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Inégalité et pandémies : l’édito de Viviane Gravey

Written by on 14 avril 2020

Cette semaine, Viviane Gravey aborde pour nous les inégalités en temps de pandémie. Inégalités face au virus, face au confinement, face à la réflexion à mener pour le monde d’après.

On entend souvent dire que le virus est une grande force égalisatrice – il touche riche comme pauvre, mais aussi, jeune comme vieux et ce partout dans le monde. Mais si la pandémie ne discrimine pas, nos sociétés elles le font. La manière dont le confinement, et la maladie, nous affecte dépend de notre emploi, notre statut social, notre structure familiale, nos origines.

Une pandémie pas pareille pour tous

En France, on commence à parler de plus en plus de la surmortalité en Seine St Denis, un des départements les plus jeunes de France où beaucoup d’habitants continuent à travailler. Travaillant à l’hôpital, dans des maisons de retraites, dans la grande distribution, ils se retrouvent en première ligne. Et les conditions de mal-logements fréquentes dans le département (1,2 millions de personnes mal logées en Ile de France, région la plus riche de France) rendent l’isolation en cas d’apparition de symptômes impossible. Dans des pays qui, contrairement à la France, collectent des statistiques ethniques, on se rend très rapidement compte que, si la pandémie n’est pas raciste, les inégalités structurelles préexistantes font qu’elle affecte d’autant plus les personnes racisées. Les données pour le Michigan sont sans appel : un peu moins de 14% de la population y est noire, mais la population noire représente 33% des cas et 40% des morts.

Au Royaume-Uni, le débat sur la surmortalité des personnes ‘BAME’, acronyme signifiant noire, asiatique, et de minorité ethnique, s’ouvre sur deux fronts différents. Non seulement, les britanniques BAME représentent aujourd’hui 35% des cas (contre 13% de la population), mais le personnel hospitalier noir, asiatique et venant du moyen orient est aussi plus à risque : les dix premiers docteurs à mourir au Royaume-Uni étaient tous BAME, ainsi que 3 des 6 premières infirmières. La British Medical Association (l’équivalent de notre Conseil National de l’Ordre des Médecins) demande depuis, une enquête au gouvernement, soutenue par l’opposition travailliste.

Le confinement nous touche différemment aussi

En France, nous avons eu droit à un sacré retour de bâton contre ces récits bucoliques de confinement en maison secondaire, ode d’un retour à la nature et à une vie plus simple. Le confinement en famille en petit appartement ou en belle maison à la campagne n’a évidemment rien à voir. Les parents devant essayer de travailler à distance tout en supervisant l’éducation de leurs enfants se retrouvent face à une charge de travail titanesque. Cela peut donner des situations cocasses – ici on pense au nombre d’interviews télévisées interrompues parce qu’un chat, enfant ou compagnon déboule dans la pièce – mais cela prépare ‘un monde d’après’ encore plus inégalitaire : il y aura ceux qui auront eu le temps d’enfin écrire leur roman, et ceux qui auront réussi par miracle à nourrir, éduquer leurs enfants et faire le minimum nécessaire pour garder leur poste. Celles et ceux qui vont devoir tenir des mois enfermés dans des situations de violence domestique. Et celles et ceux dont la santé mentale risque de se détériorer pendant l’isolation.

Enfin, si on ne parle plus que de pandémie, il ne faut pas pour autant croire que les autres soucis de santé et problèmes médicaux ont disparu. Ici en Irlande du Nord, la pandémie est arrivée juste au moment ou l’avortement était enfin légal – mais pas encore mis en place. Pendant des semaines, le gouvernement local et britannique a expliqué que ce n’était pas grave, les personnes nord-irlandaises ayant besoin d’avorter pouvaient toujours aller à Liverpool (malgré l’absence de vols et un très faible nombre de ferrys) et y trouver une clinique (la plupart étant fermées), et passer la nuit à l’hôtel (la plupart étant fermés). La semaine dernière, après une longue campagne des associations féministes locales, nous avons enfin eu une bonne nouvelle : l’Irlande du Nord va s’aligner sur le reste du Royaume Uni et permettre de recevoir par la poste des pilules abortives pour avortement avant dix semaines.

Ce retournement nord-irlandais montre que oui – même en temps de crise – il faut pouvoir demander mieux, et tenir tête au gouvernement. Alors que la crise se prolonge, il est impératif, d’une part, que les gouvernants se demandent comment aider les populations – et les populations les plus défavorisées en priorité – à mieux vivre cette période (en commençant par les écouter). Et d’autre part, il nous faut résister à la tentation de laisser le monopole de la pensée de l’après à ceux, celles et ceux, mais soyons franc, surtout ceux, qui ont beaucoup de temps sur leurs mains en cette période.


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