L'éco de Marc Tempelman

Fonds de défense

Photo de Artur Roman - Pexels Fonds de défense
Photo de Artur Roman - Pexels

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Bonjour Marc, nous allons discuter aujourd’hui du nouveau fonds d'investissement proposé par le ministère de l'Économie. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce fonds et pourquoi il a été créé ?

Bonjour. Ce nouveau fonds, baptisé "Bpifrance Défense", est une initiative du gouvernement visant à permettre aux Français d'investir dans le secteur de la défense. Il a été créé en réponse à un besoin urgent de financement dans ce domaine, notamment dans le contexte géopolitique actuel. L’Europe a un besoin urgent de se réarmer et surtout de retrouver une indépendance dans sa stratégie militaire, estimant qu’elle ne peut plus se reposer sur le parapluie Américain.

Quels sont les montants clés à retenir concernant ce fonds ?

Le fonds vise à atteindre une taille de 450 millions d'euros. Les particuliers pourront y investir à partir de 500 euros, avec un plafond qui devrait être fixé à quelques milliers d'euros par investisseur. Il faut noter que ces investissements s'inscrivent dans un besoin plus large du secteur de la défense, estimé à environ 5 milliards d'euros en fonds propres dans un premier temps.

Comment les Français pourront-ils concrètement investir dans ce fonds ?

Les particuliers auront deux options principales : soit souscrire via leur assurance-vie habituelle, soit directement auprès de Bpifrance. Il est important de souligner que ce n'est pas un compte d'épargne réglementé comme le Livret A, mais un placement à moyen ou long terme, qui se présente sous forme d’unités de compte.

Justement, parlons des contraintes. Quelles sont-elles pour les investisseurs ?

La principale contrainte est la durée d'investissement. Les sommes placées seront bloquées pendant au moins cinq ans. C'est un engagement à long terme, ce qui peut représenter un frein pour certains épargnants préférant des placements plus liquides.

Qu'en est-il du rendement ? A-t-on des informations à ce sujet ?

C'est l'une des grandes inconnues à ce stade. Le ministre de l'Économie, Éric Lombard, n'a pas précisé quel serait le rendement de ces placements. C'est un point crucial qui pourrait influencer l'attractivité du fonds auprès des investisseurs. Mais je suis optimiste à ce sujet. Car il s’agit d’un placement en actions de sociétés de taille moyenne à grande. Typiquement, ce type d’investissement doit viser des rendements annuels d’au moins 10% voire plus, étant donné le niveau de risque associé avec les investissements en actions. Mais dans le cas présent il faut bien prendre en considération que ces entreprises vont bénéficier de commandes en forte hausse, en provenance de l’État.

Ce fonds semble s'inspirer de modèles étrangers. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Effectivement, cette initiative s'inspire de modèles anglo-saxons, notamment américains et britanniques, où les investissements privés dans la défense sont plus courants. Aux États-Unis, par exemple, il existe des fonds spécialisés comme In-Q-Tel, financé par la CIA.

Outre les particuliers, d'autres acteurs sont-ils sollicités pour financer le secteur de la défense ?

Oui, le gouvernement a également convoqué un sommet avec des investisseurs institutionnels tels que les banques, les assurances et les fonds de pension. L'objectif est de les convaincre de s'engager davantage aux côtés des entreprises stratégiques du secteur.

Pour conclure, quels sont les principaux avantages et risques de ce type d'investissement pour les particuliers ?

En termes d'avantages, c'est une opportunité d'investir dans un secteur stratégique avec un fort effet d'entraînement sur l'économie. De plus, c'est une alternative intéressante à laisser son argent dormir sur un compte courant. Cependant, les risques incluent le blocage des fonds sur une longue période et l'incertitude quant au rendement. Il faut aussi considérer les fluctuations potentielles du marché de l'armement et les aléas politiques.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.