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Le premier tour de la présidentielle vu d’Allemagne – La chronique de Marie-Sixte Imbert

Écrit par sur 13 avril 2022

Cette semaine, nous retrouvons Marie-Sixte Imbert, directrice des opérations de l’Institut Open Diplomacy, pour sa chronique “Relations franco-allemandes”.

Ce dimanche avait lieu le premier tour de l’élection présidentielle en France. Un scrutin examiné de près par nos voisins, qui rappelle le premier tour d’il y a 5 ans.

Ce premier tour a relativement peu intéressé en Allemagne, moins qu’en 2017. Il n’y avait pas la même nouveauté. La guerre en Ukraine a accaparé l’attention publique et médiatique. Mais surtout, cette élection n’était pas considérée comme à risque. 

Nous avons maintenant de nouveau au second tour Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le candidat d’une vaste majorité présidentielle au centre, et la candidate de l’extrême-droite. Celui d’un engagement européen marqué, et celle d’un détricotage – même si officiellement elle a abandonné la sortie de l’UE et de l’euro. Pour le journal Tagesspiegel, l’élection de Marine Le Pen serait “une catastrophe” pour l’Europe. “Bonjour tristesse” pour le Spiegel.

Le premier tour a donc peu intéressé. Maintenant que la campagne du second tour s’ouvre, avec des inconnues sur l’abstention, les reports de voix, qu’en est-il ?

En 2017, l’inquiétude était palpable dans l’entre-deux tours, et l’élection d’Emmanuel Macron avait été accueillie avec un grand enthousiasme. D’autant plus qu’il y avait le sentiment qu’un président jeune, dynamique, porteur d’idées novatrices, de projets de réformes, engagé sur les enjeux européens, pouvait rassembler les Français et donner une impulsion nouvelle à l’Europe. 

En 2022, il n’y a sans doute plus tant cette “macronmania” de 2017, que l’inquiétude face à Marine Le Pen. Mais également le sentiment, renforcé par le quinquennat qui vient de s’écouler, qu’Emmanuel Macron est un atout majeur pour le franco-allemand et l’Europe. Eric Zemmour et Marine Le Pen dépassent, ensemble, les 30 %. Et les diverses formes de radicalité ont rassemblé plus de 50 % des suffrages exprimés. En Allemagne, qui s’est longtemps considérée comme immunisée contre les extrêmes, ce résultat interroge. 

Nous nous étions penchées ensemble sur l’extrême-droite, avec des convergences, mais aussi des divergences des deux côtés du Rhin.

Lors des dernières élections législatives en Allemagne, l’extrême-droite de l’AfD a rassemblé environ 10 % des voix – en perte de vitesse. Bien sûr, vous me direz que les types et modalités d’élections, les timings sont différents. Mais l’ensemble du paysage politique en Allemagne paraît plus centriste, entre la coalition “feu tricolore” et l’opposition de la CDU-CSU. En France, la tension politique est plus forte, avec désormais trois blocs : un centre incarné par la majorité présidentielle, et deux blocs puissants aux extrêmes gauche et droite. Au milieu, des petits partis ou partis de gouvernement laminés. 

Tel ou tel parti n’est pas la simple réplique de son partenaire d’outre-Rhin. Mais les sensibilités politiques de la coalition avec les sociaux-démocrates, les écologistes et les libéraux, sont proches de celles de la majorité présidentielle. Et les équipes ont des liens forts.

L’autre enseignement du scrutin, c’est bien la perte d’influence confirmée pour les partis de gouvernement.

Oui, pour nos partenaires cela confirme l’évolution en profondeur des structures de la vie politique française. Et donc également des contacts établis. En 2017, ce fut un grand bouleversement vu d’Allemagne : La République En Marche pouvait discuter avec de nombreuses formations politiques. Cette réalité remettait en cause les clivages politiques traditionnels. Une remise en cause confirmée par les scores des candidates LR et socialiste, à moins de 5 % des suffrages exprimés. L’avenir de ces partis est hypothéqué. Et les Verts français peinent à s’imposer dans le débat public hormis des élections plus locales, ou européennes – malgré l’urgence environnementale.

Des enseignements donc pour nos partenaires, avec une inquiétude majeure, celle d’une remise en cause du rôle de la France et de la construction européenne.

A voir dans les prochains jours, mais sans doute comme en 2017. La Süddeutsche Zeitung a fait sa une avec l’image des écrans de télévision le 10 avril à 20h00 : un résultat serré, comme le titrait The Times. Ce premier tour inquiète d’autant plus que Marine Le Pen entend de facto saper l’Union européenne, qu’elle est proche de gouvernements européens en délicatesse avec les questions d’État de droit, ou encore qu’elle entretient une proximité politique pour le moins gênante avec le régime de Vladimir Poutine. 

Michael Roth, le président SPD de la commission des Affaires étrangères du Bundestag a twitté : “Tous unis derrière Macron ! Lui ou la chute de l’Europe unie. Cela semble pathétique, mais c’est comme ça”. Armin Laschet, candidat malheureux de la CDU-CSU à la chancellerie, a écrit : “La France décide pour nous tous : liberté et Europe ou nationalisme”. 

Nos voisins européens sont concernés par l’élection française, parce que nous sommes un partenaire majeur, parce que nous sommes dans un contexte de très fortes tensions internationales, parce que l’extrême-droite a progressé ou fait une percée un peu partout en Europe. Et la stature nationale et européenne d’Emmanuel Macron reste forte. Car au niveau franco-allemand, en Europe, la France reste attendue.

Marie-Sixte Imbert au micro de Laurence Aubron


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