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Face à la surdité, déconfinez vos bouches

Written by on 16 avril 2020

En ces temps difficiles, nous sommes nombreux à nous lamenter. Mais pour certains, la crise a drastiquement modifié la vie quotidienne. Et complexifié la communication. C’est notamment le cas des personnes atteintes de surdité, totale ou partielle. Euradio a eu la chance d’échanger avec l’association Sourd’iants, un collectif d’étudiants sourds parisiens. – Pour des besoins radiophoniques, un membre de notre rédaction a prêté sa voix au porte-parole de l’association. –

À l’heure de l’école à la maison, nombreuses sont les difficultés pour suivre les cours, pour les élèves sourds ou malentendants, de la maternelle au lycée. D’autant que la plupart du temps, ils poursuivent leur scolarité aux côtés de camarades entendants ; dans un monde où les aménagements ne sont pas toujours suffisants. Face au coronavirus, l’Éducation nationale a mis en place une continuité pédagogique pour tous les élèves. Mais sans grande surprise, l’adaptation est plus complexe pour les élèves sourds.

À l’université, cette réalité doit être encore plus concrète, en raison de l’autonomisation des individus. Nous avons donc posé la question aux étudiants sourds, pour savoir comment font-ils face à une scolarité sous Covid-19 : “Nos cours ont dû être aménagés, avec la crise sanitaire actuelle. Mais le principe de la continuité des aménagements pédagogiques n’a pas toujours été respecté, pour une grosse partie des étudiants. Certains ont eu du mal à suivre en visioconférence, puisqu’ils doivent s’appuyer sur leurs compétences en lecture labiale. Pendant deux / trois heures de suite, c’est impossible physiquement de suivre à 100%. Donc nous, les membres de l’association Sourd’iants, avons décidé, avec l’appui du Secteur Étudiants de la FNSF (Fédération nationale des sourds de France, NDLR), d’envoyer un modèle de lettre cosigné – à envoyer au référent handicap (des universités, NDLR) – pour mettre en garde sur les difficultés que rencontrent les étudiants. Nous avons trouvé plusieurs solutions possibles, comme l’interprétariat en LSF (Langue des signes française, NDLR) à distance, via visio. Mais ce n’est pas toujours possible. Il existe aussi d’autres solutions telles que la retranscription écrite via un logiciel de reconnaissance vocale, avec l’application &ava notamment. Il est aussi possible de demander aux professeurs, qu’ils fournissent à titre exceptionnel des supports écrits. Malheureusement, cette demande est très rarement honorée ; pour des raisons de propriété intellectuelle ou de manque de sensibilisation des professeurs aux spécificités propres à l’étudiant sourd.

S’ajoutent à cela, des liaisons internet poreuses et des interlocuteurs pas toujours attentifs aux bruits qui génèrent, parasitant des visioconférences déjà difficiles à suivre pour les sourds et les malentendants. Des difficultés pour communiquer qui sont aussi subies par les employés en télétravail. Le manque d’accessibilité ne se limite donc pas à la sphère universitaire. Pour assurer ses besoins de premières nécessités par exemple, les difficultés sont grandissantes. En cause, un port de masque faisant barrière au virus certes, mais aussi à la compréhension et qui plus est à l’autonomie : “Indéniablement, il devient compliqué pour les personnes sourdes avec un restant auditif très faible et pour les locuteurs de la langue des signes française de communiquer avec les commerçants, les fonctionnaires ou les personnels soignants affublés de masques (parce qu’il n’y a plus la possibilité de lire sur les lèvres ou de voir les traits du visage, indispensables à la compréhension totale de la LSF, NDLR). Cet obstacle provoque souvent des malentendus.

Toutefois, notons que le tableau, heureusement, n’est pas totalement noir. Certains font des efforts. D’autres innovent. La docteure Anne McIntosh de l’Université du Maryland, aux États-Unis, a par exemple lancé l’idée de créer des masques “inclusifs“, avec un empiècement transparent. Un concept qu’une étudiante du Kentucky a repris sans attendre, avec sa mère. Et une Toulousaine lui a emboîté le pas, il y a quelques jours. Si cette initiative reste saluée en Belgique, certains Belges appellent à plus d’action ; pour que la minorité sourde ne soit pas, une fois de plus, la grande oubliée des politiques publiques.


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