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ŽEN (ZAGREB)- Artiste européenne de la semaine

Écrit par sur 5 avril 2022

L’artiste européenne de la semaine est le groupe croate ŽEN, trio de chanteuses et musiciennes basées à Zagreb. Cette semaine sera l’occasion de découvrir différentes facettes de ce trio, en 5 chapitres. 

Chapitre 1 : Chrysanthème

Eva Badanjak, Sara Ercegović et Ivona Ivković forment ŽEN depuis 2009 et s’autodéfinissent comme un groupe audiovisuel de post-rock indépendant et progressif à l’attitude queer et féministe. En décembre dernier, les trois croates ont sorti le single Krizantema… 

Krizantema est le second single de ŽEN annonçant leur 4ème album à venir prochainement. La chanson s’inspire des cycles de la vie, des choses qui se passent en cercles, du mouvement constant et de la transformation de l’énergie. Selon les paroles, rien ne disparaît jamais, mais change juste de forme. Leurs paroles sont simples, directes et sans prétention, mais elles résument magnifiquement les sujets qui tiennent à cœur au groupe : le féminisme, la libération des stéréotypes, la critique de la société capitaliste, le respect de l’environnement… 

La plupart des groupes croates passent sous le radar, car la scène croate n’atteint pas un niveau d’exposition médiatique suffisant. Mais avec leur talent et leur détermination, en 10 ans de carrière, ŽEN a réussi à devenir un incontournable de la scène musicale européenne. Car ŽEN est un groupe unique en son genre, qui sort de tous les carcans – que ce soit dans leur musique, leur paroles, et même leurs visuels :
Justement, en 2011, Eva, Sara et Ivona, les musiciennes, ont été rejointes par Tanja Minarik, artiste et vidéo-jockey, dont le travail a permis d’ajouter une dimension visuelle et du mouvement au son de ŽEN, notamment en live. Nous parlerons davantage de leurs performances et de leur processus créatif dans le chapitre de jeudi. 

Chapitre 2 :  Un périple balkanique

Pour parler du début de carrière de ŽEN, quoi de mieux qu’écouter l’un de leurs plus anciens morceaux ? Voici Suma, Macka, Gospoda i Prozor sorti en 2013 dans le premier album du trio. 

Le premier album de ŽEN, i onda je sve počelo, (en français, “et puis tout a commencé”), est sorti en mai 2013 sur le label queer et féministe Unrecords. À l’époque, Eva, Sara et Ivona, les trois acolytes de ŽEN décident d’entamer un périple dans les Balkans pour se faire connaître.
Elles rencontrent quelques difficultés en chemin : sur des routes dangereuses, toutes limitées à 40 km/h, le voyage a été long et pénible. Les salles dans lesquelles le trio se produisait étaient toutes plus dépouillées les unes que les autres. Mais la chose qui les surprirent le plus est qu’elles se sont senties étrangères partout où elles allaient : dans ces pays d’ex-Yougoslavie, où tous parlent la même langue, les trois artistes s’attendaient à rencontrer des frères et des sœurs.
Malgré les difficultés, ce voyage les a liées et leur a surtout donné le goût de la performance. Avec cette expérience à leur actif, les années qui ont suivi les ont vus créer quatre albums incroyables sur Unrecords – le fameux label queer-féministe basé à Vienne- et enchaîner les concerts partout en Europe. En 2013, i onda je sve počelo, (en français, “et puis tout a commencé”), est un 1er disque qui définissait déjà bien ce qu’allait devenir le son de ŽEN : un son post-rock minimaliste, porté par des voix douces chantées en croate. 

Chapitre 3 : “Tu joues bien – pour une femme”

Pour Eva, Sara et Ivona, de ŽEN, la musique est un moyen de questionner l’identité de genre : voyons comment, et pourquoi ça leur tient à cœur, au son de tijelo zna, “le corps sait” en français, morceau issu du 2ème album du groupe. https://www.youtube.com/watch?v=q_DbyQ9-7oI

Le nom de groupe, ŽEN, joue avec le concept d’identité de genre : le mot croate Zena, qui signifie femme, perd son A final, et prend ainsi une forme masculine. En faisant cela, l’objectif du trio est de briser les stéréotypes de genre, et surtout d’inviter à la réflexion.

