Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
On entend beaucoup parler de hausse des taux. La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs à 2,25% en juin et la Banque du Japon en a fait de même la semaine dernière pour les porter à 1% au Japon. Pourquoi ?
Les deux banques centrales ont augmenté leurs taux directeurs pour contenir une inflation qui, selon elles, reste trop élevée. Au Japon, cette mesure peut sembler marginale, mais la barre de 1% est un niveau qu’on n’avait plus vu depuis 31 ans. Il s’agit d’une normalisation importante après des décennies de taux quasi nuls ou négatifs.
Mais l’accord de paix a été signé au Moyen-Orient, ce qui a provoqué une forte baisse du prix du pétrole. Pourquoi les banques centrales restent-elles si inquiètes face à l’inflation ?
Parce que la paix diplomatique ne supprime pas du jour au lendemain les effets économiques du conflit. Même si le baril de Brent est de nouveau passé sous la barre des 80 dollars, les prix de l’énergie, les coûts de transport et les anticipations d’inflation peuvent rester élevés pendant plusieurs mois.
Les banques centrales ne regardent pas seulement « si la guerre est finie », mais surtout « comment les prix se comportent » dans l’économie réelle. Si les entreprises ont déjà augmenté leurs prix et les salariés leurs revendications, cet effet peut continuer à se diffuser même après l’apaisement du conflit.
La Fed, elle aussi, semble très attentive à l’inflation. Pourquoi cette prudence aux États-Unis ?
Parce que l’inflation américaine reste inconfortablement supérieure à 3% et montre même des signes de reprise dans certains domaines. La Fed sait que si elle relâche trop tôt la pression, l’inflation pourrait s’enraciner de nouveau. La Fed veut donc éviter ce scénario et rester restrictive jusqu’à ce que l’inflation redescende clairement vers son objectif de 2%.
Concrètement, comment une hausse des taux directeurs affecte notre quotidien ? Comment cela réduit l’inflation ?
Le mécanisme est simple, même s’il prend du temps. Quand les taux directeurs montent, cela renchérit le coût d’emprunt des banques commerciales, qui se financent auprès de leurs banques centrales. Pour préserver leurs marges, les banques vont rendre leurs crédits plus chers, qu’il s’agisse de crédits immobiliers, crédits auto, ou encore les prêts aux entreprises.
Par conséquent, les ménages dépensent moins, les entreprises investissent moins. La demande ralentit, et les prix montent moins vite. Cela finit par calmer l’inflation.
Est-ce que ça touche seulement les crédits ?
Non. Les taux plus élevés touchent aussi l’épargne : les placements rémunérés deviennent plus attractifs, ce qui peut inciter certains ménages à épargner davantage et à consommer moins.
Très concrètement, en France, le taux du Livret A sera sans doute relevé en août, et certaines banques ont déjà commencé à relever le taux d’intérêt versé sur leurs livrets. Chez Cashbee, il vient de passer de 1,5% à 1,9% par exemple.
Ce mécanisme fonctionne-t-il encore bien aujourd’hui ?
Il fonctionne, mais souvent plus lentement qu’il y a 10 ou 20 ans. Les ménages s’endettent différemment et empruntent plus à taux fixe. Si vous avez contracté un emprunt immobilier à 25 ans à un taux de 3%, ce taux ne changera pas en fonction des taux directeurs imposés par la banque centrale. De même, les entreprises ont parfois sécurisé leurs financements sur le long terme avant la hausse des taux.
Cela signifie que les banques centrales doivent parfois maintenir des taux élevés plus longtemps pour obtenir le même effet sur l’inflation.
Peut-on s’attendre à d’autres hausses de taux dans les prochains mois ?
C’est probable, tant que l’inflation ne redescend pas clairement vers l’objectif commun qui est de 2% environ. Les gouverneurs de ces banques centrales le disent d’ailleurs très clairement et signalent qu’ils envisagent d’autres hausses de taux avant la fin de l’année.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.