Par les mots qui courent…

Un nouvel élan

Un nouvel élan

Une fois par mois, Alexandra Fresse-Eliazord décrypte les mots de l’actualité pour nous faire prendre un peu de recul sur le vocabulaire employé par les personnes publiques, les responsables politiques, les journalistes ou les entrepreneur.es.

Ce mois-ci, est-ce parce que c’est le printemps, vous voyez des élans partout ?

Oui, incroyable, peut-être parce que dans nos contrées on peut désormais voir parfois des aurores boréales, les élans sont apparus dans notre paysage. Plus sérieusement, ce n’est pas, bien sûr, de l’animal dont il s’agit, mais du mot « élan ».

Comme les femmes enceintes qui voient des femmes enceintes partout, je me suis dit au départ que c’était juste parce que je m’étais engagée sur une liste pour les municipales avec dans son nom « un élan commun ». Nous étions très contents de ce mot « élan », caractérisant notre dynamisme, mais voilà, l’autre liste, nos adversaires, l’utilisaient, en proposant dans leurs communications « un nouvel élan » !

Des copieurs ?

Pas si simple. Il se trouve qu’en matière de mode langagière, il arrive parfois que nous soyons influencés par une sorte d’inconscient collectif, un imaginaire commun, qui fait ressortir, comme cela, des mots, parfois c’est « crucial », parfois, c’est « élan ».

Avec l’adjectif qui va bien, et pour ces dernières municipales, c’est assez incroyable le nombre de listes promettant, soit par leur nom, soit dans leur programme « un nouvel élan » pour leur commune, ou « un élan nouveau ».

Le dictionnaire Le Robert nous explique : « Un "élan nouveau" désigne une impulsion renouvelée ou une dynamique fraîche pour accomplir une action, souvent motivée par un sentiment vif ou une énergie revitalisée. »

Pas étonnant que tout le monde ait envie de s’en réclamer ! Tout ça uniquement dans le domaine de la politique ?

Alors non, l’Elan Béarnais, par exemple, n’est pas un cervidé du Béarn mais un club de basket. On trouve aussi plusieurs magazines, avec ce nom, « Elan », comme celui d’HugoDécrypte, lancé il y a un an, un magazine en ligne pour l’emploi des jeunes.

Notre engouement pour « l’élan » semble s’être renforcé ces 12 derniers mois. J’ai retrouvé un article d’il y a 7 mois titrant par exemple, dans l’Eure à Broglie. « Nouveau gérant et nouvel élan pour l'épicerie du village », et ces dernières semaines, j’ai trouvé, sur un réseau social professionnel bien connu, de la part d’une free-lance « je ressens un nouvel élan » et chez un acteur institutionnel « un nouvel élan pour soutenir l’hôpital ».

C’est tout de même un mot assez courant…

Oui, mais c’est assez récent de le voir partout, et surtout avec cet adjectif qui lui colle à la peau « nouveau », « nouvel » Jusqu’à présent, l’expression dans laquelle on le trouvait le plus souvent c’était « l’élan de solidarité ». Ou, parce que c’est le printemps, « l’élan amoureux ».

Et au sens premier, notamment dans le sport, on « prend de l’élan », lorsque l’on doit sauter très loin ou très haut. On peut « donner de l’élan » aussi…

Et ce qui est marrant, c’est quand on met en face d’un mot, un autre mot tiré du même contexte mais qui ne nous amène pas vers la même image.

Lequel ?

Dans les discours, lors des municipales, apparaissait souvent le mot « levier ». Dans le sens : quels leviers actionner pour résoudre un problème ou améliorer une situation. Et pas qu’en politique, c’est un terme que l’on retrouve dans l’économie avec « levier de compétitivité », et surtout en finances, où l’on utilise « l’effet de levier ».

Et vous avez bien sûr été voir du côté de son sens littéral…

Je vous livre la définition du levier dans son sens premier : c’est une « barre rigide que l'on place sur un point d'appui et qui sert à mouvoir, soutenir ou élever un poids, une charge. » (source TLFi).

Il y a donc une notion d’effort, lorsque l’on veut faire bouger, ou soutenir, une charge lourde plus facilement, et on comprend la métaphore. Mais est-ce qu’un levier va jusqu’à donner un élan à la charge soulevée ? Pour cela, il faudrait plutôt une catapulte, mot beaucoup moins utilisé…

Ou alors, peut-être que lorsque l’on déplace la charge, on a la possibilité, dans une période de contraintes et d’inquiétudes, de se sentir enfin plus léger, ce qui nous permet de prendre… notre élan, à nouveau !

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.