Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
Bonjour.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu vient d'annoncer les grandes lignes du prochain budget de l'État. Le chiffre qui retient l'attention, c'est celui de 54 milliards d'euros d'économies. De quoi parle-t-on exactement ?
Il s'agit d'un effort budgétaire de l'ordre de 54 milliards d'euros pour 2027. L'objectif affiché par le gouvernement est de ramener le déficit public à environ 5 % du PIB. Pour rappel, 5%, cela reste largement au-dessus de la limite officielle de 3% !
Pour y parvenir, l'État prévoit notamment de réduire les dépenses des ministères, à l'exception de la Défense, de réaliser environ 6 milliards d'euros d'économies sur les retraites et de prolonger, sous une forme allégée, la surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, qui devrait rapporter environ 5 milliards d'euros.
54 milliards, cela semble énorme. Pourtant, vous considérez que cet effort doit être replacé dans son contexte.
Oui. Le chiffre est impressionnant, mais il faut le comparer au problème que la France doit résoudre.
Le déficit public français était encore de 5,1 % du PIB en 2025 et la croissance attendue pour 2026 n'est plus que de 0,5 %. Surtout, la charge des intérêts de la dette devrait atteindre environ 65 milliards d'euros cette année, soit davantage que les budgets consacrés à l'Éducation nationale ou à la Défense. Et elle pourrait encore augmenter d'environ 10 milliards l'année prochaine.
Autrement dit, une partie importante de l'effort budgétaire sert simplement à empêcher que la situation ne continue de se dégrader.
Certaines parties politiques parlent de « budget d'austérité ». Vous faites une distinction assez importante avec ce que les Grecs ou les Portugais ont connu.
Oui, parce que le mot « austérité » recouvre des réalités très différentes.
Prenons la Grèce au début des années 2010. Les mesures de l’époque ont directement touché le revenu des fonctionnaires et des retraités. Les salaires publics ont été réduits, d'environ 30 %, et les pensions publiques ont diminué de près de 16 % en moyenne. Les 13e et 14e mois de salaire et de retraite ont également été supprimés, sauf pour les revenus les plus faibles.
Et le Portugal ?
Le cas portugais est également très parlant. En échange d'un plan d'aide de 78 milliards d'euros en 2011, Lisbonne a tout simplement coupé les revenus des employés du secteur public de 30%. Les prestations sociales étaient également réduites et la TVA augmentée.
Il s’agissait d’actions très brutales, décidées dans un contexte où ces pays n'avaient pratiquement plus accès au financement normal des marchés.
Donc comparer directement la France de 2026 à la Grèce ou au Portugal de la crise n'est pas vraiment pertinent ?
Non. La France n'est pas sous programme d'aide internationale et personne ne propose aujourd'hui de réduire de 30 % les salaires des fonctionnaires ou les pensions.
Mais la comparaison est utile pour comprendre ce que signifie réellement une politique d'austérité lorsque les finances publiques arrivent au point de rupture.
Dernière question, Marc. Le gouvernement a-t-il seulement les moyens politiques de mener cet effort alors que les Français ressentent déjà fortement la pression sur leur pouvoir d'achat ?
C'est précisément la difficulté. D'un côté, la France doit réduire son déficit. De l'autre, la croissance est faible et les ménages subissent déjà une pression sur leur pouvoir d'achat.
Et la remontée récente des prix du pétrole complique encore les choses : elle renchérit directement le prix de l’essence, mais aussi les coûts de transport et de production. La Banque de France a d'ailleurs revu sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %.
Donc le gouvernement doit réduire les dépenses au moment même où il est difficile de demander davantage d'efforts aux Français ?
Exactement. C'est toute l'équation : réduire suffisamment le déficit pour rassurer les marchés et stabiliser la dette, sans affaiblir davantage une économie déjà peu dynamique, ni accentuer la pression sur le pouvoir d'achat.
Et c'est probablement ce qui rend ce budget particulièrement difficile à faire voter et, surtout, à faire accepter.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.