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Stockholm : la réhabilitation du quartier Hammarby Sjöstad

Photo de Anna Hunko sur Unsplash Stockholm : la réhabilitation du quartier Hammarby Sjöstad
Photo de Anna Hunko sur Unsplash

Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.

Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. Aujourd’hui vous nous parlez d’un projet d’envergure à Stockholm, où la réhabilitation de tout un quartier a donné l’occasion de penser et concevoir la ville d’une manière globale.

Souvent quand on parle de projets de villes ou territoires intelligents, on évoque la fameuse vision systémique des choses, c’est-à-dire qu’il faut regarder la ville dans son ensemble, avec tous ses enjeux, toutes ses contraintes et tous les acteurs qui participent à la fabriquer ou à la vivre. Mais l’opportunité de mettre en œuvre un projet global from scratch est rare, car il y a peu ou pas de villes nouvelles en Europe. Mais parfois, il existe des configurations qui rendent la chose possible, pour essayer de penser et faire tout bien dès le départ.

Quand cela par exemple ?

Et bien la situation se présente en particulier lors de la requalification de grandes friches industrielles. Elles sont malheureusement nombreuses en Europe, et certaines représentent des centaines d’hectares. C’est le cas de Hammarby Sjöstad, la ville du lac Hammarby, à Stockholm. En 30 ans cette zone industrielle délabrée, polluée et peu sure, est devenue un quartier mixte, vivant et quasi autonome, et l’un des plus prisés du pays. C’est un véritable modèle mondial de rénovation urbaine avec un parti pris environnemental très fort.

Et comment s’y sont-ils pris alors ?

Déjà la genèse. Souvent pour les grands projets, il faut une grande cause. Ici c’était la perspective des JO de 2004, pour lesquels Stockholm n’a finalement pas été retenue, mais le projet est resté. Il occupe 150 hectares et dès le départ a été conçu pour être un modèle de durabilité, de gestion économe des ressources et de l’énergie, et d’un certain art de vivre dans ce que les scandinaves savent faire de meilleur. A cette échelle, ce n’est pas un simple écoquartier, c’est une véritable ville dans la ville, qui abrite 25 000 habitants et 10 000 emplois.

D’un point de vue énergétique, quelles sont les caractéristiques particulières de ce quartier ?

En premier lieu, la totalité de l’électricité utilisée provient de sources renouvelables. Des centrales solaires, ainsi qu’une pile à combustion, ont été installées. Le bâti a été particulièrement travaillé, de sorte que les bâtiments consomment 50% moins d’énergie que les autres constructions neuves de Suède. Cela est dû aux matériaux utilisés, à une bonne gestion énergétique, à la sensibilisation des habitants faite à ce sujet, mais également à l’utilisation d’un réseau de chaleur efficace.

Et ce réseau de chaleur est un élément important dans la stratégie durable du quartier je crois ?

Tout à fait. Et il est aussi un élément important de cette vision systémique dont on parlait en introduction, au niveau de la gestion des ressources. En se basant sur le cycle de vie du quartier, la gestion de l’énergie, de l’eau et des déchets a été pensée de manière conjointe afin de favoriser au maximum la réutilisation et le recyclage. Les eaux usées sont traitées localement, ce qui produit du biogaz qui alimente des cuisinières domestiques mais aussi les bus. La chaleur extraite de l’eau traitée sert au chauffage urbain, tout comme la combustion des déchets, une fois ceux-ci triés bien sûr. Au final, ce réseau de chaleur est alimenté à 80% par ces traitements.

Et au niveau de l’ambiance et du cadre de vie, rien n’a été laissé au hasard non plus j’imagine ?

En effet, on sait combien la nature est importante dans la vie des scandinaves. Ici ce sont pas moins de 300 000 mètres carrés d’espaces verts qui ont été créés. On est également en bordure d’un lac, dont les abords ont été restaurés. La vue sur l’eau a été maximisée et malgré la densité, on trouve beaucoup d’espaces ouverts, avec de nombreux sentiers pédestres. Tout cela crée une atmosphère et une qualité de vie très recherchée.

Et qu’en disent les habitants ?

Le quartier d’Hammarby Sjöstad est plébiscité à Stockholm, et même fait référence dans tout le pays. Mais n’est pas sans contrepartie négative. Il correspond tellement bien aux attentes de la population, qu’il fait aussi l’objet d’une forte spéculation foncière, qui bien évidemment risque de le transformer en quartier sélect et exclusif, ce qui n’était pas forcément l’esprit de départ.

La rançon du succès. Mais justement est-ce qu’on retient aussi de ce projet des conditions particulières qui ont favorisé une telle réussite ?

Quand on parle d’un projet de développement urbain sur 30 ans, tout est question de vision. Le tout est d’avoir les moyens de la porter dès le départ, pendant la conception, pendant la mise en œuvre et de la conserver après la livraison. Pour avoir les coudées franches, la Ville de Stockholm a acquis tous les terrains. Elle a gardé la main sur les infrastructures publiques, s’est occupée elle-même de la décontamination des sites, et a fait appel à une équipe multidisciplinaire pour garantir l’atteinte des objectifs environnementaux donnés aux divers entrepreneurs. C’est elle qui a organisé et conservé la gouvernance entre une multitude d’acteurs publiques et privés, représentant les différentes facettes du développement durable. Le projet d’Hammarby Sjöstad fait maintenant référence en termes de rénovation urbaine durable et il est considéré comme un modèle du genre qui inspire de nombreuses villes en Europe et même au-delà, particulièrement en Chine.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.