Échos d'Europe

Les nouveaux billets de la BCE

Exemple des designs proposés pour les futurs billets d'euros. ©European Central Bank 2026 Les nouveaux billets de la BCE
Exemple des designs proposés pour les futurs billets d'euros. ©European Central Bank 2026

Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.

Dans cet épisode d’Échos d’Europe, Michel Derdevet revient sur l’article de Jean-Noël Tronc, administrateur de Confrontations Europe et professeur à l’ESSEC, consacrée aux futurs billets d’euros. Pour ceux qui ne l’aurait pas vu, la Banque centrale européenne consulte actuellement les Européens sur le graphisme de la prochaine série de billets. Deux grands thèmes sont proposés : d’un côté, la « culture européenne », avec des personnalités comme Marie Curie, Beethoven, Cervantès ou Léonard de Vinci ; de l’autre, les « fleuves et oiseaux », qui mettent davantage en avant la nature européenne.

Pourquoi le choix des futurs billets en euros est-il si important pour l’identité européenne ?

À première vue, on pourrait se dire que ce n’est qu’une question de design. Mais derrière ces billets, c’est en réalité une question beaucoup plus profonde qui se pose : quelle image l’Europe veut-elle donner d’elle-même ?

Jean-Noël Tronc revient notamment sur la création de l’euro. À l’origine, l’idée était assez simple : représenter des grandes figures européennes, comme les monnaies nationales l’avaient toujours fait. On avait ainsi envisagé Rembrandt, Marie Curie ou Beethoven. Mais cette idée a finalement été abandonnée, notamment par peur que chaque personnalité soit immédiatement rattachée à son pays d’origine. On s’est donc progressivement tourné vers des symboles plus abstraits, jusqu’à arriver aux fameux ponts, fenêtres et portes que nous connaissons aujourd’hui.

Le problème, c’est qu’en voulant éviter toute référence nationale, on a aussi évité de raconter quelque chose de l’histoire et de la culture européennes. Et c’est justement ce que critique l’auteur : l’Europe a une identité. Elle est faite de langues, de cultures, de peuples et d’histoires différentes. La devise européenne, « Unie dans la diversité », ne signifie pas qu’il faudrait renoncer à cette identité commune. Au contraire.

Pourquoi la culture européenne pourrait-elle être un bon moyen de raconter cette identité commune ?

C’est sans doute l’un des points les plus intéressants de cette nouvelle consultation.

Choisir la culture européenne permettrait de mettre en avant des personnalités qui appartiennent finalement à tous les Européens. Marie Curie, Beethoven, Cervantès ou Léonard de Vinci ne sont pas seulement polono-française, allemand, espagnol ou italien : ils font partie d’une histoire culturelle européenne beaucoup plus large. Et c’est peut-être là que se trouve une manière de dépasser l’opposition entre identité nationale et identité européenne. On peut être Français et Européen, Espagnol et Européen, Polonais et Européen. L’une n’empêche pas l’autre. Pour Jean-Noël Tronc, les billets pourraient donc raconter cette histoire commune : celle d’une Europe faite de philosophie, de littérature, de sciences, d’arts, d’universités, mais aussi de grandes réalisations qui ont largement dépassé les frontières du continent.

Et il y a aussi un enjeu très concret : ces billets circulent énormément. Il y en a aujourd’hui plus de 30 milliards. Une partie importante circule même en dehors de la zone euro. Autrement dit, nos billets sont aussi l’un des objets européens les plus visibles, y compris pour les millions de touristes qui visitent chaque année notre continent.

Est-ce que les billets en euros peuvent alors devenir un véritable outil de puissance européenne ?

Oui, et c’est finalement la conclusion de cette tribune.

On pense souvent à la monnaie uniquement comme à un instrument économique : elle permet de payer, d’épargner, de commercer. Mais une monnaie peut aussi raconter une histoire et véhiculer une image. Les billets en dollars, par exemple, mettent en avant les grandes figures de l’histoire américaine. Les billets en euros pourraient, eux aussi, raconter quelque chose de l’Europe. C’est ce que l’auteur appelle finalement un outil de « soft power ». Parce que l’Europe possède un patrimoine culturel et historique considérable, elle aurait tout intérêt à mieux l’assumer et à le faire connaître. La consultation de la BCE est donc peut-être plus importante qu’elle n’en a l’air. Choisir la « culture européenne », ce serait montrer que l’unité européenne ne repose pas uniquement sur des règles, des institutions ou un marché commun. Elle repose aussi sur une histoire et une culture partagées.

Alors, jusqu’au 21 septembre, allez donner votre avis !

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.