Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
Marc Tempelman, vous proposez aujourd’hui d’aborder l’épineux sujet des retraites. Les derniers sondages sont édifiants. 72 % des actifs français estiment que leur future pension ne leur permettra pas de vivre correctement. Ce pessimisme est-il justifié, ou excessif ?
Honnêtement ? Plutôt justifié. Et je ne dis pas ça pour faire peur à qui que ce soit. C'est simplement ce que les chiffres nous disent quand on les regarde froidement. Le système de retraite par répartition français repose sur un équilibre démographique et financier qui se dégrade structurellement depuis des décennies. Quand vous avez un déficit du régime de retraite qui va passer de 6 milliards aujourd'hui à potentiellement 30 milliards en 2045 selon la Cour des comptes, et que dans le même temps la dette publique dépasse déjà 115 % du PIB — les deux choses sont liées — il est raisonnable de se demander si les promesses faites aux actifs d'aujourd'hui pourront être tenues demain.
Quelles sont les grandes tendances de fond qui expliquent cette fragilité ?
Il y en a essentiellement trois, qui se combinent de façon assez redoutable.
La première, c'est démographique. La France vieillit. Le ratio actifs-retraités se dégrade inexorablement. En 1960, il y avait environ quatre cotisants pour un retraité. Aujourd'hui, on approche de 1,7. Dans vingt ans, ce sera moins de 1,5. Or notre système est un système par répartition pur : ce sont les actifs d'aujourd'hui qui paient les retraites d'aujourd'hui. Quand la base de cotisants rétrécit et que le nombre de bénéficiaires augmente, les mathématiques deviennent obstinément défavorables.
La deuxième est financière. La France consacre 13,9 % de son PIB aux retraites — c'est l'un des niveaux les plus élevés au monde. Et l'État a accumulé, hors bilan, près de 1 700 milliards d'euros d'engagements futurs au titre des pensions des fonctionnaires — une “bombe à retardement budgétaire silencieuse » selon le Financial Times.
La troisième est politique. La réforme de 2023, qui repoussait l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, était déjà très modeste au regard des standards internationaux. Et en novembre 2025, l'Assemblée nationale l'a suspendue. C'est le signe d'un système incapable de se réformer à la vitesse que la démographie exige.
60 % des Français estiment qu'ils cotisent plus qu'ils ne recevront. C'est un sentiment qui vous semble fondé ?
Pour les jeunes générations qui commencent leur vie active aujourd'hui, très probablement oui. Et c'est d'autant plus mal vécu que, contrairement à une idée reçue, les retraités français ont aujourd'hui un niveau de vie supérieur à celui des actifs — un cas presque unique au monde, relevé par l'OCDE. C'est une anomalie assez spectaculaire, et les jeunes actifs l'ont compris.
Ce qui est frappant dans les derniers sondages, c'est que 52 % des retraités eux-mêmes accepteraient une baisse de leurs pensions pour aider à réduire la dette publique.
L’alternative au système actuel serait un système par capitalisation : 72 % des Français se déclarent favorables à l'introduction d'un système complémentaire de ce type. C'est une révolution dans un pays aussi attaché à la répartition, non ?
C'est frappant, oui. Pendant longtemps, la capitalisation était presque un gros mot en France — associée au libéralisme anglo-saxon, perçue comme une menace pour la solidarité entre générations. Ce que les sondages récents montrent, c'est que les mentalités ont changé — non pas par idéologie, mais par pragmatisme. Les gens constatent que le système actuel ne leur garantira probablement pas le niveau de vie qu'ils espèrent, et ils cherchent à prendre les choses en main.
C'est exactement ce que nous observons chez Cashbee avec notre Plan d'Épargne Retraite. Les gens qui y souscrivent ne rejettent pas le principe de la retraite par répartition — ils la complètent. Ils comprennent que plus de la moitié des Français épargnent déjà pour leur retraite à titre individuel, et que cette proportion atteint presque les deux tiers chez les hauts revenus. La capitalisation individuelle est déjà une réalité de fait pour ceux qui en ont les moyens. Le sujet politique, c'est d'élargir cet accès à ceux qui n'en ont pas les moyens ou les outils.
Concrètement, que recommandez-vous à nos auditeurs qui commencent à s'inquiéter pour leurs retraites ?
D'abord, de ne pas paniquer — mais d'agir. Le temps est votre meilleur allié en matière d'épargne longue. Commencer tôt, même avec de petits montants, a un impact considérable grâce aux intérêts composés.
Ensuite, de diversifier. Ne comptez pas uniquement sur la pension d'État. L'assurance-vie, le PER, l'immobilier via les SCPI, une exposition raisonnée aux marchés actions — c'est la combinaison de ces instruments qui construit une retraite robuste. Et ne laissez pas votre épargne dormir sur un compte courant non rémunéré : c'est le pire placement qui soit, surtout en contexte inflationniste.
Enfin, de s'intéresser au sujet plus tôt que vous ne le pensez nécessaire. 62 % des Français jugent qu'il faut commencer à épargner pour la retraite avant 35 ans. Je suis d'accord — et je dirais même avant 30. Chaque année compte.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.