Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Commerce : l’UE muscle sa riposte face à Washington et Pékin
- Migration : l’UE poursuit le durcissement de sa politique
- Royaume-Uni : le gouvernement allège ses sanctions contre la Russie
On commence ce journal à Bruxelles, où l'Union européenne a finalement formalisé, mardi soir, le texte de son accord commercial avec les États-Unis. Un compromis arraché in extremis après des mois de bras de fer transatlantique.
C'est tard dans la nuit de mardi à mercredi que diplomates des Vingt-Sept et eurodéputés sont tombés d'accord sur le texte final du très controversé "accord de Turnberry", signé l'été dernier en Écosse par Donald Trump et Ursula von der Leyen. Le pacte prévoit que l'Union supprime les droits de douane sur la plupart des produits industriels américains, et que Washington plafonne à 15% ses tarifs sur les produits européens. Il n'est cependant pas encore en vigueur : l’accord doit encore être ratifié par le Parlement européen du 15 au 18 juin, puis par le Conseil, sans modification substantielle attendue.
Un accord vraiment favorable à l'Europe ?
Selon plusieurs observateurs, pas vraiment. Bruxelles s'est engagée à investir 600 milliards de dollars aux États-Unis d'ici 2028 et à acheter pour 750 milliards d'énergie américaine. Et surtout, rien ne garantit que Donald Trump respectera sa signature : il y a deux semaines à peine, alors que l'accord était déjà conclu sur le papier, le président américain a menacé de faire marche arrière et d'imposer 25% de droits de douane sur les voitures européennes. La menace tarifaire reste son levier politique préféré pour faire plier les Européens sur différents dossiers : le commerce, mais aussi des dossiers sensibles comme l'aide à l'Ukraine, la guerre en Iran ou l'avenir de l'OTAN.
Une situation qui pousse Bruxelles à diversifier, en parallèle, ses partenaires commerciaux.
Exactement, c'était d’ailleurs le sens que l’on pouvait attribuer à la visite de Narendra Modi en Europe cette semaine. Le Premier ministre indien achève ce mercredi à Rome, chez Giorgia Meloni, une tournée qui l'a également mené aux Pays-Bas, en Suède puis en Norvège. Fil rouge : l'accord de libre-échange UE-Inde signé en janvier après près de vingt ans de négociations, qu'Ursula von der Leyen a qualifié de "mère de tous les accords", l’accord pouvant potentiellement concerner deux milliards de personnes. New Delhi s'engage à supprimer les droits de douane sur 96,6% des exportations européennes, avec un doublement attendu des flux d'ici 2032.
Avec déjà des résultats très concrets.
Oui, aux Pays-Bas, le géant néerlandais ASML, leader mondial des machines à fabriquer les puces, a signé avec l'indien Tata Electronics un contrat de 11 milliards de dollars pour bâtir une usine de micropuces dans l'État indien du Gujarat : une manière à peine voilée de présenter l'Inde comme alternative à la Chine. À Stockholm, partenariat sur l'IA. À Oslo, "partenariat vert".
Et tout cela sur fond de tensions commerciales croissantes avec Pékin.
Sur les quatre premiers mois de 2026, l'excédent commercial de la Chine avec l'UE atteint 113 milliards de dollars, contre 91 un an plus tôt. La Commission prépare un arsenal : diversification obligatoire des fournisseurs critiques, nouveaux droits de douane sur l'acier et la chimie, enquêtes antidumping, et en dernier recours l'instrument anti-coercition. Mais l'unité des Vingt-Sept reste à construire : Berlin et Madrid freinent, alors que le commissaire Maroš Šefčovič promet de se battre "bec et ongles pour chaque emploi européen".
On poursuit ce journal à Strasbourg, où le Parlement européen s’apprête à approuver la création de “centres pour migrants à l’étranger”.
C'est une réforme majeure de la politique migratoire de l'Union européenne qui sera soumise au vote ce jeudi au Parlement à Strasbourg : les 27 devraient approuver la création des "hubs de retour" controversés. Concrètement, le texte autorise les États membres à transférer vers des pays tiers les personnes dont la demande d'asile en Europe est rejetée, en attendant leur expulsion.
L’objectif de cette mesure est clair : accélérer les expulsions des migrants déboutés du droit d’asile.
Oui, les États membres en faveur de ces centres estiment qu'aujourd'hui, les mesures en vigueur sont lentes et inefficaces. À l'appui, les partis de droite qui plaident pour une ligne migratoire plus ferme brandissent un chiffre : selon les statistiques de la Commission européenne, seulement 20% des décisions de renvoi prises dans l'UE aboutissent réellement à une expulsion effective. Pour augmenter ce chiffre, des centres devraient donc voir le jour dans plusieurs pays tiers, le Rwanda, l'Ouzbékistan ou l'Ouganda étant régulièrement évoqués comme destinations potentielles.
Un modèle qui a d'ailleurs déjà été expérimenté par le passé, sans grand succès.
Au Royaume-Uni d'abord, où l'accord avec le Rwanda, signé en 2022, a été enterré par Keir Starmer dès son arrivée au pouvoir en juillet 2024 : seules quatre personnes y avaient été transférées, et sur la base du volontariat. Et en Italie, où les centres ouverts en Albanie fin 2024 par le gouvernement Meloni, financés à hauteur de 650 millions d'euros, sont restés en grande partie vides, retoqués à plusieurs reprises par la justice italienne.
Au-delà de ces précédents, le projet est aussi loin de faire l'unanimité sur le fond. La gauche et les ONG sont notamment vent debout contre des mesures qu'elles jugent contraires au droit international.
Amnesty International a notamment critiqué le texte. Pour Olivia Sundberg Diaz, chargée de plaidoyer sur les migrations au sein de l'ONG, ces centres "comportent le risque de détention par défaut" et risquent de "plonger beaucoup plus de personnes dans une situation précaire".
On clôture ce journal au Royaume-Uni, où le gouvernement de Keir Starmer est vivement critiqué après avoir décidé d’assouplir certaines sanctions visant les importations de carburants russes.
Londres a annoncé mercredi une dérogation temporaire pour une durée indéterminée autorisant l’entrée sur le marché britannique de kérosène et diesel raffinés, dans des pays tiers certes, mais à partir de pétrole russe. Le gouvernement justifie cette décision par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays et de limiter les tensions sur les prix du carburant. Une mesure qui intervient alors que ses homologues européens à Bruxelles maintiennent une ligne dure face à Moscou, quatre ans après le début de l’invasion de l’Ukraine.
Une décision qui a donc provoqué une vague d’indignation de Londres jusqu’à Kyiv.
A Kyiv, Volodymyr Zelensky a en effet rapidement dénoncé cette décision, qui revient selon lui à financer indirectement l’effort de guerre russe. Du fait de l’allègement britannique des sanctions, selon le président ukrainien, 10 nouveaux milliards d’euros sont débloqués pour Moscou. Une “ressource directement convertie en nouvelles frappes contre l’Ukraine” selon ses craintes. Sommé de s’expliquer devant la Chambre des Communes, le premier ministre britannique Keir Starmer a quant à lui prôné face aux critiques la “protection des consommateurs britanniques”.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.