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Fabienne Keller : “La crise pourrait avoir un effet d’accélérateur pour l’UE”

Written by on 15 avril 2020

Si les Etats membres de l’UE ont eu du mal à accorder leurs violons au début de la crise sanitaire, ils semblent désormais prêts à unir leurs forces pour trouver des solutions communes. Et si le Covid-19 avait pour effet d’accélérer la coopération entre les 27 ? Dans cette interview, Fabienne Keller, eurodéputée membre du groupe Renew au Parlement européen nous explique pourquoi il faut rester optimiste.

Comme tous les eurodéputés, et comme de nombreux citoyens européens, vous êtes confinée. Avant d’aller plus loin est-ce que vous pourriez nous  raconter un peu à quoi ressemble votre quotidien depuis quelques semaines. Comment continuer à exercer la fonction d’eurodéputé depuis la maison ?

“Alors, beaucoup d’outils ont été mis en place comme dans d’autres organisations, entreprises, administrations. Je travaille beaucoup avec la délégation Renaissance, dont 23 députés français à partir de l’application Zoom. C’est très sympa parce que ça permet de se voir. On peut se connecter par des conférences audio. La Préfecture fait aussi un point hebdomadaire et ça se passe en audio-conférence. Cela implique une certaine discipline, dans la prise de parole, il faut essayer de se concentrer parce qu’on ne voit plus nos interlocuteurs, on est privé de tout le langage corporel. Je travaille aussi pour le Conseil National des Villes, pour lequel nous éditons une lettre quotidienne à destination des quartiers fragiles, avec plein d’informations ainsi que des témoignages de nos membres avec des actions mises en place. Nous avons d’ailleurs fait notre première conférence vidéo cette semaine. C’était très agréable d’avoir des témoignages de différents quartiers – même par cet intermédiaire, c’était quelque chose de très riche. “

En tant qu’eurodéputée, vos journées sont on l’imagine, très chargée, est-ce que le confinement vous permet quelques moments de répit par rapport à d’habitude, ou bien au contraire, l’actualité sanitaire vous mobilise pleinement ? 

“C’est un temps de travail qu’il a fallu structurer. C’est vrai que la première semaine, on cherchait nos repères. Tous les outils d’ailleurs, n’étaient pas encore en place. Il faut donc s’organiser différemment. A la maison j’ai donc créé un petit espace pour mettre mes papiers et ne pas tout envahir avec mes documents. La vie fait que je fais aussi office d’école pour ma petite-fille depuis la maison. Ça rythme mes journées. Je vis finalement ce que vivent la grande majorité des Français. Et je mesure la chance que j’ai de pouvoir contribuer et écrire sur le plan de relance européen, la question de la protection des droits fondamentaux, de me projeter dans l’après, et d’être force de proposition.” 

Fabienne Keller, plus que jamais, les Etats européens ont besoin les uns des autres pour faire face à la crise sanitaire et pour préparer aussi la crise économique qui s’annonce et dont les effets commencent déjà à se faire sentir. Dans une telle crise, comment raviver l’esprit européen et faire taire la tentation du repli sur soi ? 

“C’est vrai qu’on a très bien senti le replis sur soi, notamment dans les premières mesures prises par les Etats-membres. Beaucoup ont progressivement fermé leurs frontières, l’organisation, d’un point de vue sanitaire s’est faite à échelle nationale et c’est dans un second temps que la coordination a pu se mettre en place. Tout l’espace Schengen a été fermé selon des règles communes, pareil sur les mesures sanitaires, point sur lequel il y a beaucoup d’échanges entre les Etats. Et puis sur le rebond, la relance, on sent bien qu’ensemble on sera plus fort, dans un marché où les biens circulent librement. La relance de l’un va aider la relance de l’autre. La cohérence, la cohésion et puis aussi la volonté commune de construire un vrai plan Marshall comme aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. On sent une volonté de réinvestir dans l’économie européenne, c’est une vision que nous partageons et qui apparaît comme LA solution pour s’en sortir tous ensemble.” 

