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Albrecht Sonntag – Rêvons plus grand !

Simon Marty

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management, à Angers. Aujourd’hui, vous portez votre regard sur la semaine prochaine, plus précisément sur le mardi 22 janvier.

Oui, chaque année, le 22 janvier, on commémore la signature du Traité de l’Elysée de 1963. Ce traité, signé par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, scellait non seulement, de manière solennelle, la réconciliation entre la France et l’Allemagne, mais institutionnalisait en même temps un dialogue et une coopération que des représentants courageux et humanistes de la société civile avait commencés dès la fin de la guerre, par les échanges de jeunes et les premiers jumelages.

Mais cette année, les deux gouvernements voient les choses en plus grand !

Effectivement, cette année, ils ne se contentent pas d’évoquer les souvenirs d’un processus qui, n’ayons pas peur des mots, reste une réussite historique unique. Ils se projettent dans l’avenir, en signant un nouveau traité, je cite, « de coopération et d’intégration » ; et ils le feront dans un lieu hautement symbolique de l’époque carolingienne : la salle du couronnement d’Aix-la-Chapelle. Sacré Charlemagne !

C’est un peu comme si Madame Merkel et Monsieur Macron s’était approprié la devise du PSG « Rêvons plus grand ». On sait que cela se termine généralement en quarts de finale…

Ouh, je vous sens très moqueur !

Même pas ! Trêve de plaisanterie : c’est un traité fort ambitieux qui cherche à engager une nouvelle dynamique dans le couple franco-allemand.

Il comprend des promesses un peu classiques. Celles de la consultation permanente qui, en fait, fonctionne déjà pas mal. Mais au-delà, les deux gouvernements s’engagent à établir, en amont de chaque réunion importante sur le plan européen, des « positions communes » et des « prises de parole coordonnées de leurs ministres ».

Bien sûr, le traité cherche aussi à redonner un peu de forces au bilinguisme, ce vieux gentil serpent de mer qui relève sa tête à chaque fois qu’on constate le déclin inexorable de l’apprentissage de la langue du voisin.

L’aspect le plus spectaculaire, en revanche, est celui de la coopération renforcée sur le plan de la défense. Il est question d’œuvrer ensemble en faveur de la, je cite encore, « crédibilité de l’Europe dans le domaine militaire » et d’investir « conjointement pour combler ses lacunes capacitaires ». Cela fleure bon le désir partagé de s’émanciper un jour de la tutelle des Etats-Unis. Mais le traité implique aussi, du moins en théorie, de se mettre d’accord sur les pays vers qui on ne s’autorise plus à exporter des armements.

Quel que soit le degré réel de cette « culture commune » qui doit être « instaurée » entre les forces armées françaises et allemandes, le militaire est un domaine où la « französische Qualität » est supérieure à l’allemande. Cela changera un peu des éternels complexes de supériorité dans les médias d’outre-Rhin.

Pensez-vous que les objectifs déclarés dans ce traité seront vraiment réalisés ?

Déjà, c’est une bonne chose que nos gouvernements osent encore se fixer des objectifs ambitieux. Seront-ils au niveau de leur engagement ? L’avenir nous le dira.

Dans l’immédiat, déjà, ils prendront sûrement pour leur grade dès mardi prochain. Ce sont deux gouvernements fragilisés, et leurs opposants vont se gêner.

Sur le plan européen, d’abord, les amis du genre Salvini, Kaczyński et Orban ne se priveront pas de saisir l’occasion pour dire tout le mal qu’ils pensent de cet « axe » visant, selon eux, à « dominer » l’Europe.

Et en France, cela m’étonnerait qu’il n’y ait pas de polémiques, de préférence sur les chaînes info ou facebook.

Certains railleront, et c’est leur bon droit, cette « fuite en avant » dans les bras du partenaire devant les difficultés à la maison.

D’autres prêteront au gouvernement des intentions ô combien néfastes, en diffusant des rumeurs malveillantes sur les réseaux sociaux au sujet de cet acte par définition anti-démocratique, vu qu’il n’y a même pas eu référendum. Hélas, on le sait bien, les théories du complot ont le vent en poupe en ce moment.

Et évidemment, ceux pour qui l’Allemagne est l’incarnation diabolique du néolibéralisme triomphant verront d’un mauvais œil cette recherche d’une coopération toujours plus étroite.

J’ai envie de leur dire : à regarder de près le monde vers lequel on se dirige tout droit depuis quelques années, ce n’est pas si mal d’avoir un ami fiable qui est prêt à témoigner de son amitié et de sa confiance dans un traité qui l’engage.

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