Il était une fois l'Europe

Il était une fois l'Europe : 1991, l'Europe face à la guerre en ex-Yougoslavie

Premier déploiement de la garde d’honneur des forces armées slovènes lors de la proclamation de l’indépendance de la Slovenie, 1991. © Photo provenant de www.mo.gov.si et www.slovenskavojska.si sous license Creative Commons Attribution 3.0 Il était une fois l'Europe : 1991, l'Europe face à la guerre en ex-Yougoslavie
Premier déploiement de la garde d’honneur des forces armées slovènes lors de la proclamation de l’indépendance de la Slovenie, 1991. © Photo provenant de www.mo.gov.si et www.slovenskavojska.si sous license Creative Commons Attribution 3.0

Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio. 

Archive sonore : Discours devant le Parlement européen de Jacques Delors, Président de la Commission européenne, le 10 septembre 1991.


Au début des années 1990, les Européens ont les yeux tournés vers l'avenir.
 Le mur de Berlin est tombé, la guerre froide s'achève et beaucoup imaginent un continent enfin réconcilié. L'Europe s'apprête à franchir une nouvelle étape avec le traité de Maastricht. Mais, presque au même moment, un conflit éclate aux portes de la Communauté européenne. La Yougoslavie se désagrège et, avec elle, renaît la guerre sur le continent. Pour les Européens, c'est un choc et surtout, un premier grand test sur leur capacité à agir ensemble.

Sylvain Schirmann, comment expliquer l'éclatement de la Yougoslavie ? Et pourquoi la fin du communisme y a-t-elle pris un chemin si différent de celui de la Pologne, de la Hongrie ou encore de la Tchécoslovaquie ?

Après la mort de Tito en 1980, la mise en place d’une direction collégiale et d’une présidence tournante au sein de la Fédération yougoslave favorise l’expression des identités nationales, dans un mouvement que l’on observe ailleurs en Europe mais contre l’URSS. En Yougoslavie l’affirmation nationale s’exprime contre la Fédération, et notamment la Serbie qui aux yeux des autre entités domine l’État. Le réformisme de Gorbatchev, puis l’implosion du bloc soviétique accélère la décomposition de la Yougoslavie. A la différence des autres États du bloc communiste, on est en présence d’un État plurinational qui n’existe ailleurs qu’en Tchécoslovaquie qui se scindera par la suite également. Le conflit éclate suite à la proclamation unilatérale de l’indépendance la Slovénie et de la Croatie à l’été 1991 et à l’intervention dans la foulée de l’armée fédérale dominée par les Serbes. Il passe par plusieurs phases : guerre bosniaque, Kosovo, séparation du Monténégro de la Serbie. Un conflit dans les mémoires ne sont toujours pas apaisées.

Face à cette guerre qui éclate à leurs portes, comment les Européens ont-ils tenté de réagir ? Et pourquoi ont-ils eu tant de difficultés à parler d'une seule voix ?

Placés devant le fait accompli, les, Européens ont offert leur médiation pour empêcher le conflit et aboutir à une position commune. La reconnaissance par la RFA de l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie en décembre 1991 traduit les intérêts divergents des États européens sur la question yougoslave. D’un côté les partisans d’une stabilité géopolitique (France et Royaume-Uni) et de l’autre ceux qui estiment que le principe des nationalités doit s’imposer (Allemagne, Italie, Autriche), rappelant au passage les vieilles approches sur la géopolitique des Balkans. Mais d’autres intérêts sont en jeu : intérêts économiques, diaspora, facteurs religieux, tout cela divise les Européens. C’est en janvier 1992, que le Conseil européen reconnaît l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie. Mais la guerre s’amplifie en Bosnie à partir de cette date et l’Europe se montre incapable de la freiner, le dossier passant aux mains des Nations unies, les Européens participant sans grand succès aux forces d’interposition. Lorsque les Etats-Unis s’impliquent dans le conflit avec le groupe de contact auquel participe les Russes et 4 puissances européennes avec les parties prenantes au conflit, on trouve un arrangement, les accords de Dayton qui mettent fin à la guerre en Bosnie en 1995. À quel prix ?

Au fond, qu'est-ce que cette guerre a révélé des forces, mais aussi des faiblesses de l'Union européenne ? Et quelles leçons en a-t-elle tirées pour la suite ?

C’est un constat de faiblesse pour la CEE/UE. D’emblée les Européens ont été incapables de prendre une position commune. Leur médiation faute de moyens de pression suffisant a abouti à des cessez-le-feu temporaires, de courte durée et n’ont pas évité l’embrasement. Certains pays n’ont pas participé au moment de l’envoi de forces d’intervention (Allemagne). Le traité de Paris en décembre 1995 , consécutif à la négociation de Dayton, résulte de compromis américano-russes et l’Europe apparaît comme un junior partner. Elle pose la question de l’affirmation d’une PESC que les Européens tentent de construire : création du Haut représentant, définition d'une politique de voisinage. Mais d’autres conflits par la suite montrent la difficulté du chemin.

La guerre en ex-Yougoslavie a rappelé que l'Union européenne pouvait construire un marché commun, préparer une monnaie unique, mais elle peinait encore à parler d'une seule voix face aux grandes crises internationales. Cette épreuve marquera durablement l'évolution de sa politique étrangère et de sécurité commune.

Et pourtant, au même moment, l'Union continue de grandir.

Le 1er janvier 1995, trois nouveaux pays la rejoignent : l'Autriche, la Finlande et la Suède.

Pourquoi ces trois États, longtemps restés en dehors de la construction européenne, choisissent-ils finalement d'adhérer ? Et que change cet élargissement pour l'Union ?

C'est ce que nous verrons avec Sylvain Schirmann dans notre prochaine chronique.

Un entretien réalisé par Olivier Singer. 

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