Sur le plan économique, les Etats membres ont beaucoup de mal à s’entendre sur la stratégie à adopter pour limiter la casse. La presse s’est empressée de souligner la “désunion” de l’UE. Beaucoup de médias se lancent dans des décryptages, pour savoir si “l’Union européenne survivra à la crise”. Fabienne Keller qu’est-ce que vous pensez de tout ça, est-ce que selon vous l’esprit européen est réellement menacé actuellement à cause du Covid-19 ?

Moi je crois, comme Robert Schuman, que c’est bien dans les crises que l’Europe peut progresser. Tout le défi, c’est de construire rapidement avec ce temps de discussion qui est pleinement au cœur de la démarche européenne, des solutions communes. Je pense par exemple aux tests concernant les premiers médicaments : le programme Discovery. Celui-ci a été mis en place par une coopération européenne en s’appuyant sur les forces existantes dans le domaine de la recherche, dans le domaine médical dans les différents Etats membres. Le meilleur médicament pourra être lancé en production puis distribué dans l’ensemble des Etats membres. Donc on voit bien qu’il peut sortir de très belles choses de la construction européenne même s’il y a au début toujours cette phase de discussions, de palabre, là où chacun attendrait plutôt une décision immédiate. mais il en va ainsi de la construction européenne. Je suis assez confiante parce que là, sur les questions économiques par exemple, l’Eurogroupe qu’on sentait tellement réticent a fait un grand pas en marquant sa volonté d’investir 500 millions d’euros. Alors il reste des questions sur le financement, on n’est pas tous d’accord, entre les uns et les autres sur les doctrines nationales mais chacun sent bien que la situation exige des décisions rapides, et surtout de l’action. C’est ça qui est attendu par nos concitoyens. Donc on avance à pas de géant dans cette réalité intégrée de la relance économique en Europe.” 

Actuellement, les eurodéputés continuent-ils à travailler sur les projets à l’ordre du jour avant la crise ou bien se consacrent-ils essentiellement aux travaux liés à la gestion de la crise sanitaire et économique ? 

L’essentiel de notre activité est centrée sur ce qui est lié au Covid. Nous avons eu deux plénières au mois de mars, entièrement consacrées à la libération de budgets, pour les tests médicaux, les productions de masque et de protections comme les blouses, ainsi que des respirateurs. Pour laisser aussi aux Etats-membres des fonds, qui étaient initialement prévus pour les programmes régionaux. De l’argent qui était prévu et déjà versé aux Etats donc facilement mobilisables pour toutes les actions d’urgence et de soutien aux entreprises et aux acteurs ayant besoin d’être épaulés.” 

“Nous allons avoir une nouvelle plénière avec une résolution du Parlement européen pour peser sur les grands axes de ce qui pourrait être les perspectives des prochains mois et des prochaines années, avec là aussi le choc du covid, qui est au centre, mais aussi la volonté de restructurer les choses dans un sens plus européen. Par exemple, sur la question des médicaments on a pris conscience que plus rien n’était produit en Europe, qu’on avait une dépendance incroyable vis-à-vis de la Chine et de l’Inde pour un certain nombre de principes actifs. On le savait depuis longtemps mais cette crise est une réelle prise de conscience qui fait naître des idées. L’idée que le plan d’investissement soit fléché sur une réindustrialisation dans le domaine du médicament, mais aussi dans le domaine du numérique – actuellement on utilise tous des outils numériques mais on se rend compte qu’on est peut-être surveillé, peut-être piraté, mais aussi dans le domaine du spatial – si on avait des outils de mesure par satellite encore plus efficaces on aurait peut-être pu mieux contrôler certains aspects de la crise… Bref, cette crise est une sorte d’accélérateur sur des grands axes volontaristes à échelle européenne. Les solutions : la réindustrialisation européenne, la volonté de donner à l’UE plus de compétences partagées dans le domaine de la santé.”

“Par ailleurs je travaille aussi au sein de ma commission sur la question des libertés puisque tous les Etats membres ont pris des mesures restrictives en matière de libertés publiques. Dans un tel contexte, comment faire en sorte qu’on ne se réveille pas au lendemain de la crise avec des lois altérées, qui ne respectent plus les droits fondamentaux ? “

Fabienne Keller, eurodéputée membre du groupe Renew (Renaissance) au PE, merci beaucoup d’avoir été avec nous sur Euradio ! 

Avec Grand plaisir et vive l’Europe !


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