Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 14 avril 2026

Le quartier de Bachoura à Beyrouth après les frappes israéliennes, 18 mars 2026. Source : Megaphone, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 14 avril 2026
Le quartier de Bachoura à Beyrouth après les frappes israéliennes, 18 mars 2026. Source : Megaphone, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Liban : entre offensive militaire et tentatives diplomatiques
  • Victoire de Péter Magyar : l’Europe entre soulagement et tensions
  • Scandale Lafarge : une condamnation inédite pour financement terroriste

On ouvre ce journal dans le sud du Liban, où l’armée israélienne continue d'intensifier ses frappes dans sa guerre contre le Hezbollah. 

Alors qu’Israël a intensifié ses frappes la semaine dernière au Liban, les combats se poursuivent dans le sud du pays. Le cessez-le-feu fragile actuellement en vigueur et négocié entre l’Iran et les Etats-Unis dans la région n’inclut pas le Liban, comme l’a rappelé mercredi dernier le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Dans le sud, l’armée israélienne a achevé l’encerclement de Bint Jbeil et y a lancé une offensive terrestre, tandis que les combats continuent à Tyr, près de la frontière avec Israël, où 300 personnes sont décédées ce week-end. Pour rappel, les frappes israéliennes ont fait plus de 2 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes du Sud au Nord du Liban depuis le 2 mars.  

Mais face à l’escalade de ces derniers jours, Tel-Aviv et Beyrouth doivent engager des discussions, avec une première rencontre prévue ce mardi après-midi à Washington entre les ambassadeurs israélien et libanais.

Sous la pression américaine, qui pousse à l’ouverture des discussions pour éviter un embrasement régional et stabiliser la frontière nord d’Israël, une réunion doit se tenir à Washington dans l’après-midi. Selon le ministre libanais de la culture, Ghassan Salamé, Beyrouth privilégie de discuter d’un cessez-le-feu immédiat avant toute négociation plus durable de paix. Israël, de son côté, a déjà prévenu qu’il ne discuterait pas d’un cessez-le-feu à ce stade.  

Néanmoins, le Hezbollah a appelé, hier soir, à ne pas tenir ces discussions.  

Oui, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a été sans équivoque, affirmant que négocier avec Israël serait une soumission et une capitulation. Le cheikh Ahmad Kabalan, la plus haute autorité religieuse chiite du Liban et de premier plan proche du Hezbollah, a confirmé cette position. 

Pendant ce temps, après l’échec des négociations entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad, Washington a mis en place lundi son blocus maritime visant les ports iraniens.

Oui les nouvelles menaces de Donald Trump sont donc entrées en vigueur, après que deux destroyers américains ont réussi à franchir le détroit, selon le président américain. Le commandement militaire américain a annoncé le début d’un blocus de l’ensemble du trafic maritime entrant et sortant des ports iraniens, tout en précisant que les navires à destination de ports non iraniens via le détroit d’Ormuz ne seraient pas empêchés. Le président américain a également menacé de prendre des mesures contre les navires ayant payé un droit de passage à l’Iran. 

Rien n'indique toutefois, pour l’instant, une reprise générale des hostilités, alors que le cessez-le-feu de deux semaines reste officiellement en vigueur. 

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif qui a assuré une médiation entre les parties a assuré que les efforts diplomatiques se poursuivaient pour tenter de résoudre le conflit entre Washington et Téhéran, alors qu’Islamabad aurait proposé un deuxième round de pourparlers ce jeudi. Mais l’entrée en vigueur du blocus ravive les tensions dans la région et fait craindre une nouvelle dégradation de la situation.

On continue ce journal en revenant sur les conséquences de la victoire de Péter Magyar aux élections législatives hongroises ce dimanche.

Après avoir été largement saluée à travers l’Europe, notamment par le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui s’est réjoui sur X, avant d’écrire “Russes, rentrez chez vous!”, cette alternance ouvre désormais une phase de négociations. Péter Magyar doit se rendre prochainement à Varsovie et à Vienne, avant un déplacement à Bruxelles où il devrait être notamment question d’un futur déblocage des fonds européens, gelés par l’Union européenne suite aux entorses à l’Etat de droit sous les gouvernements Orbán.

Cette victoire est aussi accueillie avec prudence en Ukraine. 

Péter Magyar reste réservé sur plusieurs sujets liés à l’Ukraine. Il a rappelé qu’il ne souhaitait pas envoyer d’armes, et reste prudent sur une adhésion rapide de Kyiv à l’Union européenne. Mais sa victoire pourrait malgré tout permettre de lever certains blocages imposés jusqu’ici par Viktor Orbán, notamment sur l’aide européenne à l’Ukraine. Si l’Ukraine n’imagine pas une révolution dans ses relations avec Budapest, Volodymyr Zelensky a néanmoins salué cette victoire et s’est dit prêt à travailler avec le futur gouvernement hongrois pour la sécurité et la stabilité en Europe.

La défaite de Viktor Orbán, icône de la droite radicale, est aussi un revers pour les alliés internationaux de l’ancien homme fort de Budapest.

Oui et c’est d’abord une mauvaise nouvelle pour la Russie de Vladimir Poutine, qui voyait la Hongrie comme un relais au sein de l’UE, notamment pour freiner les sanctions contre son pays. Moscou s’est d’ailleurs contenté de déclarer “respecter le choix des Hongrois”, tout en tentant de minimiser l’importance de la victoire. Certains commentateurs russes se désolent de la victoire d’un dirigeant qualifié de “pro-ukrainien”. C’est aussi un revers pour Trump et son camp MAGA, pour qui Orbán incarnait un moyen d’affaiblir l’Union européenne de l’intérieur. 

Plus largement, c’est donc l’internationale réactionnaire qui perd son parrain. 

La Hongrie était en effet devenue ces dernières années le lieu de rassemblement de tous les nationalistes, notamment à travers des groupes de réflexion très importants et le financement de plusieurs partis nationalistes, comme celui de Marine Le Pen. 

On termine ce journal en France, où l’entreprise Lafarge a été reconnue coupable de financement de groupes terroristes en Syrie, ce lundi 13 avril.

Oui, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu coupables le cimentier Lafarge ainsi que huit anciens dirigeants pour avoir financé des groupes djihadistes en Syrie en 2013 et 2014. Selon le tribunal, la société a versé au total 5,59 millions d’euros à des groupes armés, dont l’État islamique et le Front al-Nosra, afin de maintenir l’activité de sa cimenterie dans le nord du pays. La présidente du tribunal a évoqué un véritable « partenariat commercial » avec ces organisations.

Face à la gravité des faits, la justice a rendu une décision inédite et sévère.

L’entreprise a été condamnée à l’amende maximale de  plus d’un million d’euros ainsi qu’à une amende douanière de 4,57 millions d’euros, solidairement avec quatre anciens responsables du groupe pour non-respect des sanctions financières internationales. Son ex-PDG Bruno Lafont a quant à lui été condamné à 6 ans de prison avec incarcération immédiate et huit autres anciens dirigeants à des peines allant de dix-huit mois à sept ans d’emprisonnement. 

Cette affaire met en évidence de graves dérives.

Oui, elle révèle la compromission d’une grande entreprise du CAC 40, prête à financer des organisations terroristes pour préserver ses seuls intérêts économiques, au détriment de la sécurité de milliers de salariés. Une décision justifiée par la conviction que la guerre n’allait pas durer. Pour rappel, la Syrie était à ce moment-là en guerre, poussant les autres multinationales à quitter le pays. 

Un journal de Manon Gendreau et Salomé Moinet