Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Guerre en Ukraine : la Russie montre ses failles
- Royaume-Uni : des manifestations qui secouent le gouvernement
- Crise politique en Lettonie
On ouvre ce journal en Russie, où une attaque ukrainienne inédite ce week-end continue de révéler les failles dans le système de défense du Kremlin.
Dans la nuit de samedi à dimanche, la Russie a subi l’une des attaques ukrainiennes les plus massives en quatre ans de guerre : 556 drones auraient visé le territoire russe, y compris Moscou. Bilan : quatre morts et une douzaine de blessés. Des frappes présentées comme une réponse à l’attaque russe très meurtrière jeudi dernier sur Kiev, qui a fait 24 morts. Cette nuit encore, la Russie aurait lancé plus de 500 projectiles vers l’Ukraine.
La particularité de ces attaques ukrainiennes : leur portée spectaculaire.
Elles ont touché des territoires situés à près de 2000 kilomètres de la frontière ukrainienne. Une distance qui amenait jusque-là à les considérer hors d’atteinte. Mais depuis plusieurs mois, l’armée ukrainienne frappe toujours plus loin en profondeur sur le territoire russe. Des attaques répétées ont ciblé la région de l’Oural, et notamment des villes comme Tcheliabinsk ou Iekaterinbourg à des centaines de kilomètres à l'est de Moscou.
Des frappes qui interrogent directement la capacité du Kremlin à protéger l’ensemble du pays.
Car elles exposent au grand jour les failles sécuritaires russes. Longtemps présentée comme un atout stratégique, l’immensité du territoire russe apparaît aujourd’hui comme une faiblesse : il l’empêche d’être protégée en totalité. Une faiblesse aggravée par le manque de systèmes de défense russes.
Et mauvaise nouvelle pour le Kremlin : cette situation pourrait durer, car l’Ukraine ne cesse de renforcer ses capacités géostratégiques.
Kiev multiplie les survols du territoire russe et les frappes par drones de combat. Et elle compte encore monter en puissance dans ce domaine grâce à l’intelligence artificielle. Son partenariat avec l’entreprise de tech américaine Palantir, dont le directeur s’est rendu à Kyiv en avril, doit lui permettre d’améliorer l’analyse des attaques aériennes et la planification de frappes en profondeur.
Cette vulnérabilité croissante reflète surtout l’état de plus en plus fragile de l’économie russe.
Malgré la flambée des prix du pétrole liée au conflit en Iran, l’économie russe ralentit nettement depuis le début de l’année. En cause bien sûr : le coût massif de la guerre. L’explosion des dépenses militaires a fait s’envoler l’inflation. À cela s'ajoutent les politiques économiques du Kremlin, qui agit comme si la guerre n’avait pas lieu: hausses des impôts et du coût des emprunts, campagne de “renationalisation”, guerre contre Internet qui fragilise l’économie numérique… Les entrepreneurs russes dénoncent aussi le fait de devoir financer eux-mêmes l'installation de systèmes anti drones pour protéger leurs usines. Autre inquiétude : l’épuisement de la production d’or noir du pays, alors même que son modèle économique repose largement sur la rente fossile.
Plus globalement, c’est le quotidien des Russes qui est de plus en plus perturbé par la guerre.
Enseignement à distance, coupures d’Internet, célébration du 9 mai au rabais, pression sur les jeunes pour partir au front. Une situation qui pourrait calmer les ardeurs russes et fissurer la société. Elle nourrit déjà, chez une partie de la population, un malaise croissant et de l’anxiété face à la guerre. Un sentiment partagé par 25 % des sondés, selon une étude du VTsIOM, institut lié au Kremlin.
Une fragilité qui pourrait contraindre la Russie à rouvrir le dialogue.
Hier, le porte-parole du Kremlin a déclaré que Moscou pourrait reprendre les discussions avec l’Europe au sujet de la guerre en Ukraine, dans l’espoir de voir émerger une approche plus pragmatique.
On poursuit ce journal au Royaume-Uni, où des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues du pays ce week-end.
À Londres, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé samedi à deux manifestations distinctes sous haute surveillance policière. D'un côté, une mobilisation pro-palestinienne dans le centre de la capitale britannique, et de l'autre, un rassemblement d'extrême droite initié par le militant Tommy Robinson, lors duquel les débordements racistes et islamophobes ont été nombreux.
Face à ces manifestations opposées, la mobilisation policière a été particulièrement forte, les forces de l'ordre redoutant une escalade de violence.
Selon Reuters, la police londonienne a mobilisé plus de 4 000 agents afin d'éviter tout affrontement entre les deux cortèges. Une cinquantaine de manifestants ont été arrêtés, notamment pour troubles à l'ordre public et violences envers des policiers. Des chiffres qui reflètent le contexte politique tendu du pays, après la percée électorale du parti d'extrême droite Reform UK. En outre, le pays est également marqué par une recrudescence alarmante d’actes de violence antisémite. Une synagogue a été incendiée le 5 mai, quelques jours après une autre attaque antisémite qui avait fait deux blessés graves à Londres.
Ces événements fragilisent encore davantage la position du Premier ministre.
Affaibli par le revers des élections locales, Keir Starmer exclut pourtant pour l’instant toute démission, invoquant la volonté de "ne pas plonger le pays dans le chaos".
Et on clôture ce journal en Lettonie, où la crise gouvernementale a connu un nouveau tournant ce week-end.
La Première ministre Evika Silina a en effet remis sa démission après avoir perdu sa majorité parlementaire. Et c'est Andris Kulbergs, figure de l'opposition conservatrice, qui a été nommé par le président letton Edgars Rinkevics pour former un nouveau gouvernement.
Mais comment en est-on arrivé là ?
Tout a commencé le week-end dernier, lorsque Mme Silina a limogé le ministre de la Défense Andris Spruds. Elle lui reprochait de ne pas avoir développé assez rapidement le système de défense anti-drones, après que deux drones ukrainiens égarés ont explosé dans une installation de stockage de pétrole en Lettonie. Une décision qui s'est retournée contre elle : le parti progressiste "Progresīvie", dont M. Spruds est membre, a immédiatement annoncé son retrait de la coalition, lui faisant perdre sa majorité et la contraignant à la démission.
Une crise qui illustre à quel point la question de la défense est devenue le sujet de tensions majeur dans le pays.
Oui, et surtout dans les pays baltes, en première ligne face à la menace russe. La Lettonie, comme ses voisins estonien et lituanien, est sous pression constante pour renforcer ses capacités militaires - et tout manquement dans ce domaine peut désormais coûter un gouvernement.
Un journal de Nicolas Le Guily et Giona Melotto.