

Oui, parce que c’est l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde pour le pétrole et le gaz. Pour Washington, garantir la liberté de navigation dans cette zone est une priorité. Mais pour Téhéran, accepter une réouverture complète du détroit sans obtenir de garanties sur les sanctions ou sur sa sécurité reviendrait à abandonner l’un de ses principaux leviers dans les négociations.

Et cette impasse a-t-elle déjà des conséquences économiques ?

Oui, d’abord sur les marchés de l’énergie. Chaque signe de blocage diplomatique se traduit par une nouvelle tension sur les prix du pétrole. Après le rejet de la réponse iranienne par Washington, le Brent est reparti à la hausse. Les marchés redoutent désormais une crise durable autour d’Ormuz, avec des perturbations prolongées pour le transport maritime et les exportations d’hydrocarbures.

Et du côté européen, quels sont les principaux impacts du conflit ?

Pour l’Europe, cette crise rappelle surtout sa vulnérabilité face aux chocs énergétiques extérieurs. Même si le pétrole et le gaz du Golfe ne représentent pas toute sa consommation, une crise prolongée à Ormuz suffit à faire grimper les prix mondiaux, et donc les factures européennes. Selon les prévisions de la BCE, l’inflation dans la zone euro devrait fortement s’accélérer pour s’établir à plus de 3% pour le deuxième trimestre de 2026. Quant à la croissance, l’institution indique que les prévisions ont été fortement revues à la baisse avec la guerre au Moyen-Orient. Et les chiffres du premier trimestre 2026 le confirment avec une évolution presque nulle du taux de croissance, à hauteur de 0,1% pour la zone euro. Les Vingt-Sept veulent donc éviter une escalade militaire et préserver la liberté de navigation dans le Golfe. Mais dans ce dossier, leur influence reste limitée : les principaux rapports de force se jouent entre Washington, Téhéran et les pays de la région.

On poursuit ce journal à Nairobi, où Emmanuel Macron participe au sommet franco-africain “Africa Forward” lundi 11 et mardi 12 mai. 

Le sommet réunit des chefs d’État et de gouvernement, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile. L’objectif pour Paris : maintenir une certaine influence en Afrique. Un continent stratégique, d’ailleurs devenu un terrain de concurrence économique et d’influence entre puissances. Mais surtout un continent où l’influence de la France reflue sévèrement depuis des années. Ses relations avec certains pays du continent se sont nettement dégradées, notamment avec le Mali, le Niger ou le Burkina Faso.

Cette visite constitue aussi une nouvelle tentative de la France de rompre avec son passé colonial. 

Une promesse faite par Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir. Il s’est d’ailleurs distingué par un certain activisme sur le dossier : jamais un président français n’était autant allé sur le continent. Et, depuis, la France a reconnu certains des crimes commis dans ses anciennes colonies, notamment au Cameroun, au Sénégal et en Algérie. Quelques jours avant l’ouverture du sommet, le Parlement français a aussi adopté une loi-cadre pour faciliter la restitution de biens culturels acquis de manière illicite durant la colonisation.

Mais le bilan du président français dans sa relation avec l’Afrique reste marqué par un reflux très net de l’influence française.

Paris a dû faire face, ces dernières années, à des changements à la tête de plusieurs pays d’Afrique, au Sahel mais pas seulement où les nouveaux régimes ont totalement tourné le dos à Paris, privilégiant parfois des alliances avec Moscou. Conséquence : les forces françaises ont dû quitter plusieurs bases militaires en Afrique francophone. Le malaise a aussi été alimenté par certaines déclarations d’Emmanuel Macron, perçues comme maladroites, voire paternalistes, dans plusieurs capitales africaines.

On clôture ce journal en évoquant l’Eurovision 2026, dont l’organisation est particulièrement affectée par la situation internationale cette année. Plusieurs pays appellent au boycott en raison de la participation d’Israël.

L’Espagne, l’Irlande et la Slovénie, après s’être retirées, ont annoncé qu’elles ne diffuseraient pas la 70e édition du concours, organisée à Vienne du 12 au 16 mai. Une décision d’autant plus symbolique que l’Espagne fait partie des grands contributeurs du concours. En Slovénie, le groupe RTV remplacera même le programme par un ensemble de films et documentaires sur la Palestine. Ces pays dénoncent la décision de l’Union européenne de radio-télévision, l’UER, l’organisme qui organise le concours, de maintenir Israël dans la compétition, malgré les guerres qu’elle mène dans la région. L’Islande et les Pays-Bas se sont également retirés du concours, même s’ils continueront à le diffuser. Plus d’un millier d’artistes et de groupes, ainsi qu’Amnesty International, ont également appelé au boycott. Une manifestation pro-palestinienne a aussi eu lieu samedi à Vienne.

Cette polémique relance les critiques contre l’organisation du concours, l’un des programmes les plus suivis au monde. 

Ces dernières années, plusieurs pays en ont déjà été expulsés pour des raisons politiques. La Biélorussie, pour avoir proposé des chansons pro-régime faisant l’éloge de l’ordre et de l’autorité. La Russie, elle, a été exclue après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Pour les partisans du boycott, le maintien d’Israël illustre un double standard qui permet à l’État hébreu de prendre le visage d’un pays démocratique et progressiste malgré les conflits dans lesquels il est impliqué.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.