Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
On parle très souvent du rendement des placements, c’est-à-dire des gains qu’on peut réaliser. Et nous savons que pour certains placements ces rendements peuvent être négatifs, c’est-à-dire conduire à des pertes en capital. Mais les spécialistes parlent aussi souvent de la liquidité d’un investissement.
Oui, la liquidité est un sujet très important quand on se penche sur des placements. Et le concept de la liquidité devient crucial quand les investisseurs s’y attendent et qu’elle est absente ou qu’elle disparaît.
Justement, récemment certaines SCPI en France ont connu des difficultés de liquidité et, plus récemment, certains grands fonds de dette privée également. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?
La liquidité, c’est la capacité à transformer un placement en cash rapidement, à un prix acceptable, sans devoir subir une forte décote par rapport au prix de marché. En finance, ce n’est pas seulement la performance affichée qui compte, mais aussi la facilité avec laquelle on peut récupérer son argent. Un investissement peut sembler très rentable sur le papier et devenir beaucoup moins attrayant si la sortie est lente ou coûteuse.
Donc, quand on regarde un investissement, il ne faut pas seulement regarder le rendement attendu ?
Exactement. Le rendement attendu ne suffit jamais à lui seul. Deux placements peuvent promettre une performance proche, mais si l’un est liquide et l’autre ne l’est pas, le risque réel n’est pas du tout le même. La liquidité fait partie du rendement “réel” au sens large, parce qu’un rendement élevé perd beaucoup de son intérêt si l’investisseur ne peut pas sortir au bon moment, ou simplement au moment où il le souhaite .
Les SCPI illustrent bien cette réalité ?
Oui. Pendant longtemps, les épargnants investissant dans des parts de SCPI pensaient que ces actifs étaient liquides. Dans la pratique, quand un épargnant voulait vendre ses parts, la SCPI trouvait un acheteur prêt à les acheter au prix de la part. Mais juridiquement, quand les vendeurs de parts se font nombreux, et que la SCPI ne trouve pas preneurs, la SCPI n’est pas obligée d’acheter la totalité des parts à l’offre. Et les épargnants désireux de vendre tout simplement ne peuvent pas.
Que ce soit Primopierre, Épargne Foncière, LF Grand Paris Patrimoine ou encore Patrimmo Commerce, des milliards d’euros de parts se sont retrouvées en attente de preneurs. Et pendant ce temps, le prix de la part décline, réduisant la valeur du patrimoine des investisseurs.
Et du côté de la dette privée ? Même phénomène ?
Oui. Là aussi, on a vu des exemples très parlants d’une liquidité qui est attendue mais qui disparaît quand on en a vraiment besoin. BlackRock a limité les retraits de son fonds HPS Corporate Lending après une forte vague de demandes, et cela a rappelé que la dette privée peut offrir du rendement, mais pas forcément une sortie rapide, notamment quand de nombreux investisseurs la recherchent en même temps.
Donc les SCPI et la dette privée offrent de la liquidité partielle, mais qui peut disparaître quand trop d’investisseurs la réclament en même temps. Existe-t-il des placements structurellement illiquides ?
On pense d’abord à l’immobilier direct, c’est-à-dire l’achat de biens immobiliers à des fins locatifs. Ça peut rapporter, mais le jour où vous avez besoin de fonds, il vous faudra des mois et parfois des années pour vendre un ou plusieurs appartements. On peut aussi ajouter le PER : c’est un support structurellement contraint en matière de disponibilité, car l’épargne y est en principe bloquée jusqu’à la retraite. Ce n’est qu’en cas d’incidents de la vie ou d’achat de sa résidence principale que les sommes investies peuvent être débloquées.
Et l’assurance vie ?
Malgré ce que certains épargnants pensent, l’assurance vie n’est pas dans la même catégorie, parce qu’elle offre une excellente liquidité. Il faut attendre 8 ans pour bénéficier de certains avantages fiscaux, mais on peut toujours retirer une partie ou la totalité des fonds placés en assurance vie, typiquement en quelques jours ou semaines dans le pire des cas. C’est précisément pour cela qu’il faut distinguer les enveloppes patrimoniales : certaines sont conçues pour la liquidité, d’autres pour l’horizon long terme. En pratique, l’investisseur doit toujours se demander non seulement “combien cela rapporte ?”, mais aussi “quand et comment pourrai-je récupérer mon argent ?”.
En résumé ?
La bonne approche consiste à intégrer la liquidité dans toute décision d’investissement, au même titre que le rendement et le risque de perte en capital. Une performance cible n’a de sens que si elle est compatible avec les besoins de trésorerie de l’investisseur. En finance, le vrai rendement n’est pas seulement ce que l’on espère gagner, c’est aussi la liberté de disposer de son capital quand on en a besoin.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.