La guerre des étoiles

Les défis d'une base lunaire

© NASA Les défis d'une base lunaire
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Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un épisode consacré à la Lune, mais cette fois-ci, à une base lunaire plus précisément !

On a souvent évoqué la difficulté d’alunir sur notre satellite, et des difficultés financières et politiques américaines qui amaigrissent Artémis. Il y a un autre casse-tête à prendre en compte qui est très inédit dans l’histoire humaine, c’est celui d’occuper la Lune de manière permanente.

Ni le programme Apollo, ni son équivalent soviétique Luna ne cherchaient à construire une base lunaire. Aujourd’hui c’est le but des Chinois et des Américains, pourquoi ?

Pendant la guerre froide, aller sur la Lune était un enjeu symbolique et de développement de capacités militaires. Mais c’était aussi l’avènement de la puissance du droit international, justement à cause du climat de terreur généré par les bombes atomiques et à hydrogène. Et l’ONU avait un poids comme forum et régulateur qu’elle n’a plus aujourd’hui. Si je parle de ça, c’est parce que le Traité de l’Espace de 1967 – on y avait consacré un épisode – interdit l’appropriation par un Etat d’un objet céleste, et la Lune tout particulièrement.

Une base lunaire est une appropriation de la Lune ?

A plein d’égards, oui. La Chine et les Etats-Unis sont en pleine compétition pour aller le plus vite sur la Lune, mais aussi dans le but d’établir leur base lunaire au meilleur endroit possible. Et l’enjeu n’est pas seulement scientifique, n’est pas seulement de construire une hypothétique plateforme de lancement pour de futures explorations martiennes. Leur but est également de planter un drapeau sur notre satellite, et de s’assurer qu’il y reste planté.

C’est une bataille d’égos qui coûte très cher au contribuable, si ce n’est que ça.

Heureusement, c’est un projet plus ambitieux ; et pour ce qui est de coûter cher, ce n’est pas l’extraction de ressources minières sur la Lune qui va alléger la facture, mais l’autonomisation au maximum de la base lunaire.

Comment vit-on en autarcie sur notre satellite, qui n’offre pas les mêmes avantages que notre planète ?

Dans un premier temps, en relevant les défis les plus évidents : les radiations cosmiques et du Soleil sont un risque majeur, même sans exposition prolongée, à cause de l’absence d’atmosphère. Et qui dit absence d’atmosphère dit aussi impacts de météorites, d’où la surface constellée de cratères de notre satellite. Ensuite il y a la température, ou plutôt les températures, qui varient d’un extrême à l’autre en fonction du Soleil, de l’altitude – mais qui sont complètement inadaptées à l’être humain. Bien sûr il y aussi la gravité, qui est beaucoup plus faible que sur Terre, et donc qui expose les explorateurs aux mêmes dangers que sur l’ISS : une perte musculaire et osseuse, des caillots sanguins, etc.

Et puis bien sûr, il n’y a ni eau, ni nourriture, ni oxygène sur la Lune. Sur ce point, l’expérience des stations spatiales est précieuse, puisque l’on sait faire pousser des plantes dans l’espace.

Quelles sont les solutions choisies pour construire une base dans un environnement aussi hostile ?

Il faut pour l’instant plus parler de solutions envisagées que choisies – et les Américains et les Chinois ne prennent pas tout à fait le problème dans le même sens non plus.

Sur la question des radiations, des météorites et des variations de température, ce sont les tunnels de lave qui offrent la meilleure protection. Il n’y a plus de lave dedans depuis des millions d’années, et ils sont un emplacement de choix pour établir une base lunaire. La Chine s’oriente particulièrement dans cette direction, et a déjà mené des missions sur Terre dans des tubes similaires pour simuler l’exploration et l’extraction de minéraux. Et les rovers Yutu chinois envoyés à la surface de la Lune ont effectué des relevés topographiques et de composition qui sont une étape cruciale pour le choix d’un emplacement de base.

Sur la question de l’eau, on sait qu’il y a de la glace d’eau sur la Lune. Le procédé pour l’extraire, la réchauffer et en séparer les divers éléments pour la rendre potable est encore à l’étude, mais la présence d’eau solide sur notre satellite, et particulièrement au pôle sud, a largement contribué à la perspective de bases lunaires et au choix d’où envoyer les rovers en exploration.

Ça ne résout pas tous les défis à relever, cela dit.

Non, rien que sur les matériaux pour la construction de la base, des questions se posent entre l’option de tentes dépliables en dôme –style Quechua version lunaire– et l’option d’utiliser le régolithe lunaire, cette poussière noire qui couvre notre satellite.

Et même en extrayant des ressources sur place, il y aura besoin de ravitaillements depuis la Terre, de rotations des équipes comme sur l’ISS.

Il ne faut pas exclure également la possibilité que des bases lunaires seront installées, et que devant la complexité de maintenir une présence, elles seront abandonnées.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.