Nantes

by Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

Current show

Background

L’édito de Viviane Gravey – Brexit : il était question de contrôle… mais de quoi ?

L'édito du lundi 1 April 2019

[PODCAST]

Cette semaine je voudrais revenir sur la notion de contrôle, au cœur de ce Brexit qui anime le Royaume-Uni depuis près de trois ans. Avec le Brexit, les Britanniques cherchaient à reprendre le contrôle – mais derrière ce slogan simple et limpide se cache une forêt d’interprétations.

Qui reprend le contrôle? Le contrôle de quoi? Le prend de qui? Pour en faire quoi? Comment? Pour combien de temps?

Au fil du processus du Brexit différentes réponses émerges. Mais le contrôle est élusif – qui croit l’avoir repris le perd aussitôt. Aussi, cette semaine on peut distinguer quatre groupes en perte de contrôle – sans vraiment personne au gouvernail du vaisseau britannique.

Notre premier groupe, c’est bien évidemment le gouvernement. Et un, et deux, et trois zéro : Theresa May a perdu par trois fois, trois fois que le parlement dit non. Des défaites spectaculaires, comme on n’en a pas vu depuis des décennies. J’ai l’impression de me répéter dans ses chroniques, mais c’est que l’histoire se répète – Theresa May continue de perdre et de rester en place. De rester au pouvoir tout en ayant perdu tout contrôle.

Notre deuxième groupe, c’est le parlement. La semaine dernière un séisme à secouer les institutions britanniques. Le Parlement a repris le contrôle. Le rôle de la Chambre des Communes dans le Brexit est contesté depuis le début – et il a fallu que la Cour Suprême s’en mêle pour qu’en Janvier 2017 le gouvernement accepte enfin qu’il ne pouvait commencer les négociations sans l’aval parlementaire. La semaine dernière, les parlementaires ont décidé de reprendre les choses en main – de s’occuper un peu entre deux tentatives de Theresa May de faire passer son accord en force. Ils ont repris le contrôle du temps parlementaire et ont choisi eux même quelles options du Brexit mettre au vote.

Dans un univers parallèle, cette révolte parlementaire aurait sûrement tout résolu. Pas chez nous, et ce pour deux raisons. D’une part, les options ont été décidées en fonction du vase clos britannique – aucune réflexion sur ce qu’en penserait l’autre côté (européen) de ces négociations. D’autre part, aucune des options n’a su gagner une majorité. Non, non, non, non, non, non, non, non – huis fois non, et une prise de contrôle pour en faire quoi, exactement ? Nul ne le sait, mais les parlementaires vont retenter de se mettre d’accord aujourd’hui.

Notre troisième groupe, ce sont les citoyens britanniques. Plus de six millions de citoyens (et/ou résidents) britanniques ont signé une pétition demandant la révocation du Brexit purement et simplement. Plus d’un million ont manifesté pour un nouveau référendum. Enfin, les sondages changent enfin, montrant qu’après près de deux ans de May au pouvoir les britanniques veulent quelqu’un d’autre – le travailliste Jeremy Corbyn a pour une fois un peu d’avance. Mais pour l’instant, ni parlement ni gouvernement n’est prêt à s’en remettre au peuple.  

Et notre quatrième groupe, ce sont bien sûr les citoyens européens résidant au Royaume Uni (ainsi que les britanniques résidant dans le reste de l’Union Européenne). En tout, cela fait 5 millions – près de 4 millions d’européens vivent au Royaume-Uni et un peu plus d’un million de britanniques vivent dans les autres pays de l’UE. Pour les britanniques ayant migré dans l’UE, chaque pays met en place de différentes règles – certains ne savent pas encore à quelles sauces ils seront mangés, et quels papiers ils vont pouvoir obtenir. Côté britannique, on sait à peu près à quoi s’en tenir. Sans que cela ne soit réjouissant pour autant.  Pour l’avoir essayé hier, le charmant système britannique – permettant aux européens de faire une demande de permis pour pouvoir demeurer résidents britanniques – devient très vite une chasse aux vieux papiers, en espérant que les fonctionnaires britanniques apprécient nos vieilles factures d’eau.

Mais dans cette histoire, il y a-t-il encore quelqu’un n’ayant pas perdu le contrôle ?

Trois jours après la date attendue du Brexit, moins de deux semaines avant la prochaine date clef du 12 avril, il est bien difficile d’identifier qui serait encore capable de contrôler quoi que ce soit au Royaume Uni. Ce qui fait que le Brexit, parfois comique, se pare d’allures tragiques. Les britanniques ayant voté pour reprendre le contrôle de leur pays se trouvent désormais face à une situation de complète perte de contrôle. Et quant aux problèmes les ayant fait voter pour sortir de l’UE – ils attendent toujours d’être résolus.

La matinale d’Euradio

Débutez la journée avec l'essentiel de l'info européenne !

More info