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Les curieuses aventures du Capitaine Tom : l’édito de Viviane Gravey

Written by on 5 mai 2020

Alors que la pandémie sévit, le monde est séparé en deux : ceux qui sont au front, qui travaillent à soigner, nourrir et plus généralement aider la population et ceux qui restent chez eux, travaillant à distance ou ne pouvant travailler, faisant face à un unique mélange d’ennui et d’inquiétude.

Dans ces moments étranges, on peut en apprendre beaucoup sur les sociétés dans lesquelles nous vivons. Des deux côtés de la Manche cela nous a donné une ruée sur le papier toilette, et ensuite sur la farine et la levure boulangère. Mais chaque pays se distingue aussi : au Royaume-Uni, cette pandémie a créé une nouvelle lubie, une nouvelle idole, le capitaine Tom Moore, qui vient de fêter ses cent ans la semaine dernière.

Qui est donc ce capitaine Tom ?

Tout commence début avril. Comme beaucoup de britanniques, le Capitaine Tom, vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, profite du confinement pour essayer de lever des dons pour une association caritative. Il se donne comme objectif de faire 100 allers-retours dans sa cour avec son déambulateur, avant ces 100 ans le 30 Avril. Il espère ainsi récolter 1000 livres sterling pour ses efforts. Sa fille, chez qui il réside, contacte la presse locale. Très vite, la machine médiatique s’emballe et quelques jours plus tard il passe à la télé lors de la matinale de BBC1. Très vite aussi le montant des sommes levées s’emballe, passant de 1000£ à un million après son passage à la BBC. Capitaine Tom finit ses 100 allers-retours plus tôt que prévu (devant une garde d’honneur de soldats d’un régiment local) et décide de doubler son objectif. 

Il se retrouve à enregistrer un single caritatif avec Michael Ball et la chorale du service de santé britannique qui monte en tête des charts. Sa cagnotte monte alors à 5, 10, et enfin 33 millions. Comme chaque nouveau centenaire britannique il reçoit un télégramme de la Reine pour son anniversaire – mais aussi un message du Premier Ministre, et 160 000 cartes d’anniversaires envoyées des quatre coins du Royaume Uni, paralysant le service postal local. Il a depuis été promu colonel, et a eu l’honneur singulier de voir la Royal Air Force organiser un survol de sa maison en spitfire, iconique avion britannique de la seconde guerre mondiale.

A première vue, les aventures du Capitaine Tom sont un bon exemple de la manière dont nous avons tous besoin de bonnes nouvelles, de feel good stories – et un rappel, une fois de plus, de la place centrale qu’occupe la seconde guerre mondiale dans l’imaginaire britannique. Mais c’est aussi un développement plus inquiétant. L’association pour lequel Tom Moore a décidé de marcher, c’est le bras associatif de la NHS, le service de santé britannique. 

En quoi est-ce un souci ? 

Si la NHS n’a pas assez de fonds pour protéger et soutenir ses soignants et patients, c’est avant tout une question d’argent public. Et du manque de volonté des gouvernements britanniques conservateurs se succédant depuis 2010, de financer le service de santé britannique à la hauteur de ses besoins. Ainsi, alors qu’en France aussi les soignants sont en colère et étaient en lutte avant la pandémie, le Royaume Uni dépense 20% de moins par personne. La pandémie voit un grand nombre de britanniques donner de l’argent à la NHS via son bras caritatif, mais cette générosité de la population ne fait que souligner le manque de responsabilité du gouvernement – qui s’en remet aux initiatives individuelles pour combler le trou de la sécu britannique.

Alors que les européens se retrouvent, certains chaque soir, certains chaque semaine, à applaudir leurs soignants, il va falloir sérieusement parler rémunération et conditions de travail du professionnel de santé. Alors que les gouvernements du monde entier se tournent vers la recherche d’un vaccin, et de thérapies, il ne faut pas oublier l’humain – s’il nous faut attendre encore des mois (voire plus) pour un vaccin, rien ne nous empêche de mieux traiter nos soignants dès demain. 


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