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Viviane Gravey – L’immigration, élément clé de l’accord du Brexit

L'édito du lundi

La prochaine date clef pour le Brexit sera donc celle du 11 décembre – date à laquelle les députés britanniques pourront enfin voter sur l’accord de divorce obtenu après près de deux ans de négociations. Ces derniers jours, les débats sur l’accord se succèdent à la chambre des communes, avec bien peu de députés parlant en sa faveur. Cette absence de ferveur se ressent dans les rangs des conservateurs et de leurs alliés du « DUP », ces dix députés d’Irlande du Nord, qui ont annoncé qu’ils voteraient contre ; et les départs continuent au sein du gouvernement.

Et pourtant, Theresa May garde le cap et cherche à vendre son accord comme le meilleur accord. Si beaucoup pensent en effet que cet accord est le seul possible – c’est après tout ce que répètent les Européens, et les Britanniques ne peuvent pas renégocier sans eux – les qualités propres de l’accord sont assez peu discutées.

Pour évaluer l’accord, tout est question de perspective, et dépend des objectifs initiaux de négociation. Ceux-ci ne sont pas les mêmes, et c’est bien normal, côté européen et côté britanniques. Mais ils diffèrent aussi profondément au sein même du camp britannique, ce qui explique les atermoiements de May et la lenteur des négociations.

Certains veulent avant tout que le parlement redevienne souverain, et que la cour suprême britannique ne soit plus sous la juridiction de la cour européenne de justice. D’autres veulent sortir de certaines politiques européennes honnies – agriculture, pêche, compétition, encadrement des subventions publiques. D’autres enfin, veulent négocier eux-mêmes des accords de libres échanges à travers le monde.

Theresa May, elle, veut réduire l’immigration. Ce fut son job en tant que ministre de l’intérieur – de 2010 à 2016. Et elle ne réussit pas, alors, à remplir les objectifs chiffrés que s’était donnés les gouvernements successifs de David Cameron. Elle ne s’était pas facilité la tâche, en intégrant par exemple les étudiants étrangers aux chiffres de l’immigration.

Si on se limite à ce sujet de l’immigration, l’accord actuel devient alors un très bon accord pour May. Elle reste aussi près de l’UE que possible, tout en limitant l’immigration européenne. La liberté de mouvement s’arrête et cela aura un coût pour l’économie britannique. A en croire les dernières études d’impact économique, celui-ci sera bien moindre avec l’accord de May que dans le cas d’un Brexit sans accord (dans ce cas, on parle d’un choc équivalent à la crise de 2008). Elle est sur le point de réussir à satisfaire son obsession migratoire en faisant un peu, mais pas trop, mal à l’économie britannique.

Le problème pour May, c’est que les questions migratoires ne sont pas isolées. Réduire le nombre d’immigrants au Royaume Uni ne peut se faire que si le gouvernement est prêt à abandonner d’autres objectifs.

Ainsi, côté « Brexit dur », les accords de commerce modernes contiennent de plus en plus de facilitations de visas : si les Brexiters veulent vraiment conclure de nombreux accords avec des pays comme l’Inde, ils devront ouvrir leurs frontières à un plus grands nombre d’étudiants ou de travailleurs. Fermer ses frontières, c’est affaiblir sa main dans les négociations commerciales.

Côté Brexit doux, si les Brexiters veulent, par exemple, protéger l’accès des services britanniques au marché européen, ils devront accepter la liberté de mouvement des Européens. Liberté de mouvement des biens, capitaux, services et personnes vont ensemble – la flexibilité que les Européens montrent à l’Irlande du Nord, d’une part ne s’étend pas aux services ni capitaux, et d’autre part reste une exception. Quant aux Brexiters qui, comme Michael Gove, le ministre de l’environnement, se concentrent sur le changemenet dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche – ils seront eux aussi confrontés au fait que la main d’œuvre européenne y est essentielle. Que ce soit matelots, vétérinaires, ramasseurs de fraises ou ouvriers dans l’agroalimentaire, ces deux secteurs reposent énormément sur la main d’œuvre européenne.

En pilotant à distance les négociations, en poussant non pas un, mais deux, ministres du Brexit à la démission, May est enfin sur le point de réussir à réduire l’immigration. Mais de là à réussir le Brexit, rien n’est plus incertain.

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