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L’ancien chancelier fédéral Gerhard Schröder et ses relations avec la Russie de Vladimir Poutine – La chronique de Marie-Sixte Imbert

Écrit par sur 25 mai 2022

Cette semaine, nous retrouvons Marie-Sixte Imbert, directrice des opérations de l’Institut Open Diplomacy, pour sa chronique “Relations franco-allemandes”.

En fin de semaine dernière, le cas de l’ancien chancelier fédéral Gerhard Schröder et ses relations avec la Russie de Vladimir Poutine ont concentré l’attention en Allemagne. Pourquoi ?

Gerhard Schröder a été chancelier fédéral de 1998 à 2005.

Il a donc été le dernier chancelier social-démocrate avant la chrétienne-démocrate Angela Merkel, et bien sûr Olaf Scholz au pouvoir avec la coalition feu tricolore depuis décembre. Jeudi dernier, le 19 mai, le Bundestag a dans une résolution privé Gerhard Schröder d’avantages réservés aux anciens chanceliers. Notamment des bureaux, et une enveloppe budgétaire pour rémunérer des collaborateurs – qui l’avaient d’ailleurs quitté au début de la guerre en Ukraine. Et le même jour, les députés européens ont appelé à élargir la liste des sanctions européennes.

Quelles fonctions en Russie occupe l’ancien chancelier ?

Gerhard Schröder préside notamment le conseil d’administration du pétrolier Rosneft. Il préside également le comité des actionnaires de Nord Stream 2. Il devait par ailleurs entrer en juin prochain au conseil de surveillance de Gazprom. Sans compter des activités d’avocat d’affaires tout aussi lucratives.

La polémique autour de ces fonctions date-t-elle uniquement de la guerre en Ukraine ?

Elle a pris une ampleur nouvelle depuis l’invasion russe. Gerhard Schröder a été privé de distinctions honorifiques par plusieurs villes, les appels se sont multipliés pour l’exclure du parti social-démocrate, le SPD. Mais la polémique n’était pas nouvelle. Elle avait été alimentée au fil des années par son arrivée à la tête du consortium Nord Stream en 2005 seulement trois semaines après son départ de la Chancellerie. Sa proximité affichée avec Vladimir Poutine et les oligarques russes, dans un climat de tensions croissantes, avait créé un malaise certain en Allemagne. La célèbre image du “Baiser fraternel” entre Honecker et Brejnev a d’ailleurs été détournée sur le mur de la East Side Gallery, un morceau du mur de Berlin : Schroeder et Poutine s’y embrassent désormais aussi sur la bouche.
Une première réponse du premier, en avril, avait été de refuser toute démission – sauf si la Russie devait cesser ses livraisons de gaz à l’Allemagne. Finalement, il semble que l’opinion et le Bundestag aient eu raison de sa résistance.

Gerhard Schröder mais aussi Angela Merkel ont soutenu une politique de relations cordiales attentive aux enjeux économiques avec la Russie. L’ancienne chancelière elle-même a été critiquée après l’invasion de l’Ukraine.

Oui, et sa seule réponse a été une déclaration début avril, pour défendre son opposition, avec Nicolas Sarkozy, à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en 2008 et appeler à la fin de la “barbarie” en Ukraine. Cela dit, Angela Merkel a annoncé se retirer de la vie politique, laisse la place au nouveau gouvernement et ne tombe pas dans une forme d’affairisme dont Schroeder a pu être accusé. En fait, c’est toute la politique allemande de ces dernières années ou
même décennies qui semble repensée, aussi bien la politique internationale qu’européenne. Le gouvernement et la ministre sont plus allants sur les questions de droits et de libertés fondamentales, sur les enjeux géopolitiques. Ils sont partisans d’une souveraineté européenne renforcée. En matière de politique commerciale, énergétique, industrielle, de défense mais également budgétaire, les lignes de clivage se sont estompées avec le contrat de coalition de décembre dernier, et plus encore depuis la guerre en Ukraine.

C’est le fameux “changement d’époque” annoncé par le Chancelier fin février après l’invasion russe ?

Certainement, un changement d’époque appelle un changement de politique. Et donc de modèle. D’autant que le
gouvernement voulait mettre l’accent sur les questions environnementales ou sociales, pour “oser plus de progrès” pour reprendre le titre du contrat de coalition. Le bilan est sévère pour Angela Merkel, la CDU-CSU comme le SPD : ces partis ont mené la barque au cours des dernières décennies. C’est un véritable droit d’inventaire qui commence à être exercé, dans tous les domaines, dans un pays qui a longtemps privilégié stabilité et la continuité.

Au-delà des discours, quelle est la réalité de ce “changement d’époque” pour l’action publique en Allemagne ?

C’est la question de ces dernières semaines : la réalité, l’ampleur et le rythme de la mise en œuvre. Cela prend du temps. Il faut composer avec une coalition. Le pouvoir exécutif doit également composer avec le pouvoir parlementaire et l’échelon fédéral avec les Länder, les régions allemandes. Il faut enfin mobiliser l’ensemble de
la société, alors qu’il s’agit de lancer de profonds changements économiques et sociaux. Il reste que l’attente publique est forte.

L’Allemagne est parfois présentée comme une puissance dominante en Europe. Est-ce vrai, ou toujours vrai ?

Autant l’Allemagne a souvent pu être critiquée pour sa domination présumée en Europe, autant cette fois-ci le pays semble plus suiveur que leader. Sur l’arrêt du projet de gazoduc Nord Stream 2, sur les sanctions économiques ou énergétiques, sur la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, l’Allemagne a pu sembler être au pire le maillon faible des Européen·nes et des Occidentaux·ales, au mieux prudente. Ces derniers temps, voire années, les termes du débat public européen sont plutôt inspirés des propositions françaises. La responsabilité de chacun de se donner les moyens de l’action politique est là : renforcer la crédibilité de sa parole, porter des propositions ambitieuses mais réalistes, chercher à convaincre, rapprocher les positions, accepter de faire des compromis, pour construire des majorités.

Marie-Sixte Imbert au micro de Laurence Aubron


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