Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.
Dans ce nouvel épisode d’Echos d’Europe, Michele Derdevet, président de Confrontations Europe, revient sur la dernière revue publiée par Confrontations Europe. Dans celle-ci, un grand entretien était accordé à Laurent Berger, actuel directeur de l’Institut Mutualiste pour l’environnement et la solidarité de Crédit Mutuel Alliance Fédéral et aussi connu pour son rôle d’ancien secrétaire général de la CFDT de 2012 à 2023. Dans cet échange, Laurent Berger livre une analyse précise en engagée de l’actualité européenne en appelant à refonder le contrat social européen sans sacrifier les acquis qui font sa singularité.
Face aux crises récentes, la Commission semble prioriser la compétitivité au détriment du social : quel est le sentiment de Laurent Berger face à ces remises en cause du modèle social européen ?
Il faut d'abord comprendre d'où parle notre interlocuteur. Laurent Berger s'inscrit dans la droite lignée du syndicalisme réformiste, et son entretien témoigne de sa lucidité face aux défis de notre temps. Fort de son parcours à la CFDT, mais aussi dans le monde de la banque et des assurances mutualistes, il est animé par une conviction forte : les enjeux sociaux ne doivent pas être traités comme de simples sous-produits de la macroéconomie. Il récuse d'ailleurs le terme de « crise », en soulignant qu'il fait mieux vivre dans la zone européenne que partout ailleurs — et tous les indicateurs le confirment.
Sur les risques pesant sur notre modèle social européen, notre interlocuteur s'oppose clairement aux tentatives de remise en cause des acquis sociaux existants. Bien qu'il perçoive le contrat social européen comme quelque chose de mouvant et d'évolutif, il tient à ce que son socle soit impérativement préservé. Il rappelle que la construction européenne est intimement liée à ce qu'on appelle l'économie sociale de marché, et que la remise en cause de ce terme ces dernières années constitue, pour reprendre ses mots, « un péril profond pour le projet européen ».
L'entretien appelle à la refondation du contrat social européen : quelles transformations précises sont prônées ?
Si Monsieur Berger appelle à refonder le contrat social européen, ce n'est évidemment pas pour remettre en cause les acquis sociaux existants — bien au contraire. Pour lui, la compétitivité réside précisément dans notre modèle social : dans la mesure où celui-ci constitue notre élément le plus différenciant par rapport aux autres grandes puissances, il convient d'en jouer comme d'un atout. Mieux vaut approfondir ce modèle que d'imiter une logique de dérégulation totale. C'est là que réside notre véritable compétitivité sur le long terme.
Aller contre le Pacte vert, contre le socle européen des droits sociaux, contre la lutte contre la crise écologique, c'est se tirer une balle dans le pied. Investir dans l'éducation, dans la transition environnementale et dans la formation est bien plus efficace que de construire un monde de précarité et d'inégalités. Si l'on commence à concevoir la compétitivité comme une réduction des coûts sociaux, la partie est perdue d'avance. La cohésion sociale est un pilier essentiel du projet européen : sans elle, ce projet est voué à l'échec.
Quels leviers pourraient permettre les transformations appelées de vos vœux ?
L'entretien prône un modèle plus mutualiste que capitaliste. Tout en percevant les transitions en cours comme des leviers de création de valeur — à la fois économiques et sociaux —, Monsieur Berger appelle à davantage de formation pour les salariés, afin de développer de nouvelles compétences. Il réclame également plus de démocratie au sein des entreprises, pour faire vivre le dialogue économique et professionnel sur le lieu de travail, et plaide pour orienter les investissements vers la décarbonation.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.