Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson

America First ?

© National Photo Company via Wikimedia Commons America First ?
© National Photo Company via Wikimedia Commons

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Cette semaine, Quentin Dickinson, vous comptez évoquer un homme et une idée ; l’un et l’autre n’étaient pas européens, mais vous soutenez que leur action combinée a été et reste d’actualité pour nous, les Européens…

Il était le fils d’une prospère famille de propriétaires terriens d’origine suédoise, et son père était élu du Minnesota à la Chambre des Représentants des États-Unis d’Amérique.

Le 21 mai 1927, à vingt-cinq ans, il devient le premier homme à traverser l’Océan atlantique en avion et sans escale. Parti de NEW YORK, il fallut un peu plus de trente-trois heures à l’appareil, baptisé Spirit of Saint-Louis, pour rallier PARIS.

Grâce aux toutes récentes liaisons télégraphiques et à la presse, il ne fallut que quelques jours pour que ce jeune homme inconnu devienne une vedette internationale et un héros national, tel que les Américains les affectionnent particulièrement.

Il s’appelait Charles LINDBERGH.

Et ce fut le début d’une longue et brillante carrière au service de l’aviation…

C’est en tout cas ce qu’Outre-Atlantique, l’imagerie populaire retient aujourd’hui de lui, tout comme la mort brutale de son fils de deux ans, lors d’une tentative d’enlèvement contre rançon, qui vaudra la peine capitale au ravisseur, un immigré clandestin venu d’Allemagne.

Mais LINDBERGH allait choisir de mettre son immense popularité au service d’une cause politique.

Et quelle fut cette cause ?...

Cette cause, il ne faut pas parler d’elle au passé, puisqu’elle est toujours très active de nos jours aux États-Unis : c’est la volonté de mettre ce pays à l’abri des conflits armés ailleurs dans le monde en n’y participant d’aucune façon.

Dans les années 1920, les Isolationnistes (c’est ainsi qu’on les désigne) citaient les 117.000 soldats américains morts en Europe, au cours des deux dernières années de la Grande Guerre de 1914-1918, comme les martyrs inutiles d’une tragédie évitable.

Et, tout en poursuivant ses exploits dans l’aéronautique, Charles LINDBERGH devint le très actif porte-parole du comité national qui devint célèbre sous le nom de America First – comprenez : l’Amérique d’abord, et que les autres se débrouillent sans nous.

Et là aussi, le succès allait être au rendez-vous ?...

Effectivement. Mais, dans l’entre-deux guerres comme aujourd’hui, les dirigeants d’America First succombent assez rapidement à cette tendance bien états-unienne du messianisme et de l’octroi de bons et de mauvais points aux pays étrangers.

Et LINDBERGH n’allait pas y échapper.

Comment cela ?...

LINDBERGH était convaincu comme beaucoup que l’Union soviétique était l’Empire du Mal (la formule est de lui, même si elle a été popularisée bien après par Ronald REAGAN).

Et, de là à éprouver une admiration sans bornes pour l’Allemagne d’Adolf HITLER, perçu comme le seul rempart contre le bolchévisme, il n’y avait qu’un pas, que LINDBERGH franchit allègrement.

Comment ce rapprochement avec les Nazis s’est-il effectué ?

Lors des Jeux olympiques de BERLIN, en 1936, LINDBERGH et son épouse, également aviatrice, étaient placés dans la tribune officielle, à quelques mètres seulement d’HITLER.

Et, en 1938, l’Ambassade des États-Unis à BERLIN lui fit parvenir une invitation à se rendre en Allemagne en tant que hôte du Reich. Le Ministre de l’Air, Hermann GOERING, ancien pilote de la Première Guerre mondiale, s’entendit à merveille avec LINDBERGH, à qui il ouvrit toutes les portes des bases aériennes et des aéroports, des unités de combat et des usines aéronautiques. Ce fut la plus importante de plusieurs visites plus ou moins officielles en Allemagne.

LINDBERGH allait même être décoré de la Grand’Croix de Service de l’Aigle germanique, la plus haute distinction honorifique civile du Reich.

Et personne aux États-Unis n’a rien trouvé à redire à cette fascination de LINDBERGH pour un régime autoritaire et le chef charismatique de celui-ci ?...

Si, car certains critiquaient ses prises de position calquées sur la propagande allemande, alors que d’autres l’accusaient de trahir les principes de l’America First. Mais il ne faut pas perdre de vue que, ces années-là, huit Américains sur dix penchaient pour l’isolationnisme.

Finalement, ce sont ses joutes verbales, par radio et presse interposées, avec le Président des États-Unis, le Démocrate Franklin ROOSEVELT, qui allaient amorcer le début de la fin de son essor en politique.

Le point de non-retour fut atteint en 1941 par un discours de LINDBERGH, où il identifiait ceux qu’il traitait d’agitateurs va t-en-guerre comme étant le gouvernement de ROOSEVELT, encouragé par ce qu’il nommait la race britannique et la race juive.

LINDBERGH fut poussé à la démission du Comité de l’America First ; trois semaines après, l’attaque-surprise de la flotte américaine à Pearl Harbor par les Japonais entraîna l’auto-dissolution d’America First … jusqu’à ce discours en 2016 d’un candidat à la Maison-Blanche, qui martelait que l’inspiration, le fondement, et le thème suprême de son action gouvernementale serait America First.

Mort en 1974, LINDBERGH n’aura pas pu entendre ces propos de Donald TRUMP.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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