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L’Afrique, nouveau partenaire clé pour l’Allemagne – La chronique de Marie-Sixte Imbert

Écrit par sur 15 juin 2022

Cette semaine, nous retrouvons Marie-Sixte Imbert, directrice des opérations de l’Institut Open Diplomacy, pour sa chronique “Relations franco-allemandes”.

L’actualité éclaire la relation de l’Allemagne avec l’Afrique, entre la visite d’Olaf Scholz ou la question des restitutions d’œuvres. Restitutions : de quoi s’agit-il ?

Comme la France, l’Allemagne a un passé colonial – certes moins connu, et moins présent dans la mémoire collective. Et comme la France, l’Allemagne fait face à des questions de restitution. Depuis le 29 avril, le musée Rautenstrauch-Joest de Cologne expose 96 œuvres venues du palais royal du Bénin. L’Allemagne en compte la deuxième collection au monde. L’objectif est donc à la fois de présenter une dernière fois ces œuvres en Allemagne, et de proposer une réflexion collective sur l’expérience de la perte et du souvenir. La date de leur restitution n’est en revanche pas encore fixée.

Mais ces œuvres pillées en 1897 l’ont été par des soldats britanniques. Autre exemple, donc : le 27 mai dernier, le Musée ethnologique de Berlin, qui fait partie du Forum Humboldt, a remis 23 œuvres à la Namibie – à titre définitif mais sous la forme de prêts. Le projet de recherche en partenariat a d’ailleurs pour titre : “Confronter les passés coloniaux, envisager des avenirs créatifs”.

Restituer, et partant réconcilier, réparer les fractures coloniales ?

C’est en tous les cas l’objectif. Or la Namibie a été une colonie allemande de 1884 à 1915. Des restitutions avaient déjà eu lieu, mais le processus de réconciliation qu’elles symbolisent et accompagnent, patinait. Après une première évolution publique en 2004 lors du centenaire du génocide des Hereros et des Namas entre 1904 et 1908, c’est en mai 2021 que Berlin l’a officiellement reconnu. L’Allemagne a alors également promis un milliard d’euros sur trente ans en aide au développement. Reconnaissance du génocide et aide au développement, travail sur la provenance des oeuvres d’art, manifestent une prise en compte nouvelle du passé colonial, et la volonté de repenser les relations.

Le passé colonial allemand est moins connu que celui français. Est-ce uniquement dû à son caractère plus lointain ?

En partie. L’Allemagne a été la dernière arrivée des puissances coloniales – après notamment le Royaume-Uni et la France. Jusqu’en 1871, la priorité était à l’unité allemande. Mais c’est bien la conférence de Berlin, en 1884, qui a entériné le partage de l’Afrique – et ancré la nouvelle politique géostratégique allemande. Avec le Togo, le Cameroun, le Tanganyika (c’est la partie continentale de la Tanzanie), la Namibie, le Rwanda et le Burundi. Sans oublier des colonies dans le Pacifique ou en Chine.

Mais ce passé colonial a été largement oublié.

Et pourtant, paradoxalement, l’Allemagne est à bien des égards un modèle de travail mémoriel ! Berlin a perdu ses colonies avec le traité de Versailles, donc dès 1919, et l’histoire allemande a été pour le moins complexe au XXe siècle avec le nazisme, la partition en deux et le communisme. Et les colonies allemandes, contrairement aux françaises, n’ont pas été des colonies de peuplement : l’objectif était avant tout l’exploitation des matières premières.

Pourtant, la décennie 2010 a marqué un tournant dans la politique africaine de l’Allemagne. Pourquoi ?

Cette évolution s’explique par différents facteurs : d’une part, le travail de l’histoire s’est élargi aux périodes pré-1945, dans une phase par ailleurs de réappropriation de ce passé, celui de la République de Weimar ou de l’Empire allemand. Ce mouvement de travail sur la relation avec l’Afrique est d’ailleurs général en Europe, avec par exemple le discours de Ouagadougou du président Emmanuel Macron, en novembre 2017. Néanmoins l’Allemagne occupe en la matière une place particulière : son passé colonial moins pesant lui donne une meilleure image en Afrique, et l’enferme moins d’un point de vue géographique.

D’autres enjeux jouent ainsi dans cette évolution de la politique africaine de l’Allemagne : la prise en compte croissante du potentiel économique de l’Afrique, et surtout la crise des réfugiés, du Moyen-Orient notamment mais aussi d’Afrique. Et ce alors même que la population allemande devient plus diverse : le pays est devenu terre d’immigration, et le droit du sol est entré en vigueur en 2000.

La coalition d’Angela Merkel s’était engagée pour le continent africain à l’aune des défis globaux. Le nouveau gouvernement allemand s’inscrit-il dans cette continuité ?

L’Allemagne a promu depuis le G20 de 2017, sous sa présidence, un “plan Marshall” pour l’Afrique, ainsi que le “Compact with Africa”. L’objectif : favoriser les investissements et partenariats, favoriser le développement économique de l’Afrique. L’Allemagne en Afrique, c’est à la fois l’aide européenne la plus généreuse, et le premier fournisseur européen, devant la France.

Une logique poursuivie par le Chancelier fédéral Olaf Scholz lors de son premier déplacement, fin mai, au Sénégal, au Niger et en Afrique du Sud. Au programme : les relations euro africaines, la transition énergétique sur fond de réduction de la dépendance aux importations russes ou de mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières, la coopération économique ou encore la sécurité et les migrations. Le Sénégal (qui assure la présidence de l’Union africaine) et l’Afrique du Sud sont d’ailleurs invités au G7, du 26 au 28 juin prochains. Selon Olaf Scholz, la présidence allemande souhaite rassembler des “démocraties fortes, conscientes de leurs responsabilités mondiales”. Mais son déplacement n’aura pas complètement effacé les divergences face à la guerre en Ukraine.

Après une position historique de repli, ou d’absence de volonté politique forte, au contraire de la France par exemple, l’Allemagne cherche donc à renforcer sa présence en Afrique.

A travers toute l’Afrique, et face à l’influence chinoise ou russe. Le continent reste une priorité pour l’Allemagne – comme pour la France d’ailleurs. La coopération entre nos deux pays, selon des modalités nouvelles, peut ainsi faciliter l’attention accrue de l’Union européenne.

Marie-Sixte Imbert au micro de Laurence Aubron


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