Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Élections en Hongrie : un duel décisif pour l’Union européenne
- Guerre en Ukraine : Kyiv élargit sa stratégie à l’international
- Hydrogène natif : un gisement géant attise les ambitions de la Belgique
On ouvre ce journal en Hongrie, où la campagne électorale s’intensifie, à deux semaines des législatives.
Oui, le scrutin est d’ores et déjà particulièrement tendu, confrontant essentiellement deux formations de droite, la gauche étant affaiblie depuis des années. Viktor Orban et son parti du Fidesz, au pouvoir depuis plus d’une décennie, sont ainsi confrontés à une opposition de plus en plus puissante organisée autour de Péter Magyar, leader du parti Tisza. Ce dernier, membre du Fidesz jusqu’en 2024, a finalement rejoint les conservateurs pro européens, dénonçant régulièrement la corruption systématique et l'enrichissement personnel des proches du premier ministre. Sur la scène européenne, il entend également rompre avec son adversaire en apaisant ses relations avec Bruxelles, avec en ligne de mire l’accès aux fonds européens bloqués à cause des entorses du pays à l’Etat de droit.
Viktor Orbàn, quant à lui, a choisi de faire campagne en jouant sur un tableau opposé, celui de la peur de la guerre en Ukraine.
Oui, son parti accuse l’opposition de jouer “la marionnette de Kiev et de Bruxelles”, sur fond de désinformation. Des vidéos montées de toute pièce par l’intelligence artificielle et publiées sur les comptes officiels du parti montrent les prétendues conséquences d’une victoire de Péter Magyar aux législatives : l’envoi de soldats hongrois sur le front ukrainien. Et de fait Viktor Orban ne cache pas, depuis des années, son très fort tropisme pro-russe. Il a d’ailleurs continué ces derniers mois à rendre des visites au chef du Kremlin.
Et au vu des enjeux pour Bruxelles, les institutions de l’UE suivent de près le scrutin.
Tout à fait, ces élections sont suivies de très près en raison de leur potentiel impact sur les politiques internes de l’UE. Et alors que la Commission européenne garde le silence sur les législatives hongroises, c’est donc une grande partie des eurodéputés et chefs d’Etats européens qui portent cette problématique, avec une exaspération grandissante devant les menaces récurrentes de vétos hongrois. Le premier ministre finlandais et le chancelier allemand ont notamment accusé Viktor Orban de “trahison” et de “déloyauté”.
A Budapest la tension est palpable, d’autant plus qu’un scandale d’écoutes téléphoniques est venu éclabousser la campagne.
La campagne déjà houleuse a en effet pris un nouveau tournant après la diffusion d’un enregistrement qui établirait un lien entre le célèbre journaliste d’investigation hongrois Szabolcs Panyi et des services de renseignement étrangers. Le journaliste était devenu une menace pour le régime d’Orban, en multipliant ces dernières semaines les révélations sur des opérations d’influence russes visant à soutenir la réélection de l’actuel gouvernement hongrois, qui a donc annoncé porter plainte contre le journaliste.
On continue ce journal en Ukraine, alors que la Russie intensifie ses attaques, notamment dans l’agglomération de Pokrovsk-Myrnohrad et que l’Ukraine répond par des attaques sur les infrastructures énergétiques russes.
Oui, sur le terrain, la pression militaire ne faiblit pas. Cette nuit, 289 drones russes ont été lancés contre Kyiv, dont 267 ont été interceptés, alors que des attaques ukrainiennes ont ciblées hier le port d’Oust-Louga, en mer Baltique, un site crucial pour les exportations d'hydrocarbures de Moscou. Pour la troisième fois en moins d’une semaine, Kyiv a visé le port russe et intensifie une pression stratégique sur un site d’où près de 33 millions de tonnes de produits pétroliers ont été expédiés en 2025, ce qui pourrait lui permettre de limiter les bénéfices que Moscou tire de la crise énergétique du moment.
Mais le conflit ne se prolonge pas seulement en Ukraine: au Moyen-Orient, la guerre a poussé l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar à conclure ce lundi des accords de défense historique pour dix ans avec Kyiv.
Au début du conflit en Iran, les États-Unis et certains pays du Golfe avaient déjà sollicité l’aide de Kyiv pour mieux intercepter les drones iraniens de type Shahed. Mais ce lundi, suite à la visite du président dans la région ce week-end, l’Ukraine a signé des accords officiels avec l’Arabie saoudite, les Émirats et le Qatar, tandis que des discussions se poursuivent avec la Jordanie et le Koweït. Selon le président Volodymyr Zelensky, il ne s’agit pas seulement d’armes, mais de systèmes complets de défense, que ce soit la défense aérienne, des drones maritimes ou des logiciels électroniques. Kyiv a déjà envoyé plus de 200 experts anti-drones dans la région.
Et c’est aussi la sécurité énergétique mondiale qui pourrait profiter de ces accords.
Oui, en toile de fond, il y a le détroit d’Ormuz, dont le trafic maritime est bloqué depuis près d’un mois. Selon Politico, l’expertise de Kyiv pourrait aider les pays occidentaux et les pays du Golfe à sécuriser cette zone stratégique et relancer le commerce mondial de pétrole.
Ces accords sont aussi une source d’investissement nécessaire pour Kyiv.
En effet, ils ouvrent une nouvelle perspective pour l’Ukraine, celle d’exporter son industrie de défense à l’échelle mondiale. Selon Bloomberg, l’Ukraine ne disposerait de ressources suffisantes pour financer son effort militaire que jusqu’au mois de juin, et il lui faut donc renouveler ses ressources financières alors que le premier versement du prêt européen de 90 milliard d’euro, initialement prévu en avril, est toujours bloqué par le véto hongrois.
On termine ce journal en Belgique, où le gouvernement veut mettre les moyens pour exploiter une richesse récemment découverte, une nappe d’hydrogène natif.
Oui, la semaine dernière, un gisement d’hydrogène dit “blanc” ou “natif” a été découvert dans le département français de la Moselle et s’étendrait aussi très largement dans le sous-sol belge, mais aussi en Allemagne et au Luxembourg. Il constituerait potentiellement la plus grande réserve d’hydrogène naturel au monde, estimée par le CNRS à près de 34 millions de tonnes.
Le ministre belge du climat et de la transition environnementale, Jean-Luc Crucke, a alors rapidement décroché un budget de 3,2 millions d’euros pour poursuivre l’exploration de cette réserve.
Oui car c’est une opportunité stratégique pour le pays. L’hydrogène natif possède en effet un avantage sur l'hydrogène le plus couramment utilisé : il n’a pas besoin d’être extrait du méthane ou de l’eau, donc ne nécessite pas d’énergie carbonée ou électrique. L'hydrogène est aussi au cœur des discussions sur la transition énergétique, car il s'agit d’une énergie bas carbone, qui ne produit, lorsqu'il brûle, que de l'eau. Les autorités belges vont donc cartographier la présence d’hydrogène sur leur territoire, puis analyser la possibilité de l’exploiter.
Un journal de Manon Gendreau et Salomé Moinet.