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Iran, USA et Europe : la vision de Bertrand Badie

Written by on 10 janvier 2020

Euradio : Notre invité aujourd’hui est Bertrand Badie, auteur de « L’Hégémonie contestée » aux éditions Odile Jacob. Le désamour entre les Etats-Unis et l’Iran n’est pas récent, pouvions-nous pour autant, voir venir les évènements de ces derniers jours ?

Bertrand Badie : Le clivage Iran-Etats-Unis est dans la région un clivage dominant en tous les cas depuis que Donald Trump a décidé de quitter le traité sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015. On pourrait bien sûr remonter à beaucoup plus haut. Il ne faut pas oublier que le contentieux irano américain ne date ni de cette affaire du nucléaire ni de la révolution islamique et de la prise d’otages à l’ambassade des Etats-Unis en 1979 mais bel et bien de 1953 lorsque les états-Unis ont ourdi un coup d’état militaire contre Mossadegh. C’est un vieux contentieux mais la phase brûlante de ce contentieux c’est bien entendu la dénonciation du traité et cette dénonciation du traité elle a au moins un an et demi d’âge et elle s’est compliquée à travers notamment le positionnement de l’Arabie saoudite qui a… à un moment semblé rejoindre une coalition groupant : Tel-Aviv et Washington et a fait de l’Iran son ennemi numéro un dans la région. Donc toutes les composantes d’une crise majeure existaient depuis un certain temps.

Euradio : Aujourd’hui D.Trump marque le pas dans l’escalade, mais les européens auraient-ils pu se faire entendre des acteurs en présence ?

Bertrand Badie : Alors à l’évidence l’Union européenne a fait preuve d’une incapacité et d’une sorte de silence obligé. Vous savez quand on dit comme l’a fait l’Union européenne et les principaux dirigeants européens qu’ils appelaient les différentes parties à la retenue c’est qu’ils n’avaient aucun message à délivrer. Alors pourquoi ce mutisme et cette paralysie de l’Union européenne pour trois raisons. La première c’est que l’Europe décidément ne parvient pas à avoir une politique étrangère commune et donc trouver un dénominateur commun ne serait ce que entre Paris, Londres…si tant est que Londres reste encore dans l’Union européenne… et Berlin est une chose extrêmement difficile. Deuxième élément la peur en Europe de se détacher de se distinguer de l’allié américain quel que soit l’agacement que provoque Donald Trump en Europe. On ne peut pas couper les liens avec les Etats-Unis quel qu’en soit le président. Le troisième élément peut être à terme le plus déterminant c’est que l’on comprend que aujourd’hui et dans le contexte contemporain l’Europe n’a plus de place au Moyen-Orient. Il est fini le temps du mandat il est fini le temps où l’Europe pouvait participer a dessiner et redessiner les frontières au Moyen-Orient. Sa voix est de moins en moins audible et les acteurs régionaux l’emportent et de beaucoup en influence aujourd’hui sur ces acteurs lointains relevant d’une autre histoire et peut être aussi d’une autre séquence de l’histoire des relations internationales.

Euradio : Il y’a un côté terrible, vous pensez que les acteurs européens sont conscients de cette sorte de déchéance ?

Bertrand Badie : On les voit de temps en temps animées et surtout en France par le souvenir d’un rôle actif joué dans la région. Mais c’est une problématique qui relève davantage de la mémoire que d’un froid constat de ce que sont devenues aujourd’hui les relations internationales. L’un des faits majeurs on a peut être du mal à comprendre des relations internationales. C’est que les acteurs régionaux prennent de plus en plus d’importance, c’est que les conflits régionaux sont de plus en plus ancrés dans la profondeur des sociétés locales. Du coup l’Europe se trouve de facto impuissante face à cette régionalisation de la conflictualité. Mais d’un certain point de vue il en est de même de ce que l’on appelle les grandes puissances : regardez les difficultés des états-Unis aujourd’hui de pouvoir imprimer de leur volonté le cours des événements au Moyen-Orient. Quant à la Russie il ne faut pas oublier une chose c’est que si elle a pu faire son retour au Moyen-Orient, c’est en s’appuyant sur deux acteurs régionaux la Turquie et l’Iran. Poutine a compris qu’au lieu de chercher à contrer des acteurs régionaux mieux valait s’appuyer sur eux et tenter de négocier avec eux le processus d’Astana. Et c’est cela qui lui permet d’avoir encore un pied au Moyen-Orient.

Retrouvez la suite de cet entretien dans le podcast 🙂


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