La guerre des étoiles

Le Crew 12 de l'ISS

© ESA Le Crew 12 de l'ISS
© ESA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons suite à l’amarrage d’une capsule à l’ISS mi-février, dans une station internationale vide donc, suite au rapatriement dont nous avons parlé dans l’un de nos précédents épisodes. Cette mission a particulièrement été relayée par les médias, en raison de la présence d’une astronaute française à bord.

Ça n’est pas rare que des astronautes de l’ESA participent aux missions de l’ISS, même s’ils n’en faisaient pas partie sur la dernière, la quatrième place était prise par un astronaute de la JAXA. Et l’astronaute français Thomas Pesquet a eu une présence médiatique très forte durant son séjour sur l’ISS et a beaucoup contribué à la visibilité des missions scientifiques et à la portée symbolique de l’ISS en France et en Europe.

Mais là les planètes s’alignent pour les médias français : c’est une femme astronaute française, Sophie Adenot, qui représente l’ESA sur cette mission.

Est-il rare de voir des astronautes femmes au XXIème siècle ?

Non, et heureusement ! Le Crew 11, la mission précédente ayant été rapatriée, comportait non seulement une astronaute de la NASA, mais qui en plus était commandante de la mission. En revanche, il est plus rare de voir une astronaute française sur l’ISS ; elle est la deuxième française sur l’ISS, après Claudie Haigneré en 2001.

Mais ça n’est pas a priori pas la conséquence d’une forme de discrimination au recrutement ! L’ESA a régulièrement une place dans les missions sur l’ISS, mais n’a pas une place systématique –la NASA et Roscosmos font systématiquement partie de la mission, et la place libre tourne entre la CSA, la JAXA et l’ESA. Or l’ESA est une agence pour plus de vingt pays, donc même avec des places régulières, la nationalité –et le sexe– des astronautes européens varie.

Comment Sophie Adenot a-t-elle été selectionnée ?

En 2021, l’ESA avait organisé un concours pour recruter sa nouvelle génération d’astronautes, concours auquel Sophie Adenot a participé et été sélectionnée. Elle fait partie des 5 titulaires ayant complété le processus de sélection, aux côtés des 12 réservistes ayant également été sélectionnés. Et elle est la première astronaute de l’ESA ‘nouvelle génération’ à partir en mission sur l’ISS.

Les pré-requis étaient de très haut niveau, comme toujours, mais aussi très inclusifs, ce qui est une touche européenne plus originale : des personnes en situation de handicap pouvaient candidater pour la catégorie ‘astronautes avec un handicap physique’. C’est le britannique John McFall qui a été sélectionné, il est amputé sous le genou aux deux jambes et a intégré la réserve des astronautes européens.

Et quel est l’objectif de cette nouvelle mission sur l’ISS ?

C’est une mission de neuf mois, baptisée Epsilon en référence à l’infiniment petit qui a de grandes conséquences. C’est une mission avec de nombreux enjeux scientifiques, beaucoup d’expériences vont être menées pour préparer les vols et explorations habitées vers la Lune et Mars.

Sophie Adenot sera elle-même l’objet d’une expérience : l’expérience Echo-Bones sera l’une des nombreuses expériences physiologiques embarquées pour la mission Epsilon, qui va analyser l’évolution des tibias des astronautes en apesanteur. Ça permettra d’affiner les connaissances sur l’impact de la vie en orbite –ou à l’avenir, sur la Lune et Mars– sur le corps humain, sous la houlette du Cadmos, une branche du CNES, qui est un partenaire particulièrement impliqué sur cette mission.

Deux expériences médicales particulièrement pertinentes suite à l’urgence médicale récente seront aussi menées.

Et une nouvelle combinaison sera testée pendant cette mission, EuroSuit (suit pour costume en anglais), qui démontre une nouvelle initiative européenne sur les plate-bandes jusqu’ici américaines, dans le domaine des combinaisons.

Si les opportunités d’avoir une place sur l’ISS ne se présentent que sporadiquement, quels sont les espoirs de carrière de Sophie Adenot et de ses collègues à l’ESA ?

Elle rêve, comme tous les jeunes astronautes sélectionnés entre 2021 et 2022, d’avoir une place dans le programme Artémis, pour poser un pied européen sur la Lune. L’ESA a largement mérité ses places grâce à sa participation essentielle au programme, mais les sièges seront quand même limités, à voir si symboliquement, là où les Etats-Unis ont déjà annoncé que Stephanie Wilson, une astronaute afro-américaine, volerait pour Artemis, l’ESA alignera en priorité des astronautes femmes pour mettre en avant une progressivité et une diversité qui manque parfois dans nos sociétés contemporaines.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.