Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 2 novembre 2026

Le président de la République polonais Karol Nawrocki, lors des célébrations de la journée de l’Indépendance, le 11 novembre 2025. © Mikołaj Bujak/KPRP Aujourd'hui en Europe - 2 novembre 2026
Le président de la République polonais Karol Nawrocki, lors des célébrations de la journée de l’Indépendance, le 11 novembre 2025. © Mikołaj Bujak/KPRP

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.

Au programme : 

  • Pologne : la crise politique autour du Tribunal constitutionnel.
  • Bulgarie : Iliana Iotova élue présidente de la République.
  • UE : le 21e sommet Canada-UE à Montréal.
  • Russie : la fermeture du journal indépendant Novaïa Gazeta.

On commence ce journal en Pologne, où la crise autour du Tribunal constitutionnel a pris un tournant spectaculaire depuis vendredi.

Le Tribunal constitutionnel est le gardien de la Constitution polonaise. Il vérifie que les lois et les traités internationaux la respectent, et peut annuler des lois. Il tranche aussi les conflits entre les grandes institutions de l’État. Ses quinze juges sont élus par le Parlement pour neuf ans, puis prêtent serment devant le président de la République. C’est donc une institution clé, capable de bloquer les réformes du gouvernement.

Ces nominations sont au cœur d’un bras de fer qui dure depuis dix ans.

Tout commence en 2015. Juste avant de perdre les élections, la majorité libérale sortante fait élire cinq juges. Les conservateurs du parti Droit et justice, le PiS, arrivés au pouvoir, refusent ces nominations et nomment leurs propres juges. Le Tribunal passe peu à peu sous leur influence, au point que Bruxelles lance une procédure contre Varsovie pour atteinte à l’État de droit. Depuis 2023, le gouvernement pro-européen de Donald Tusk veut réformer cette institution, dont il conteste la légitimité.

Cette volonté de réformer le tribunal crée de vives tensions.

En mars, le Parlement a élu six nouveaux juges. Mais le président de la République, Karol Nawrocki, proche du PiS, n’a accepté le serment que de deux d’entre eux, invoquant des irrégularités. Le gouvernement rappelle pourtant que le président n’a pas le pouvoir de bloquer des juges élus par le Parlement. Les autres ont donc prêté serment devant le Parlement. Mais le président du Tribunal refuse de les laisser siéger. Au total, cinq des huit juges élus cette année sont bloqués.

La crise a pris de nouvelles proportions ces derniers jours ?

Vendredi soir, l’une de ces juges bloquées a annoncé qu’elle prenait la tête du Tribunal, en s’appuyant sur son ancienneté. Elle a suspendu pour un mois le président du Tribunal et son vice-président, et la police leur a refusé l’accès au bâtiment. Elle leur reproche notamment d’avoir écarté les nouveaux juges et de paralyser le Tribunal, jusqu’à l’adoption de son budget pour l’an prochain.

La décision a généré de vives réactions. 

Le vice-président suspendu dénonce, je cite, un « coup d’État ». Des partisans du PiS se sont rassemblés devant le Tribunal, dans une ambiance très tendue. Le président Nawrocki a écourté un voyage au Sénégal pour se rendre sur place, dénonçant une violation de l’ordre constitutionnel. Il a réuni samedi les partis politiques, sans trouver d’issue. Donald Tusk, lui, assure rétablir l’État de droit. 

L’Union européenne s’est positionnée en faveur du gouvernement de Donald Tusk. 

Un porte-parole de la Commission européenne a appelé ce samedi le président de la République Karol Nawrocki à reconnaître et à valider la nomination des juges. Une demande que l’Union européenne réitère, puisque qu’en mai dernier, la Cour européenne des droits de l’homme, mais aussi la Commission de Venise, l'organe consultatif du Conseil de l'Europe sur les questions constitutionnelles, avaient déjà encouragé le président polonais à permettre aux nouveaux juges d’accéder à leurs fonctions. 

Et on continue ce journal en Bulgarie, où les citoyens ont voté au second tour de l’élection présidentielle ce dimanche. 

C’est la présidente sortante, Iliana Iotova, qui l’emporte, avec près de 58 % des voix selon des résultats quasi définitifs, dans un scrutin marqué par une faible participation. Elle était déjà arrivée en tête au premier tour, le 25 octobre. Son adversaire, l’ancien Premier ministre par intérim, Andreï Guiourov, obtient un peu moins de 40 % des suffrages. 

Quelle politique Iliana Iotova défend-elle pour la Bulgarie ? 

Elle défend une politique étrangère indépendante au sein d’une « Europe forte », tout en soutenant l’ancrage du pays dans l’OTAN. Mais c’est la Russie qui a divisé les deux candidats. Son rival défend une ligne pro-occidentale, quand Iliana Iotova plaide pour le dialogue avec Moscou. “Si nous déversons encore plus d’argent en Ukraine et livrons de nouvelles armes plus sophistiquées, cela ne fera qu’entraîner davantage de destruction et la mort de nombreuses personnes des deux côtés”, a-t-elle notamment affirmé.  

Et on poursuit ce journal en partant pour Montréal où s’est tenu le 21e sommet UE-Canada.

Réunis ce jeudi et vendredi, le président du Conseil européen, António Costa, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre canadien, Mark Carney, se sont rencontrés dans la grande métropole du Québec. “Le Canada est le plus européen des pays hors d’Europe” y a déclaré Ursula von der Leyen ce vendredi lors d’une conférence de presse. 

Une déclaration qui rappelle son discours sur l'état de l’Union, en septembre, où elle y avait avancé l’idée d’un nouveau statut de “membre associé” de l’UE pour le Canada. Une mesure sur laquelle l’UE est revenue, mettant désormais en avant “une association toujours plus étroite entre le Canada et l’UE, sans qu’il s’agisse d’une pleine adhésion à l’UE”, selon une déclaration commune ce vendredi. 

C’est une “alliance pour le futur” qui a été finalement dévoilée. 

Elle prévoit une coopération renforcée dans l’industrie, les minerais critiques ou l’intelligence artificielle, mais aussi en matière de sécurité. Des mesures concrètes ont déjà été annoncées : un accord sur le commerce numérique, et la participation du Canada au prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, avec une première contribution canadienne de 500 millions d’euros. 

On clôture ce journal en Russie, où le journal indépendant Novaïa Gazeta, créé en 1993 et longtemps parrainé par Mikhaïl Gorbatchev, a annoncé sa fermeture vendredi.

Dans une vidéo sur YouTube, son rédacteur en chef a dénoncé la pression des autorités : “Novaïa Gazeta cesse d’exister. Les autorités russes, les services spéciaux russes ont obligé la rédaction à mettre fin à son travail.” Le journal a reçu l’ordre de quitter ses locaux à Moscou, et les dons de ses lecteurs ont été bloqués. Il fermera ses portes le 9 novembre.

La fermeture met de nouveau en lumière les atteintes à la liberté de la presse en Russie.

Novaïa Gazeta était l’un des derniers bastions de la presse indépendante, après plus de 30 ans d’existence. Six de ses journalistes ou collaborateurs ont été assassinés, et son ancien rédacteur en chef avait reçu le prix Nobel de la paix en 2021. 

Un journal de Audrey Heller et Élise Houben.