Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.
Au programme:
- La Russie face aux pays de l’OTAN : la tension monte dans la mer Baltique
- Logement abordable : l’Europe face à une crise qui touche aussi les seniors
- Vega-C: l'Europe envoie des satellites pour mieux observer le climat
Bonjour à toutes et à tous. On commence ce journal en mer Baltique, où une frégate russe a tiré deux fusées éclairantes en direction d'un hélicoptère militaire danois. Que sait-on de cet incident ?
Oui, bonjour. Il s'est produit lundi au large de Gedser, dans les eaux internationales. L'une des fusées est passée à proximité de l'hélicoptère danois, qui surveillait la frégate russe. Aucun dommage n'est à déplorer, mais Copenhague a jugé l'incident « inacceptable » et convoqué l'ambassadeur russe pour obtenir des explications. Moscou a répliqué en accusant le Danemark de provocation.
Est-ce un cas isolé, ou s'inscrit-il dans une tendance plus large ?
Clairement une tendance. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, l'OTAN a abattu un drone entré depuis la Biélorussie au-dessus de la Lituanie, qui s'est écrasé près du lac de Kaunas, la troisième intrusion majeure dans les pays baltes en quatre mois. Quelques jours plus tôt, au moins dix-neuf drones russes avaient traversé l'espace aérien polonais, un « acte d'agression » selon Varsovie, tandis qu'un autre appareil s'écrasait en Moldavie après avoir survolé la Roumanie. Vilnius a même connu une fausse alerte qui a paralysé son aéroport pendant près de quarante minutes.
Combien de pays européens sont concernés au total ?
Neuf en trois mois : Lituanie, Lettonie, Danemark, Norvège, Roumanie, Pologne, Estonie, Allemagne et France ont tous vu des drones violer leur espace aérien. Résultat, l'Union européenne a lancé un « mur de drones » sur sa frontière orientale, et l'OTAN a renforcé sa présence aérienne dans les pays baltes.
Et au-delà des drones, y a-t-il d'autres formes de pressions russes en Europe ?
Oui, sous la mer aussi. Au printemps, l'OTAN a déjoué au large du Svalbard une tentative russe d'entraînement au sabotage de câbles sous-marins, menée par des submersibles spécialisés. Cet épisode s'ajoute à une longue série de sabotages suspectés en Europe depuis 2022, câbles sectionnés, infrastructures ferroviaires visées, que les services de sécurité jugent délibérément maintenus sous le seuil d'une riposte militaire directe.
Ces incidents interviennent-ils à un moment particulier sur le plan diplomatique ?
Tout à fait. Donald Trump a annoncé lundi une trêve énergétique entre Russie et Ukraine, censée limiter les frappes sur les infrastructures et freiner la hausse des prix du carburant. Mais ni Moscou ni Kiev n'ont formellement confirmé cet accord, et la nuit suivante la Russie a poursuivi ses frappes de drones, Kiev revendiquant en retour des attaques sur des sites énergétiques russes.
Justement, où en est la situation sur le terrain, en Ukraine ?
Si la posture de Moscou reste agressive, la situation reste difficile pour son armée sur le terrain. Vladimir Poutine avait proclamé, début septembre, la prise de Sviatohirsk, dans la région de Donetsk. Il a depuis été prouvé que la ville reste sous contrôle ukrainien, Kyiv ayant depuis repoussé les troupes russes de plus de vingt-cinq kilomètres. La pression reste néanmoins très forte plus au sud, près de Kramatorsk et Sloviansk.
Et c'est justement cette combinaison qui inquiète les Européens ?
Exactement : la crainte est désormais de voir cette guerre, freinée sur le terrain mais toujours plus agressive en marge, déborder davantage sur le territoire de l'OTAN.
On poursuit ce journal en revenant sur une proposition de la Commission européenne pour tenter de répondre à la crise du logement abordable.
Cette proposition vise à aider les États membres, les régions et les villes à faire face aux difficultés liées au logement, notamment à la pénurie et au coût élevé des logements, en particulier dans les zones où la pression sur le marché est la plus forte.
Le manque de logements abordables est devenu l’une des préoccupations les plus urgentes des Européens.
Au sein de la population, les personnes âgées ne semblent pas être les premières concernées par le sans-abrisme. Pourtant, selon les chiffres rapportés par le quotidien belge Le Soir, environ 170.000 personnes âgées sont concernées dans l’Union européenne et au Royaume-Uni. Un rapport du parlement européen publié l’an passé estime pour sa part 1,4 million, dont 400 000 mineurs, le nombre total de personnes sans domicile.
La proposition européenne vise donc à mieux coordonner les réponses à la crise du logement.
Normalement, le logement relève surtout des États et des collectivités locales. Mais face à l’ampleur de la crise, l’Union européenne cherche désormais à jouer un rôle plus important. Le texte prévoit un cadre européen commun pour évaluer certaines mesures liées au logement qui ont une incidence sur le marché. Cette proposition donnerait aux autorités la possibilité de restreindre l’achat ou l’usage de biens immobiliers résidentiels et de terrains lorsqu’ils sont destinés à d’autres fins que la résidence principale.
La proposition fait toutefois débat.
Les écologistes européens lui reprochent de ne pas répondre à l’ampleur et à l’urgence de la crise du logement. Selon eux, le texte met davantage l’accent sur le fonctionnement du marché et la sécurité juridique des investisseurs que sur l’accès des populations à un logement abordable, décent et sécurisé. Ils craignent notamment que les villes disposent de moins de marge de manœuvre pour lutter contre la spéculation immobilière et réguler les locations de courte durée.
Et on termine ce journal en évoquant le lancement réussi de la fusée européenne Vega-C, qui a placé lundi soir en orbite deux satellites d’observation de la Terre.
Dans la nuit de lundi à mardi, la fusée a décollé du centre spatial de Kourou, en Guyane française. À son bord, deux satellites européens : Sentinel-3C, du programme Copernicus, et FLEX, développé pour l’Agence spatiale européenne. Le vol était opéré par l’italien Avio, pour son deuxième lancement de Vega-C de l’année.
Le but de la mission est d’améliorer l’observation des effets du dérèglement climatique.
Le satellite FLEX doit mesurer l’activité photosynthétique des végétaux, en détectant une faible lumière émise par les plantes lorsqu’elles réalisent la photosynthèse. Ces données permettront de mieux comprendre l’état de santé des plantes et leur réaction aux stress environnementaux, comme la sécheresse ou la chaleur, mais aussi de mieux suivre les changements environnementaux, de comprendre le fonctionnement des écosystèmes et d’améliorer les modèles climatiques.
C’est une mission dite complémentaire car les deux satellites sont lancés en même temps.
Le satellite FLEX a été envoyé en même temps que le satellite Sentinel-3C, celui-ci a pour but d’observer plus largement les océans, les terres, les glaces et l’atmosphère afin de rendre compte de l’impact du dérèglement climatique dans ces zones.
Pour l’Europe, ces missions représentent aussi un enjeu stratégique.
Elles renforcent les capacités européennes d’observation de la Terre et la volonté de disposer de données scientifiques indépendantes. Le programme Vega-C contribue également à garantir à l’Europe un accès autonome à l’espace. Cette expédition intervient alors que l’administration de Donald Trump a, de son côté, réduit de moitié les budgets scientifiques pour l’observation de la Terre.
Un journal de Mathilde Boht et Elise Houben.