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L’édito de Viviane Gravey – Poulet chloré et élections européennes

L'édito du lundi

Poulet chloré et élections européennes

Les élections européennes approchent à grand pas. De nombreux sujets vont être abordés chaque semaine par les candidats. Avec l’importance que joue chaque année le salon de l’agriculture, ce mois de février est un bon moment pour parler agriculture, Europe et alimentation.

C’est en tout cas ce que pensait Jordan Bardella, tête de liste du rassemblement national. Dans un discours appelant à soutenir les filières agricoles françaises, il a ainsi énoncé tout le mal qu’il pense, d’une part de la Politique Agricole Commune, d’autre part des traités de Libre Echange européens. Pour enfoncer le clou, il a mobilisé des exemples chocs : poulet au chlore, bœuf aux hormones, saumon transgénique.  Autant de produits dont l’import en Europe serait, selon lui, autorisé à cause de la politique commerciale de l’UE.

Qu’en est-il réellement ?

Cette liste a de quoi surprendre. Voici maintenant plus de deux ans qu’au Royaume-Uni, Remainers et Brexiters s’écharpent sur ces mêmes produits. Les Remainers accusent les Brexiters de vouloir abandonner les normes européennes, et, en faisant un accord avec les Etats Unis, accepter de tels produits. Les Brexiters eux, sont divisés. Certains, comme le ministre du commerce Liam Fox, clament haut et fort leur volonté de poursuivre une politique d’alimentation peu chère, et de recherche agronomique ouverte aux organismes génétiquement modifiés. D’autres – comme le ministre de l’Agriculture Michael Gove – disent refuser tout accord commercial affaiblissant les normes sanitaires actuelles. Pas d’accord commercial avec les Etats Unis si le coût à payer est d’accepter poulets aux chlores et bœuf aux hormones.

Pour qui suit le Brexit, il y a donc une forme d’ironie du sort à voir un candidat français fustiger l’Union Européenne à propos de l’importation de ces produits. De fait, ces aliments ne pourront être commercialisés sur le sol britannique si et seulement si le Royaume-Uni abandonne les règles phytosanitaires européennes. Ces mêmes règles que nos amis américains espèrent, et demandent, chaque année qu’elles soient révisées et affaiblies.

Dans le même temps, ce genre de déclaration anxiogène où l’Union Européenne est présentée comme une menace rappelle d’autres déclarations d’autres eurosceptiques, britanniques cette fois, qui brandissaient régulièrement le spectre inéluctable d’une armée européenne ou de l’admission de la Turquie dans l’UE… sans parler des euromythes, ces exemples de règles européennes farfelues inventées par les tabloids britanniques tels que l’interdiction du recyclage des sacs de thés, de la réutilisation des pots de confitures ou encore des bus à étages.

L’exemple britannique peut être séduisant…

On peut comprendre en effet pourquoi l’exemple britannique peut attirer les plus eurosceptiques de nos politiques – après tout, les Brexiters ont réussi à obtenir un référendum et à le gagner. Mais les conséquences déjà importantes du Brexit, et notamment sur la classe politique britannique au bord de l’implosion, devrait rappeler à tous qu’on ne peut pas faire éternellement de la politique sur des fantasmes.

Il y a évidemment un besoin réel de réforme de la Politique Agricole Commune… mais ce débat a d’autant moins de chances d’arriver si on commence à agiter l’épouvantail des poulets chlorés au détriment de véritables enjeux. Pour qui s’y intéresse, le Brexit rappelle quotidiennement ce qui arrive lorsque que la classe politique d’un pays faillit à sa tâche d’élever le débat et de présenter les enjeux politiques de façon claire et nette. En cette période d’élections européennes, la classe politique française ferait bien d’en tirer les leçons.

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