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LIBRA, la monnaie virtuelle pour tous ? : L’édito de Georges Papadopoulos

Written by on 6 novembre 2019

Nous recevons ce soir Georges Papadopoulos, avocat au Barreau d’Athènes, spécialisé en droit du numérique et des nouvelles technologies, correspondant du Cabinet Constantin Pavléas Avocats. Bonjour Georges, vous nous parlez aujourd’hui de l’initiative de monnaie virtuelle annoncée par FACEBOOK, la fameuse LIBRA. Pouvez-vous nous rappeler de quoi il s’agit ? 
Bonjour Simon. C’est un grand plaisir d’être avec vous aujourd’hui. 
Libra est le projet de monnaie virtuelle de Facebook pour des paiements instantanés.  Cette monnaie pourrait être utilisée par plus d’un tiers de l’humanité aussi facilement que d’échanger des messages ou de partager des photos sur les réseaux sociaux comme WhatsApp et Messenger.  
En quoi est LIBRA différent de BITCOIN ?
A la différence du Bitcoin dont la valeur fluctue au gré de l’offre et de la demande, le Libra serait une monnaie stable, indexée sur un panier de monnaies traditionnelles, dont le dollar, l’euro, le yen, la livre sterling et le dollar singapourien. 
Mais surtout, le Libra serait contrôlé par une société à but lucratif, ce qui n’est pas le cas du Bitcoin. Une société qui détiendrait un pouvoir gigantesque sur les échanges monétaires mondiaux 
Quel est l’intérêt d’utiliser le Libra ou d’autres monnaies virtuelles à la place des monnaies traditionnelles ?
Il devient simple et efficace de virer de l’argent partout dans le monde avec un smartphone. Et c’est moins cher car ces paiements peuvent être faits  sans commissions bancaires. 
De plus, l’utilisation d’une application accessible à tous via le réseau Internet permettrait théoriquement à tout le monde d’y participer, et donc aussi aux personnes exclues du système bancaire traditionnel, ou encore aux habitants des pays dont l’économie est bouleversée par l’hyperinflation. On penserait par exemple aujourd’hui au Venezuela.  
Est-ce que les craintes des régulateurs des deux côtés de l’Atlantique sont justifiées ? Y a-t-il des dangers liés au projet Libra ? 
Il y a effectivement des dangers. Du côté des institutions européennes, on souligne la problématique de la protection des données personnelles et de la lutte contre le blanchiment. En effet, pour la première fois, une entreprise du numérique serait capable de faire un profilage total de l’individu, ses interactions sur les réseaux sociaux, sa communication personnelle et professionnelle, ses goûts, ses opinions politiques, et ses transactions financières. Si cette pléthore de données est fournie à des outils d’intelligence artificielle, le déterminisme algorithmique précis ne relèverait pas de la science-fiction, mais de la réalité quotidienne. Il s’agit donc d’une véritable menace de totalitarisme numérique.
Est-ce que l’enjeu n’est pas aussi géopolitique ?
En effet, même si le Libra n’a pas vocation à avoir cours légal, son utilisation mondiale pourrait remettre en cause la suprématie des devises traditionnelles comme le dollar et l’euro. Et si le Libra devient un moyen de crédit, c’est à dire un mécanisme de création monétaire, alors Facebook concentrerait  un pouvoir financier inimaginable à l’ échelle du monde ! 
Une telle domination des échanges monétaires affaiblirait  la puissance politique et géopolitique des grands acteurs mondiaux, notamment les États-Unis et l’Union Européenne. Notons que la Chine n’autoriserait pas le Libra et œuvre pour une monnaie virtuelle contrôlée par les organes du parti. 
Cela explique certainement les désaffections récentes des poids lourds dans le consortium Libra, tels PayPal, Visa et MasterCard. Les pressions politiques doivent être énormes. Mais Marc Zuckerberg n’a pas dit son dernier mot. Affaire à suivre !


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