Chaque semaine, retrouvez Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson sur euradio.
Le 11 novembre 1918 à 11 heures, un armistice intervenait entre les Alliés (France, Royaume-Uni, États-Unis, principalement) et les puissances de l’Axe (Allemagne, Autriche-Hongrie, Turquie, notamment). La Première Guerre mondiale était enfin terminée…
…terminée, oui, mais au prix de près de vingt millions de morts : dix millions de militaires et neuf millions de civils. On comprend qu’en Europe de l’ouest, on ait eu envie de tourner la page, d’oublier, et de reconstruire les villes et les vies.
Mais dans les faits, en Europe centrale et orientale et dans les Balkans, la guerre se poursuivait, les frontières se redessinaient tous les jours, des populations entières étaient massacrées ou déportées.
Souvent, des diplomates et des officiers français contribuaient en tant que conseillers à la consolidation des États nouvellement indépendants.
Et ce fut, parmi bien d’autres, le cas du Général Louis-Eugène FAUCHER.
Qu’est-ce que cet officier a de particulier ?...
Pendant toute la première partie de sa carrière, en réalité, peu de choses à signaler. C’est cependant un organisateur, un formateur, un logisticien, qui est apprécié de ses chefs au sein de l’Administration centrale des Armées.
En 1918, il a quarante-quatre ans. Volontaire, il est nommé à la tête de la Mission militaire française à PRAGUE, dont la responsabilité consiste à former la nouvelle armée tchéco-slovaque, indispensable à ce pays, enfin indépendant et souverain.
Il s’investit entièrement dans ce mandat : il définit les structures et l’encadrement des forces armées, accorde de l’importance à la formation continue des officiers et sous-officiers. Il apprend même la langue tchèque. Et il a l’entière confiance du Président de la République tchéco-slovaque, le Professeur Tomáš MASARYK.
Fait inhabituel, il restera à PRAGUE près de vingt ans.
Ce qui changera sa vie, ce sont les Accords de Munich, le 29 septembre 1938.
Pour quelle raison ?...
Ce jour-là, dans la capitale bavaroise, les chefs de gouvernement britannique (Neville CHAMBERLAIN) et français (Édouard DALADIER) pensent avoir acheté la paix pour une génération (comme le dira l’Anglais) en autorisant le Chancelier HITLER à annexer, en Tchéco-Slovaquie, les territoires sudètes à la population majoritairement germanophone.
Dans les faits, cela signait l’arrêt de mort de la République tchéco-slovaque. En dépit d’un traité d’alliance la liant à celle-ci, la France renonce à s’engager militairement contre l’Allemagne. Léon BLUM se dira partagé entre un lâche soulagement et la honte.
La France déçoit, mais FAUCHER résiste.
Comment cela ?...
Il démissionne de l’armée française et se met à la disposition du gouvernement tchéco-slovaque. Mais les événements se précipitent : dès le printemps de 1939, devant la progression de l’armée allemande, il est forcé de rentrer en France. Il s’occupera de la formation, à AGDE, des légions de l’armée tchéco-slovaque en exil.
Après la défaite militaire française et l’Armistice du 22 juin 1940, le Général de corps d’armée FAUCHER se retire chez lui à SAINT-MAIXENT-l’ÉCOLE… d’où il organisera la Résistance de la région sud-ouest. Arrêté par la Gestapo en 1944, il sera interné au camp de FÜSSEN-PLANSEE, au pied des Alpes bavaroises, jusqu’à la fin de la guerre.
Et, la paix revenue, FAUCHER ne retournera tout-de-même pas en Tchécoslovaquie ?...
Non. Mais, pour maintenir le lien, il créera l’Association France-Tchécoslovaquie.
Clap de fin, alors, vu son âge ?...
Non ! FAUCHER s’aperçoit qu’après le Coup de Prague en 1948, son association – comme tout le pays – est aux mains des communistes, appuyés par l’Union soviétique. Il en crée donc une autre, celle des Amitiés franco-tchéco-slovaques.
À sa mort en 1964, c’est son fils, de mère tchécoslovaque, Václav-Eugène FAUCHER, qui aura pris la relève, notamment par la publication mensuelle d’une petite revue, intitulée simplement L’Amitié franco-tchécoslovaque.
Âgé de quatre-vingt-douze ans, Václav-Eugène FAUCHER vient de mourir. C’est à lui que je dois de pouvoir ce matin vous conter l’histoire de son père, qui reste pour les Tchèques aujourd’hui encore ce général français qui avait su dire non à HITLER.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.