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Les taux au plus haut au Japon : impacts en France

Photo de Cullen Cedric sur Unsplash Les taux au plus haut au Japon : impacts en France
Photo de Cullen Cedric sur Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.

Les taux d’intérêt à long terme au Japon viennent d’atteindre 4%, un niveau qu’on n’aurait jamais imaginé il y a quelques années. Pour commencer, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Pendant des décennies, le Japon a vécu avec des taux proches de zéro, voire négatifs, et a été un symbole de « l’argent gratuit » dans le monde. Mais le niveau d’endettement du pays a augmenté et les investisseurs exigent d’être mieux rémunérés. Les taux longs japonais à 4% signifient que l’État japonais doit désormais rémunérer beaucoup plus généreusement les investisseurs qui lui prêtent de l’argent sur 10, 20 ou 30 ans.

On pourrait se dire : « Très bien pour le Japon, mais en quoi cela concerne la France ? » Pourquoi cette hausse impacte l’État français ?

Il y a au moins trois raisons. D’abord, les marchés obligataires sont interconnectés. Si un pays aussi important que le Japon doit payer 4% pour emprunter, les investisseurs vont exiger une rémunération comparable ailleurs, en particulier dans les pays très endettés comme la France.

Ensuite, le Japon n’est pas qu’un émetteur de dette, c’est aussi un énorme investisseur. Les institutions japonaises – banques, assureurs, fonds de pension – ont longtemps acheté beaucoup d’obligations étrangères, notamment européennes, parce qu’elles ne trouvaient pas de rendement chez elles. Avec des taux à 4% à domicile, elles ont moins d’incitation d’investir à l’étranger.

Donc, si les investisseurs japonais rapatrient une partie de leurs capitaux, la France pourrait avoir plus de mal à vendre sa dette ?

Exactement. Si une grande base d’acheteurs se retire ou réduit ses achats, l’État français doit convaincre d’autres investisseurs d’acheter ses obligations. Pour les attirer, le moyen le plus simple est de payer un taux plus élevé. Cela se traduit par une hausse du coût de financement de la dette publique française.

Venons-en à l’épargnant français. Pourquoi un taux japonais à 4% devrait intéresser un investisseur particulier en France ?

Parce que ce mouvement de taux significatif au Japon a plusieurs implications pour lui, qu’il soit investi au Japon ou pas.

D’un côté, les produits de taux – obligations, fonds obligataires, assurance-vie en euros – peuvent à terme offrir des rendements plus élevés que dans la décennie précédente, car la hausse des taux au Japon poussera les autres taux obligataires vers des niveaux supérieurs, toute chose étant égale par ailleurs.

De l’autre, cela exerce une pression à la baisse sur la valorisation des actifs risqués, notamment les actions et l’immobilier, parce que l’alternative sans risque devient plus attractive.

Comment cela se traduit-il dans un portefeuille typique d’épargnant français ?

Pour l’assurance-vie, les fonds en euros pourraient progressivement servir des taux de rendement plus élevés, mais avec un délai, parce que le portefeuille d’obligations se renouvelle lentement.

Pour les unités de compte et les investissements en actions, la hausse globale des taux impose d’être plus sélectif : les entreprises très endettées ou celles dont la valorisation reposait sur l’idée de taux éternellement bas sont plus vulnérables.

Enfin, pour l’immobilier, la hausse durable des taux de financement pèse sur la capacité d’emprunt des ménages et donc sur les prix, en France comme ailleurs.


Si l’on se place dans la peau d’un investisseur français qui gère son épargne long terme – retraite, patrimoine familial – que doit-il retirer de ce qui se passe au Japon ?

Trois messages principaux. Il faut accepter que le monde des taux zéro est derrière nous, et donc construire une stratégie de long terme avec des hypothèses de taux d’intérêt plus élevés et plus volatils.
Il peut être judicieux de rééquilibrer le portefeuille : ne plus sous‑pondérer systématiquement les obligations de qualité. Elles redeviennent une classe d’actifs intéressante pour générer du rendement et amortir les chocs.

Enfin, rester diversifié géographiquement et par classe d’actifs : le mouvement japonais peut avoir des répercussions en Europe, mais pas de manière identique sur tous les pays et tous les secteurs. Une diversification intelligente permet de ne pas dépendre d’un seul marché obligataire ou d’une seule zone économique.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.