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Albrecht Sonntag – De la commémoration à l’utopie

L'édito du jeudi 15 November 2018

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management. On a parlé commémorations jeudi dernier, mais depuis une semaine, on a l’impression que cela a encore accéléré !

C’est le moins qu’on puisse dire. Comment ne pas frôler le trop-plein avec la succession sans interruption de souvenirs douloureux et d’images émouvantes, de discours graves et inquiets et de tweets légers et assassins ?

Et encore, là on ne parle que des commémorations de l’armistice du 11 novembre. On a eu droit, en parallèle, pleins d’autres célébrations à caractère historique, très chargées d’émotion, quoique de nature très divers.

Relance :

Pensez-vous qu’on en fait un peu trop, du passé ?

Tout est question de perspective. Quand l’évocation de l’histoire ne sert qu’à consolider les identités de groupe, la commémoration est un exercice stérile. Quand la mémoire est appelée à éclairer le présent – comme l’a fait Emmanuel Macron – c’est déjà plus utile. Et quand elle nourrit les utopies de demain, cela peut relever de l’inspiration, ou de la provocation au meilleur sens du terme.

Relance :

Les utopies de demain ! Vous pouvez donner un exemple concret ?

Oui, je pense notamment à la proclamation solennelle de la « République européenne », depuis les balcons des théâtres ou des immeubles dans 140 villes entre Malmö et Lampedusa. Cent ans exactement après la proclamation de la première République allemande, celle de Weimar, on a ainsi entendu annoncer, dans une action militante qui se voulait à la fois artistique, ludique et sérieuse, la fin de l’Etat national, la révocation du Conseil européen, l’octroi des pleins pouvoirs au Parlement, et l’avènement d’une Europe démocratique des citoyens, mise en œuvre par les villes et les régions.

Relance :

La fin des Etats nationaux – rien que ça !

Effectivement, les initiateurs de ce projet radicalement fédéraliste n’y sont pas allés par quatre chemins. Les personnalités qui se cachent derrière cette initiative ne sont pas des inconnus :

Il s’agit, d’une part, d’Ulrike Guérot, politologue, fondatrice et directrice du « Laboratoire de la démocratie européenne » et auteur en 2016 d’une utopie européenne très élaborée, bien que toujours pas traduite en français, ce qui est regrettable. Utopie qu’elle a d’ailleurs détaillée en début d’année à Nantes, à l’invitation de la chaire philo.

Puis, d’autre part, de Robert Menasse, écrivain autrichien et militant fédéraliste de longue date, dont le dernier roman – vous vous en souvenez peut-être – a fait l’objet de mon dernier édito avant la trêve estivale.

Ce sont des trublions, qui se rebellent contre l’hégémonie du cadre de référence national qui a fait « kidnappé » notre imaginaire de l’exercice de la démocratie.

Bien sûr, on peut se moquer de leur thèse utopiste et ridiculiser l’insistance têtue avec laquelle ils poursuivent leur idée. Mais on peut aussi se laisser intriguer par les utopies et en nourrir sa propre réflexion. De toute manière, chaque société a besoin de membres qui pensent « out-of-the-box » et trace des chemins alternatifs loin des sentiers battus.

Et Robert Menasse a-t-il tort quand il dit que leur idée d’une République européenne est « bien moins utopique » que le projet « nettement plus radical » de Jean Monnet et Robert Schuman en 1950 ?

Rendez-vous donc en mai 2045, date à laquelle ils envisagent que soit proclamée – pour de vrai cette fois-ci – la véritable République européenne.

Relance :

A suivre donc, pendant les 27 prochaines années ! Vous nous mettez le lien vers le manifeste sur le site ?

Promis, je n’y manquerai pas.

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