Selon la batteuse de ŽEN, Sara Ercegovic, être étiqueté comme un groupe entièrement féminin aurait pu être bénéfique au début de la carrière du trio, puisqu’il y a moins de femmes musiciennes dans l’industrie, donc un groupe féminin est parfois plus visible et mis en avant par les médias. Mais autant cela peut être utile au début, c’est aussi très nocif et dégradant parce que la musique est relayée au second plan… 

Sara ajoute que : « Personne ne se soucie de l’apparence des hommes sur scène. Personne ne pense même à dire à quel point ils sont attirants ou pourquoi ils ne se sont pas lavé les cheveux avant le concert. Un homme peut être gros et poilu et personne ne s’en souciera vraiment, ou ce ne sera certainement pas la première chose qu’il évoquera. Tout le monde parlera de la musique. Mais moi, il m’a fallu des années pour être traitée comme une batteuse et non comme une femme-batteuse. Pendant des années, les gens m’abordaient après le concert pour me dire “tu joues bien – pour une femme” ». Dans ce contexte, les paroles du morceau tijelo zna, “le corps sait” en français, prônent l’amour de soi et l’acceptation de son propre corps. 

Chapitre 4 : Nos sens en éveil

Nous nous intéressons maintenant à la construction de l’esthétique des performances visuelles de ŽEN, au son de Ja ću biti bor, immersion rock issue de leur album Jantar, sorti en 2015.  

En concert, le trio féminin combine des arrangements complexes et des visuels live projetés en direct par une VJ (vidéo jockey), pour créer une expérience immersive. En spectacle, cet ensemble est un plaisir pour les yeux comme les oreilles : La symbiose progressive des guitares, de la basse, de la batterie et du synthé des filles du trio donnent des styles variés, allant du rock à l’électronique expérimentale. Et leurs compositions englobent une grande variété de sons et d’effets intéressants, avec des riffs de guitare à la fois mélancoliques et énergiques.

Sorti en 2015, l’album Jantar a une atmosphère plus sombre que le précédent, comme l’indique le morceau Ja ću biti bor. D’un morceau à l’autre, le son bascule entre la puissance du post-rock et des accalmies shoegaze-pop. Et de nombreuses touches d’électro empruntées à la new wave nous transportent, en cinq minutes, dans un univers parallèle. 

Chapitre 5 : Des figures majeures de la scène underground de Zagreb

La semaine passée aux côtés des croates rockeuses du trio ŽEN touche à sa fin. Pour conclure notre découverte de leur univers de post-rock underground, on écoute Uroni u san, l’un de leurs plus récents single, sorti en 2021. 

En matière d’underground, Sara, Eva et Ivona de ŽEN en connaissent quelque chose. Elles sont engagées dans la scène queer et féministe de Zagreb, et ont surtout basés leurs quartiers créatifs et de vie dans l’un des plus anciens squats de la ville : l’AKC Medika, un ancien grossiste pharmaceutique, devenu un centre culturel autonome. Le lieu accueille aussi bien les réfugiés de passage, que des conférences, ou des concerts. 

Et les trois acolytes de ŽEN ont beaucoup contribué à la défense de ce lieu, menacé de saccage par la police : elles remercient d’ailleurs les autres acteurs de cette lutte dans leur dernier album, Suncani Ljudi (“de lumineuses personnes”), sorti en 2017. Grâce à elles, l’AKC Medika, lieu illégitime au début, a reçu une reconnaissance au fil du temps, et même une protection culturelle de la part de la mairie de Zagreb. 

Pour écouter l’ensemble des chapitres de la semaine :

Rendez-vous la semaine prochaine pour vous présenter un·e nouvel·le artiste européen·ne émergent·e… 

Une émission proposée par Suzanne Gerles


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