Chine - Europe : entre tensions et perspectives

Le retour des investissements chinois en Europe

© Resume Genius via Unsplash Le retour des investissements chinois en Europe
© Resume Genius via Unsplash

Elisa Camia, consultante junior en affaires publiques, est spécialisée dans les relations entre l’UE et la Chine, notamment aux niveaux économique et géopolitique. Elle revient chaque mois sur Euradio sur les relations euro-chinoises.

Below you will find the English version of this article.

Bonjour Elisa, pendant cette dernière période, on entend parler d’un retour des investissements chinois en Europe. Est-ce que cette tendance est vraiment importante aujourd’hui ?

Oui. Les investissements chinois en Europe augmentent fortement depuis 2024. Selon une étude du MERICS et du Rhodium Group, les investissements chinois dans l’Union européenne et au Royaume-Uni ont atteint 16,8 milliards d’euros. C’est leur plus haut niveau depuis 2018. Cette hausse montre que les entreprises chinoises veulent renforcer leur présence en Europe. Elle s’explique aussi par les tensions entre la Chine et les États-Unis et par le développement des industries vertes.

Concrètement, ces investissements prennent quelle forme ? Est-ce que les entreprises chinoises rachètent surtout des entreprises européennes ?

Dans les années 2010, ces IDE consistaient surtout à racheter des entreprises européennes. Désormais, ils se concentrent sur la construction de nouvelles usines, appelées projets « greenfield ». En 2025, ces investissements ont atteint un record de 8,9 milliards d’euros. Le secteur principal est l’automobile électrique. Les groupes chinois spécialisés dans les batteries multiplient les implantations en Europe afin de se rapprocher des constructeurs européens et de contourner les barrières commerciales croissantes. On voit ainsi apparaître de grandes usines en Espagne, au Portugal, en Hongrie ou en Slovaquie.

Pourquoi les entreprises chinoises privilégient-elles autant l’Europe aujourd’hui ?

Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs économiques et géopolitiques. D’abord, les États-Unis sont devenus un marché beaucoup moins ouvert aux investissements chinois. Les flux vers l’Amérique ont fortement chuté, à environ 3 milliards d’euros. L’Europe devient la principale destination des capitaux chinois dans les pays développés.

La transition écologique européenne joue aussi un rôle clé. Elle crée une forte demande dans des secteurs où la Chine est très compétitive, comme les batteries, les voitures électriques ou les énergies renouvelables. Les entreprises chinoises cherchent donc à s’installer en Europe pour sécuriser ces marchés sur le long terme.

Est-ce que certains pays européens attirent plus ces investissements que d’autres ?

La Hongrie reste la première destination des capitaux chinois en Europe, grâce notamment des coûts de production plus bas, des aides publiques et des règles plus souples. Mais on observe aussi que l’Allemagne et la France attirent de plus en plus d’investissements. La Chine ne vise plus seulement les pays « bon marché », mais aussi les grands marchés et les secteurs technologiques avancés.

Est-ce que ces investissements représentent une opportunité pour l’Europe, ou est-ce qu’ils comportent aussi des risques ?

Pour l’Europe, ces investissements présentent des avantages ambivalents. D’un côté, ils créent des emplois industriels, financent de nouvelles usines et soutiennent la transition énergétique. Ils sont aussi importants dans un contexte où les investissements étrangers globaux ralentissent en Europe.

Mais de l’autre côté, ils posent un problème stratégique. L’Europe pourrait devenir trop dépendante de la Chine dans des secteurs stratégiques. Enfin, certains experts alertent sur un déséquilibre : les exportations chinoises augmentent plus vite que les investissements en Europe. Cela pourrait provoquer une forte pression sur l’industrie européenne.

Est-ce que cette forte hausse des investissements chinois en Europe va durer selon les experts ?

Cette situation entraîne deux évolutions importantes. D’un côté, l’Union européenne renforce le contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques comme l’IA, ou l’énergie. L’objectif est de protéger l’économie tout en restant ouverte, dans un contexte de rivalité avec la Chine et les États-Unis. D’un autre côté, cette vague d’investissements chinois pourrait ralentir. Les nouveaux projets diminuent depuis 2024, à cause des tensions géopolitiques, d’un yuan faible qui favorise les exportations, et de la volonté chinoise de garder ses technologies clés sur son territoire.

La Chine continue donc surtout de privilégier les exportations plutôt que l’implantation industrielle à l’étranger.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

--

Hello Elisa, lately we have been hearing about a return of Chinese investment in Europe. Is this trend really significant today?

Yes. Chinese investment in Europe has increased significantly since 2024. According to a study by MERICS and the Rhodium Group, Chinese investments in the European Union and the United Kingdom reached €16.8 billion. This is their highest level since 2018.

This rise shows that Chinese companies want to strengthen their presence in Europe. It is also explained by tensions between China and the United States, as well as the growth of green industries.

What form do these investments take? Do Chinese companies mainly acquire European firms?

In the 2010s, these FDI flows mainly consisted of Chinese companies buying European firms. Today, they are more focused on building new factories, known as “greenfield” projects. In 2025, these investments reached a record €8.9 billion.

The main sector is electric vehicles. Chinese battery companies are increasing their presence in Europe to get closer to European car manufacturers and to bypass growing trade barriers. As a result, large factories are being built in countries such as Spain, Portugal, Hungary, and Slovakia.

Why do Chinese companies increasingly favour Europe today?

This shift can be explained by several economic and geopolitical factors. First, the United States has become a much less open market for Chinese investment. Investment flows to America have dropped significantly, to around €3 billion. As a result, Europe has become the main destination for Chinese capital in developed countries.

Europe’s green transition also plays a key role. It is creating strong demand in sectors where China is highly competitive, such as batteries, electric vehicles, and renewable energy. Chinese companies are therefore seeking to establish themselves in Europe to secure these markets in the long term.

Are some European countries attracting more of these investments than others?

Hungary remains the main destination for Chinese capital in Europe, thanks to lower production costs, public subsidies, and more flexible regulations. However, Germany and France are also attracting increasing levels of investment. China is no longer targeting only “low-cost” countries, but also large markets and advanced technological sectors.

Do these investments represent an opportunity for Europe, or do they also involve risks?

For Europe, these investments have mixed effects. On the one hand, they create industrial jobs, finance new factories, and support the energy transition. They are also significant at a time when overall foreign investment in Europe is slowing down.

On the other hand, they raise strategic concerns. Europe could become too dependent on China in key strategic sectors. Finally, some experts warn about an imbalance: Chinese exports are growing faster than Chinese investments in Europe. This could put strong pressure on European industry.

Do experts expect this sharp rise in Chinese investment in Europe to last?

This situation leads to two main developments. On the one hand, the European Union is strengthening its control over foreign investment in strategic sectors such as AI and energy. The goal is to protect the economy while remaining open, in a context of rivalry with China and the United States.

On the other hand, this wave of Chinese investment could slow down. New projects have been declining since 2024 due to geopolitical tensions, a weak yuan that favours exports, and China’s desire to keep key technologies within its own borders.

China therefore continues to mainly prioritize exports rather than large-scale industrial establishment abroad.

An interview by Laurence Aubron.